Citygo, l'ovni du covoiturage qui se met tout le monde à dos

Citygo, l'ovni du covoiturage qui se met tout le monde à dos Le modèle économique et le positionnement original de cette start-up lui ont attiré à la fois les critiques des chauffeurs VTC et des acteurs du covoiturage courte-distance.

Les chauffeurs de VTC nous avaient plutôt habitués à manifester sous les fenêtres d'Uber. Mais début février, c'est devant le siège d'une start-up de covoiturage, Citygo, qu'ils sont venus exprimer leur mécontentement. Accusée par les VTC de permettre le transport illégal de personnes, l'application est aussi critiquée par les acteurs du covoiturage courte distance qui ne le considèrent pas comme l'un des leurs en raison de ses prix élevés. Citygo, qui a mis en pause une partie de son service (en temps réel) pour remédier à ces problèmes en février, adopte en tout cas un positionnement et un modèle économique atypiques, que nous a expliqué son fondateur Patrick Robinson Clough.

Ce dernier a créé l'entreprise en 2014 puis lancé le service en janvier 2016. Citygo propose des covoiturages courte-distance en Ile-de-France, mais aussi à Lille et Lyon depuis octobre 2018. L'appli revendique 50 000 trajets effectués en janvier 2019, avec des croissances de 15% en moyenne sur les mois précédents. En plus de réservations jusqu'à six jours à l'avance comme sur les autres applis, l'une des spécificités du service est de permettre de commander un covoiturage en temps réel, à la manière des VTC. Mais avec des temps d'attente bien plus longs (15 à 20 minutes) et sans garantie de réussir à trouver un covoiturage, reconnaît Patrick Robinson Clough. Cette fonctionnalité est pourtant essentielle au service selon lui. "Commander à l'avance, c'est bien pour un trajet de plusieurs centaines de kilomètres, mais ce n'est pas du tout la manière dont fonctionne un être humain pour se déplacer en zone périurbaine. Le conducteur, comme le passager, peuvent avoir un imprévu ou changer d'avis".

"Commander à l'avance n'est pas du tout la manière dont fonctionne un être humain pour se déplacer en zone périurbaine"

L'autre grande différence de Citygo avec ses concurrents est son prix plus élevé. Si la pratique courante dans le secteur est de proposer un tarif de dix centimes par kilomètre par passager, la start-up a choisi d'attribuer un prix fixe par trajet, afin d'être plus attractive auprès des conducteurs. Ainsi, le service leur garantit le prix qu'ils toucheront, peu importe le nombre de passagers. "Nous appliquons le barème kilométrique maximal pour 90% des véhicules en France, à savoir 50 centimes par kilomètre", précise Patrick Robinson Clough.

Concrètement, le prix payé par le passager dépend du remplissage du covoiturages. Il est en moyenne de 32 centimes par kilomètre, selon Citygo. Auxquels s'ajoutent une commission de 15% et des frais fixes de 50 centimes. Cette tarification plus élevée que ses concurrents a valu à l'application d'être sortie de l'expérimentation de subvention du covoiturage menée en 2018 par Ile-de-France mobilités, qui avait retenu le barème de dix centimes par kilomètre par passager. Patrick Robinson Clough pointe de son côté l'arrêt de l'autorisation des subventions aux conducteurs plutôt qu'au passager, ainsi que la nécessité d'avancer la subvention, comme raisons de fin de la collaboration.

Prix élevé, trajets occassionels

Des prix qui ne permettent pas d'en faire une solution de transport quotidienne, et c'est tant mieux pour la start-up. Patrick Robinson Clough ne croit pas à la possibilité de massifier le covoiturage sur le segment domicile-travail. "Le matin et le soir en semaine sont les pires moments pour circuler en voiture. Par ailleurs, aucun service de covoiturage ne peut garantir à ses utilisateurs qu'ils trouveront un trajet". Un risque d'annulation ou de retard compliqué à conjuguer avec des impératifs professionnels, estime-t-il. Citygo se voit comme un service plus occasionnel complémentaire des transports en communs, des taxis et des VTC, avec un prisme loisir. L'usage s'en ressent : seuls 20% des trajets du service concernent le domicile-travail. Les covoiturages le weekend (42% des voyages) et en soirée (46%) sont bien plus fréquents que sur d'autres applications comme Klaxit ou Karos.

Si Citygo assume sa différence avec les autres services de covoiturage, elle compte en revanche remédier aux problèmes pointés par les VTC. Il était possible d'abuser du service pour le transformer en taxi clandestin, c'est-à-dire qu'un conducteur pouvait prendre des passagers pour les emmener à des destinations auxquelles il ne se rendait pas lui-même. Des solutions techniques ont été trouvées pour empêcher cette pratique, assure le dirigeant, et le nombre de trajets par conducteur a été limité à quatre par jour.

Après avoir brièvement mis en pause ses trajets en temps réel début février, Citygo prépare leur refonte avec des modifications qui seront présentées à la répression des fraudes (DGCCRF) afin de s'assurer qu'elles pallient bien les carences passées, pour une mise à jour prévue en mars. Avant de se lancer dans de nouvelles villes cette année : Nice, Marseille, Toulouse et Montpellier sont à l'étude. Des implantations permises par une levée de fonds de plusieurs millions d'euros en 2018, sur laquelle la start-up n'avait pas communiqué afin de ne pas trop attirer l'attention. Raté.

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