Transition énergétique : les données, aussi importantes que l'électron

À l'heure de la relance verte, l'exploitation des données pourrait considérablement accélérer la transition énergétique, et donner aux villes des armes supplémentaires pour lutter contre la précarité énergétique.

Les données, et en particulier les données énergétiques, présentent un potentiel considérable pour la transition énergétique. De nombreux secteurs l’ont compris, au premier rang desquels les acteurs de l’énergie et en particulier de l’électricité. 

La relance verte des territoires passera par la donnée 

C’est sur la collecte et l’exploitation des données que reposent les smart grids, ces réseaux électriques intelligents qui sont un pilier de la quête de neutralité carbone européenne. Sur ces réseaux de distribution d’électricité nouvelle génération, les données entre consommateurs et fournisseurs sont analysées en temps réel afin d’assurer un approvisionnement optimal en électricité décarbonée et de plus en plus renouvelable. En France, près de 150 porteurs de projets de smart grids contribuent ainsi chaque jour à faire de la transition énergétique une réalité dans les territoires, en intégrant de l’électricité verte, en gérant les pointes de consommation, et en développant l’usage de la voiture électrique. 

Mises à disposition par les gestionnaires de réseaux en toute sécurité, ces données énergétiques se révèlent précieuses, mais à la condition d’une prise de conscience et in fine, d’un changement dans les habitudes de consommation des citoyens - qui deviennent alors des smart citizens - et des entreprises. Il existe à ce titre aujourd’hui de nombreuses applications mobiles qui permettent à tout un chacun de prendre en main la consommation de ses appareils pour adapter ses gestes et optimiser ses consommations énergétiques.  Avec, à la clé, des économies sur la facture et un meilleur bilan carbone de son logement. 

Cibler les opérations de rénovation énergétique 

Mais c’est bien en matière de gestion énergétique des villes et des bâtiments que les perspectives offertes par l’exploitation des données sont les plus enthousiasmantes. Durant le premier confinement, la startup Deepki a conduit un travail d’analyse visant à mesurer la baisse des consommations énergétiques de 3 500 bâtiments tertiaires répartis en France. Résultat : près de 40% des sites ont maintenu le même niveau de consommation malgré leur fermeture. Cette expérimentation a eu un effet loupe sur la gestion énergétique des bureaux, en révélant un véritable gaspillage énergétique. Or, la mise en place d’un suivi énergétique efficace des bâtiments permettrait de mettre fin à ce gaspillage facilement, et ce, sans avoir à engager de lourds travaux, ni d’investissements coûteux. 

Aider les collectivités à réduire le gaspillage énergétique en s’appuyant sur les données est aux fondements de la convention nationale “Action Cœur de Ville” engagée par le Ministère de la Cohésion des Territoires aux côtés d’Enedis. Lancé dans 222 villes moyennes, ce programme a vocation à améliorer les conditions de vie de leurs habitants. Les collectivités seront accompagnées pour renforcer leur politique énergétique grâce à l’utilisation des données fournies par les compteurs communicants.

Gouvernance de la donnée 

À la maille d’une commune, d’une rue, d’un ensemble de lycées ou d’hôpitaux, il sera possible de réagir aux consommations énergétiques inhabituelles ou de recevoir des alertes en cas d’anomalies de consommation de l’éclairage public. L’élaboration de cartographies précises des zones énergivores permettra par ailleurs de mieux cibler les opérations de rénovation énergétique. Un enjeu majeur à l’heure où le gouvernement met un coup d’accélérateur en la matière. 

S’appuyer sur les compétences d’un opérateur de service public offre aux collectivités la garantie d’un haut niveau de protection des données personnelles et commercialement sensibles dont elles disposent. On ne saurait innover et inventer des services correspondant aux besoins des citoyens, sans assurer, dans le même temps, la confidentialité des données personnelles. Ce qui suppose la mise en place d’une gouvernance et d’un pilotage stratégique et responsable des données. 

Recueillir, fiabiliser et exploiter ces datas en toute sécurité est l’équation gagnante pour aider les territoires à mieux appréhender leurs problématiques énergétiques, qu’il s’agisse de maîtriser la demande en énergie, d’améliorer l’efficacité énergétique ou encore de lutter contre la précarité énergétique, problématique d’autant plus prégnante à l’approche de l’hiver.