L’Europe peut apporter une réponse collective à la crise du secteur automobile

Alors qu'une refonte ambitieuse du produit comme du business model des constructeurs auto semble s’imposer, la grande majorité des acteurs historiques sont encore frileux.

Après cinq années de croissance, l’industrie automobile européenne connait des difficultés économiques certaines. Elle doit dans le même temps faire face aux (nombreuses) mutations de la mobilité urbaine et rurale, auxquelles elle s'attaque encore avec une certaine frilosité. Et on peut aisément la comprendre : qui oserait tenter de réformer un secteur qui représente 11% de la main d’œuvre industrielle de l’Union Européenne et qui génère un excédent commercial de plus de 90 millions d’euros (selon l'Association des constructeurs automobiles européens) ? Qui, à part peut-être l’Europe elle-même ?

Législation ambitieuse

La nouvelle législation de l'Union Européenne stipule que « les émissions moyennes de CO2 des voitures neuves (…) devront être réduites de 15% en 2025 et de 37,5% en 2030, par rapport aux limites d'émissions fixées à 2021. Un vœu qui semble encore demeurer pieux au regard des usages, en témoigne la hausse spectaculaire des ventes de SUV en 2018 (+18%). Un chiffre qui ne souffre pas de la comparaison avec les 2% de modèles électriques vendus cette même année… Dans le même temps, les constructeurs automobiles européens sont chaque jour davantage confrontés à la concurrence féroce de la Chine, notamment sur l'électrique. L’empire du Milieu est même sur le point de contrôler la concurrence de 65% du volume des batteries fabriquées d’ici 2028… Un autre défi industriel du XXIe siècle qui échappe à l’Europe. Parfaitement au fait de ces enjeux, la France et l’Allemagne ont néanmoins prévu d’investir plusieurs milliards d’euros sur ce segment au cours des cinq prochaines années, au travers d’une initiative sobrement surnommée "l‘Airbus des batteries".

Services de mobilité

Alors, si les géants automobiles européens ont échoué à convaincre leurs usagers, autant qu’à relever les challenges industriels imposés par l’électrification, que leur reste-t-il ? Pour trouver une nouvelle source de pérennité économique, tout en répondant aux impératifs de développement durable, nul doute que nos constructeurs doivent adopter un tout nouvel état d’esprit. Celui de la coopération pour commencer, à l’instar de Daimler et BMW, qui ont d’ores et déjà investi conjointement un milliard d'euros dans la conception de nouveaux services de mobilité urbaine. Celui d’une innovation plus débridée ensuite. En effet, personne aujourd’hui n’est en mesure de définir les contours de la voiture du futur.  S’agira-t-il d’un smartphone sur roues ? Ou encore d’un robot autonome qui essaiera de nous vendre tout et n’importe quoi ? Le champ des possibles est encore large, pour le meilleur et pour le pire. Celui de l’évangélisation, enfin, pour convaincre leurs clients qu’une mobilité plus écologique est possible au quotidien, notamment en adaptant l’usage de son véhicule, ou encore en réduisant l’auto-solisme.

Réponse européenne   

Pour ce faire, j’en suis convaincu, nos pépites industrielles ont impérativement besoin d’une Europe unifiée sur le sujet, encourageante, qui œuvre à une meilleure conduite du changement d’une part, et qui s’investisse au profit de villes plus intelligentes et connectées d’autre part, prêtes à accueillir des véhicules propres.

Comment ? En participant au financement des start-up innovantes de la mobilité tout d’abord, encore trop peu aidées ni mises en lumière. A titre d’exemple, tandis que le secteur de la mobilité a pu compter sur des financements chinois à hauteur de centaines de millions de dollars sur de simples designs et business plans, comment s’étonner de voir nos pépites européennes passer sous leur giron… En assumant ensuite ses ambitions autour de la formation en intelligence artificielle, permettant ainsi de laisser plus rapidement derrière nous nos vieux réflexes mécaniques (665 millions d’euros d’investissement ont été promis dans l’Hexagone d’ici 2022 par le Gouvernement Philippe). Et enfin, en continuant de voir grand. L’ONU, la Commission Européenne, et le Gouvernement français, se sont récemment engagés à créer un monde neutre en carbone d’ici 2050. Or, malheureusement, selon le Conseil International pour les initiatives écologiques locales, seuls 25% des infrastructures mondiales nécessaires à cet objectif sont aujourd’hui en place.

En résolvant les enjeux de mobilité, nos décideurs européens ont in fine face à eux une opportunité extraordinaire de permettre à notre industrie de relever les défis de son époque, de développer des villes plus intelligentes et plus propres… et peut-être même de gagner de l’argent ! Un citoyen européen passant en effet en moyenne 40 minutes par jour en voiture selon McKinsey, ce sont 65 millions d’heures qui sont ainsi gaspillées par les cent millions d’automobilistes de l’Union Européenne quotidiennement. En supposant que 50% de ce temps puisse être utilisé pour un travail efficace, l’optimisation des trajets domicile-travail pourrait avoir un effet macroéconomique bénéfique d'environ 1 milliard d'euros par jour en Europe… En somme, si l’industrie automobile européenne est certes en déclin, les opportunités qui en découlent pour le Vieux continent sont immenses, en ce que ce dernier dispose de tous les atouts pour devenir le leader des villes intelligentes !

Ross Douglas est le fondateur d'Autonomy, le salon de la mobilité urbaine, dont le JDN est partenaire, et qui se tiendra à Paris du 16 au 17 octobre 2019. Au programme : stands d'exposants, pitch de start-up, tables rondes et keynotes.

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