C'est dans cette région que l'on trouve l'une des pierres précieuses les plus rares de France

C'est dans cette région que l'on trouve l'une des pierres précieuses les plus rares de France Une région française abrite, dans son sol et le long de ses rivières, une pierre rare et d'un bleu profond.

Cachées dans la nature, elles attirent les amateurs et se vendent sur les comptoirs des marchés locaux ou des spécialistes. Elles sont bleues, rouges, vertes ou blanches. Le territoire français regorge, sous ses sols et dans ses cours d'eau, de nombreuses gemmes et certaines pierres précieuses.

L’une de ces pierres a fait sensation ces dernières années : le saphir. Un nouveau gisement a été mis au jour en 2016 le long d'un ruisseau. "C'est tout simplement l'une des dernières grandes découvertes de pierres précieuses en Europe, s'enthousiasme Guillaume Boulfroy, gemmologue. Avant 2016, quasiment aucun joaillier du pays ne savait qu'il pouvait travailler avec des saphirs français."

A l'époque, Guillaume, également artisan lapidaire, soit tailleur de pierres précieuses, s'est fortement intéressé à ce nouveau gisement. Avec son équipement, il parcourait les rivières à la recherche de saphirs mais était loin d'être le seul. Des quatre coins de la France, amateurs et professionnels se sont rués au beau milieu de l’Auvergne.

C’est que ces saphirs sont rares et fascinent par leur origine volcanique. "On parle ici de saphir magmatique", explique Guillaume. Ces pierres sont transportées par des volcans, des profondeurs de la Terre jusqu’à la surface. Elles se sont ensuite déposées dans les rivières au fil de l'érosion. Cette origine magmatique leur confère des caractéristiques particulières : des tons essentiellement bleu-vert, parfois assez sombres.

Cependant, Guillaume tient à démystifier certains discours sensationnels : "Dire que nos saphirs sont exceptionnellement purs comme on l’entend parfois dans la presse est faux. Ils ont souvent beaucoup d'inclusions visibles au microscope. Les plus purs viennent plutôt de Madagascar ou du Sri Lanka."

La plupart des saphirs auvergnats sont petits, fragmentés ou trop chargés en inclusions pour être taillés en pierres de joaillerie. "Seulement 15% des saphirs que l'on trouve sur le terrain ont un véritable intérêt commercial", ajoute le gemmologue.

Malgré cela, la médiatisation de ce nouveau gisement a déclenché un véritable afflux vers les rivières auvergnates. "Avant les années 2010, c’était un secret de Polichinelle. Depuis de nombreuses années, certains venaient prospecter sans aucune autorisation, raconte Guillaume. Mais en 2016, beaucoup de monde a afflué."

Cette ruée vers le saphir s'est concentrée le long d'une rivière dans un petit village près d'Issoire. "Le village est très petit et tranquille, note Guillaume. Mais des gens venaient sans foi ni loi. Il y avait des comportements inappropriés : racines d'arbres coupées, fouilles profondes. On a assisté à une véritable prédation."

Résultat : dégradation environnementale, tensions avec les propriétaires terriens, et finalement fermeture progressive des accès. "Aujourd'hui, les propriétaires refusent l’accès et les rivières sont protégées. Il n'y a plus de prospection officielle, constate Guillaume. Trouver un endroit où prospecter légalement en Auvergne est quasiment impossible."

Cette ruée vers le saphir a également créé un problème majeur de traçabilité. "Pendant longtemps, ces pierres ont été vendues sous le manteau et il est aujourd'hui difficile de certifier véritablement l'origine d'un saphir vendu comme auvergnat." Selon le gemmologue, ces saphirs français peuvent facilement être confondus avec des saphirs africains ou australiens.