Face à Adyen et Stripe, les banques françaises accélèrent… un peu tard

Face à Adyen et Stripe, les banques françaises accélèrent… un peu tard Manque d'expérience avec les marketplaces, faible internationalisation, gap technologique… Les prestataires de paiement des groupes bancaires ont du mal à rattraper les nouveaux entrants.

Ils veulent ringardiser les Monext & co. Les nouveaux prestataires de paiement (PSP), Adyen et Stripe en tête, séduisent de plus en plus les petites comme les grandes entreprises. Les raisons ? Une meilleure expérience utilisateur, une rapidité d'exécution imbattable, une plus importante palette de moyens de paiement… D'autres acteurs, pas si nouveaux, aimeraient à leur tour les ringardiser (ou du moins les égaler) : les banques françaises.

Pour cela, BPCE a racheté deux sociétés, PayPlug et Dalenys, entre 2016 et 2018. De son côté, La Banque Postale a créé fin 2017 une filiale dédiée, eZyness. Au départ destinée aux besoins du groupe, cette entité s'attaque désormais aux commerçants, marketplaces et grandes entreprises en tout genre. "Les autres banques se posent des questions. Elles ont enfin pris conscience du danger que représentent les nouveaux acteurs", glisse Anton Beliakoff, CEO de Lyra, société spécialisée dans la sécurisation des paiements. Mais cette prise de conscience arrive un peu tard. Et c'est une banque qui le dit. "On a mis un peu de temps à réagir. Mais on compte bien être la deuxième génération des nouveaux entrants", lâche, confiant, le responsable d'un PSP d'une banque française. 

"Les banques n'allouent pas des budgets monstrueux à ces structures"

Les banques françaises ont d'abord loupé le coche de l'économie de plateformes, à savoir les Amazon, Blablacar et autres Airbnb. Ces entreprises sont arrivées avec des business models plus complexes que ceux des marchands traditionnels. Par exemple, avoir plusieurs vendeurs sur une même plateforme au lieu d'un seul complique la gestion des flux de paiement. Cet aspect n'était pas l'unique raison du manque d'intérêt du secteur bancaire. "Au début, elles ne croyaient pas du tout en ces plateformes et ont décidé de ne pas faire de business avec eux. Sauf que dans le lot, il y a aujourd'hui des méga plateformes comme Uber et Spotify", raconte Julien Maldonato, associé conseil innovation chez Deloitte. Or ces sociétés cherchaient (et cherchent toujours) des prestataires de paiement innovants, capables de s'adapter à leurs besoins, rapides dans l'exécution et transparents dans la tarification. Adyen et Stripe ont justement ciblé ces sociétés du net avant d'aller chercher les marchands traditionnels. Tout le contraire des banques.

Un écart technologique

Le niveau technologique est crucial pour se mettre au niveau des fintech. Et de ce côté, les PSP des banques ont aussi du retard, même si leurs petites structures sont dotées de systèmes d'informations souples et simples à moderniser. "Les groupes bancaires ont une carence en ingénieurs et autres profils techno pour accompagner rapidement les marchands dans l'implémentation de moyens de paiement", estime Julien Maldonato. "Stripe et Adyen jouissent d'une agilité incroyable. Ils mettent une équipe de développeurs à disposition de chaque client et ces équipes s'adaptent vite", complète-t-il. Sur les 1 400 salariés de Stripe (à fin 2018), la moitié sont des ingénieurs. A titre de comparaison, Ezyness compte 15 salariés… en tout. Chez BPCE, Payplug compte 50 personnes (dont 18 profils techniques) et Dalenys 180 (environ 50% de profils techniques).

Qui dit investissement technologique dit aussi investissement financier. Là aussi, les banques semblent à la traîne (elles ne communiquent pas sur des chiffres). "Elles n'allouent pas des budgets monstrueux à ces structures. Le budget est concentré sur la modernisation des usines traditionnelles (où sont centralisés les paiements, ndlr)", assure Julien Maldonato. De leur côté, Adyen et Stripe croulent sous les financements : le premier a levé 1,1 milliard de dollars lors de son IPO en 2018, le second a réuni près de 800 millions de dollars depuis sa création en 2011.

Des clients trop franco-français

Last but not least, les banques françaises auront du mal à rattraper leur retard sur le terrain de l'international. Pour l'instant, BPCE et La Banque Postale ont une majorité de clients français. Pour cause, s'implanter dans des pays étrangers nécessite de proposer de multiples moyens de paiement comme Alipay et WeChat Pay en Chine, iDeal aux Pays-Bas ou encore Sofort en Allemagne. De plus, il est préférable d'avoir une présence locale. "La relation entre le conseiller paiement de la banque et le marchand se fait sur site. Il faut convaincre les équipes locales, pas le siège", explique Julien Maldonato.

"Les banques essaient de réarmer le GIE Cartes Bancaires en ajoutant de nouveaux services"

Pour l'heure, seule Dalenys a un bureau à l'étranger, aux Pays-Bas. Adyen et Stripe ont respectivement 15 et 14 bureaux dans le monde. "Les banques qui ont des filiales à l'étranger peuvent s'appuyer sur leur réseau", tempère Julien Madonato. Et c'est là que les banques françaises ont une carte à jouer. "Des grands marchands internationaux comme LVMH ou L'Oréal recherchent une solution de paiement unique sur les 180 pays où ils sont présents", illustre Anton Beliakoff. Dalenys, qui vise les grands comptes, souhaite s'adresser davantage à des acteurs internationaux. "Nous allons très vite avoir un équilibre (entre clients français et étrangers, ndlr)", avance Ludovic Houri, directeur général du PSP. 

Autre carte à jouer : les acteurs franco-français. "Le groupe possède des réseaux de distribution très étendu", souligne Pierre-Antoine Vacheron, membre du comité de direction générale de Natixis (groupe BPCE) en charge des paiements. Sans compter que le "label banque" joue beaucoup. "Quand on discute avec les grands marchands français, on remarque qu'il reste encore un esprit conservateur qui joue en faveur des acteurs français", assure Julien Maldonato.

Mutualiser les efforts

Mais alors, comment combler le retard ? En mutualisant les efforts. "Nous allons intégrer l'ensemble des fintech qui font de l'acquisition sur Dalenys. Concrètement, PayPlug et S-Money vont progressivement envoyer leurs flux de paiement chez Dalenys", confie Pierre-Antoine Vacheron. La mutualisation peut aussi se faire entre les banques, notamment via le GIE Cartes Bancaires, le groupement des banques créé pour être une alternative française à Mastercard et Visa. "Les banques essaient de réarmer le GIE CB en ajoutant de nouveaux services. Cela va permettre de renforcer l'intérêt de passer par le GIE pour les marchands et donc de contrer Adyen et Stripe", souligne Anton Beliakoff. Les fintech étrangères ne passent pas toutes par le réseau CB (Stripe est membre) mais par ceux de Visa et Mastercard (qui facturent des commissions plus élevées). 

L'autre solution serait de proposer des tarifs moins chers. C'est ce qu'a fait JP Morgan, qui s'est attaqué sérieusement à ce marché suite au rachat de la start-up WePay. "Stripe perd des marchés face à JP Morgan car il est plus cher (sur la partie passerelle de paiement, ndlr), d'après un connaisseur du secteur. Reste à savoir si les banques françaises sont prêtes à faire du low cost

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