Cet entrepreneur voulait créer le Starbucks espagnol, mais il perd tout dans le bitcoin
Juin 2022. Dans l'avenue Maisonnave, artère commerçante du cœur d'Alicante , un homme savoure son premier café. Cet homme, c'est Salvador Martí, entrepreneur alicantins aux multiples casquettes : fondateur de FacePhi, une entreprise technologique spécialisée dans la reconnaissance faciale, et président de l'Intercity, premier club de football espagnol à être coté en bourse. Ce jour-là, il inaugure un nouveau chapitre de sa vie : Vanadi Coffee & Lunch, sa chaîne de cafétérias.
Le projet est ambitieux. Salvador Martí ne veut pas simplement ouvrir quelques cafés. Il veut créer le Starbucks espagnol. Quatre établissements ouvrent simultanément à Alicante. Le plan est clair : 30 cafés à Alicante d'ici la fin de l'année, puis une expansion à Valence, Madrid, et au-delà.
L'offre se veut moderne et accessible : cafés soignés, produits healthy, commande via application mobile, boulangerie artisanale... Pour piloter la proposition gastronomique, la marque recrute même Carmen González, directrice des opérations issue du prestigieux restaurant madrilène Zalacaín. Tout semble réuni pour que le rêve prenne forme.

Un an plus tard, en juillet 2023, Vanadi Coffee entre en bourse sur le marché BME Growth, destiné aux PME espagnoles. Le prix d'introduction est fixé à 3,28 euros par action. L'enthousiasme est au rendez-vous, les promesses aussi. Mais la réalité du terrain est bien différente. Les ouvertures s'enchaînent bien plus lentement que prévu. En 2024, la compagnie revoit drastiquement à la baisse ses prévisions : elle espère désormais terminer 2025 avec seulement 9 cafés ouverts, contre les 27 annoncés initialement. Pour 2026, la cible est ramenée à 15 établissements, loin des 41 projetés un an auparavant. Financièrement, les résultats sont décevants, le cours de son action s'effondre progressivement et perd 99% de sa valeur.
Au printemps 2025. Vanadi annonce une décision qui va tout changer. La chaîne de cafés abandonne progressivement son cœur de métier pour se reconvertir dans le bitcoin. La société change même de nom : elle devient Vanadi Treasury. Vanadi annonce vouloir investir jusqu'à 1 milliard d'euros en bitcoins. Deux fonds investissent dans le projet à hauteur de 50 millions d'euros chacun. L'annonce produit un effet immédiat : le cours de l'action bondit de 54,5% en quelques jours, atteignant même +150% à son pic. L'enthousiasme autour du mot "bitcoin" fait son effet.
C'est ici que le naufrage débute. Hormis la vente de café, Vanadi Treasury ne génère aucun revenu : un acheteur de cryptomonnaies accumule des actifs mais ne vend rien. Or la société n'a pas les moyens d'acheter des bitcoins avec ses propres fonds. Pour trouver cet argent, Vanadi emprunte de l'argent en échange d'actions nouvelles moins chères que sur les marchés. Le problème ? En émettant sans cesse de nouvelles actions, Vanadi dilue ses actionnaires existants et fait pression à la baisse sur son propre cours. Quand le cours baisse, il faut émettre encore plus d'actions pour lever le même montant. Ce qui fait encore baisser le cours. Et ainsi de suite. Les experts financiers ont un nom pour ce mécanisme : la spirale de la mort. Une entreprise survit à coups de prêts toxiques et détruit sa propre valeur pour rembourser ses dettes.
Aujourd'hui, sur les 213 bitcoins que Vanadi possède au total, 130 sont bloqués en garantie d'un prêt auprès de la plateforme Bit2Me. Autrement dit, 61% de ses cryptomonnaies ne lui appartiennent plus vraiment. Et pour assurer sa survie, elle dit avoir besoin de 65 millions d'euros supplémentaires dans les 12 prochains mois. A ce stade, vendre des cafés ne suffira pas.