Comment les fonds d'investissement comptent sortir des ICO

Comment les fonds d'investissement comptent sortir des ICO Depuis plusieurs mois, des sociétés de gestion participent aux préventes des levées de fonds en crypto-monnaies. Mais quelle est leur stratégie d'exit ?

Les initial coin offerings, aussi appelées crowdsale (vente à la foule), ne portent plus bien leur nom. Les particuliers ne sont plus majoritaires lors de ces levées de fonds en crypto-monnaies. D'après le site spécialisé Tokendata, 60% des montants levés en ICO début 2018 viennent de la prévente, c'est-à-dire des investisseurs professionnels (sociétés de gestion, family offices, banques privées…) qui ne sont pas forcément spécialisés dans les crypto-monnaies et la blockchain. Mais une fois que les fonds d'investissement sont en possession des tokens (ou jetons) des ICO, quels sont leurs plans ? Quand et comment prévoient-ils de revendre ces tokens ?

Tout dépend de la stratégie même du fonds. Si c'est un fonds vautour, c'est-à-dire un fonds spéculatif, alors il aura tendance à revendre rapidement les tokens. "Ces fonds attendent juste que le coin (token, ndlr) soit listé sur les exchanges pour les liquider", confirme Adrien Hubert, CEO de Coin Capital, une société de conseil en investissement en crypto-monnaies. "Ceux qui ont une approche à court terme se disent que les tokens sont des actifs liquides et qu'ils peuvent facilement vendre peu de temps après avoir acheté", abonde Pierre Entremont, principal chez Otium Capital, un fonds en early-stage qui a investi dans plusieurs ICO.

"Pour l'instant, les fonds qui ont investi dans les ICO sont des passionnés. Ils vont donc attendre avant de vendre"

"En général, ils cherchent à avoir des discounts, pratiquent le copinage, font du pump and dump (une technique de manipulation de marché qui consiste à acheter d'énormes quantités d'actifs afin d'en gonfler artificiellement le cours, ndlr)", complète le principal. Ces fonds spéculatifs s'intéressent particulièrement aux ICO qui seront listées rapidement sur de gros exchanges, comme le Chinois Binance, numéro un mondial en nombre de volumes échangés quotidiennement. "C'est très courant qu'un projet prévienne un fonds que son token sera listé sur Binance , ce qui signifie qu'il est assuré que ça va bien se vendre", explique Pierre Entremont.

Une majorité sur le long terme

A contrario, les sociétés de gestion qui ont une stratégie sur le long terme choisissent de ne pas vendre tout de suite les tokens acquis. Pour Adrien Hubert, ces fonds représentent une majorité dans le monde des crypto. "Pour l'instant, les fonds qui ont investi dans les ICO sont des passionnés. Ils vont donc attendre avant de vendre. En revanche, quand les gros fonds d'investissement arriveront, la proportion ne sera pas la même", analyse-t-il. "La spéculation pure est de moins en moins courante car les discounts à -30 ou -50% ne se font plus trop", fait remarquer Hugo Renaudin, CEO de LGO markets, future plateforme d'échange dédiée aux investisseurs institutionnels.

Otium Capital, qui a investi moins de 5% de son portefeuille dans des ICO, fait partie de la deuxième catégorie. Et pratique la même méthode que pour le corporate venture traditionnel. "Nous investissons dans des projets d'ICO comme nous investissons dans une entreprise classique, c'est-à-dire que nous choisissons une équipe dans laquelle nous avons confiance et qui a un bon projet. Nous savons que développer une entreprise ne prend pas six mois ou un an mais plutôt six ou sept ans. Par conséquent, nous allons garder ces lignes pendant les cinq ou six prochaines années pour laisser du temps à l'équipe des ICO pour développer l'entreprise", affirme Pierre Entremont, sans communiquer le nom des ICO. Seule indication : ce sont "des projets d'infrastructure car on est encore aux prémices de la technologie blockchain."

Certains fonds ne rentrent quant à eux ni dans la première ni dans la deuxième catégorie. "Un fonds peut sortir 50% des tokens investis assez rapidement et le reste à 6 mois ou un an", confie Jordan Ettedgui, head of sales and strategy chez Enigma Securities, un broker crypto qui s'occupe notamment de liquider les tokens achetés par les fonds d'investissement.

L'apparition du vesting

Pour limiter les risques de sortie, de plus en plus de projets d'ICO pratiquent le vesting, une période de rétention des titres décidée à l'avance par les associés d'une entreprise qui va conditionner l'acquisition des parts dans le temps. Cette pratique permet aux porteurs de projets d'ICO de s'assurer que les investisseurs ont de bonnes intentions.

"Les vesting sont quasiment systématiques pour les projets de qualité", souligne Pierre Entremont. Une des ICO dans laquelle Otium a investi comporte un vesting sur quatre ans. "Les projets de très bonnes qualités ne veulent pas lever des montants démesurés car ils n'en ont pas besoin mais plutôt 50-100 millions. Comme ils auront assez d'argent, ils vont sélectionner les investisseurs qui sont là pour le long terme plutôt que les spéculateurs", ajoute le principal. Pour son ICO, Hycon, une crypto-monnaie qui vise à être plus scalable que ses pairs, a par exemple permis aux institutionnels d'avoir un bonus de 33%. Mais les tokens ne seront délivrés qu'un an plus tard. Ce discount est le bienvenu mais ne convient pas à tout le monde. "Certains jouent avec les bonus. Plus tu prends un vesting long, plus tu peux avoir un discount sur l'investissement. Je trouve que c'est assez borderline car cela veut dire que tous les investisseurs ne rentrent pas au même prix", estime Pierre Entremont.

Plus le milieu des ICO sera régulé, plus les gros fonds entreront sur le marché… et plus les projets d'ICO devront être sélectifs. "Il faudra mettre une limite de possession de tokens ou généraliser l'obligation de les garder pendant une période donnée", imagine Adrien Hubert. L'investissement dans les crypto-monnaies deviendra presque un investissement comme les autres.

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