En Chine, le fournisseur ne lit pas ce que vous voulez, il lit ce qui est écrit sur le plan
Mon client voulait un inox précis. Son propre plan disait autre chose. À 9 000 km, c'est le plan qui gagne, pas ce que vous avez en tête.
Un client me confie deux petites pièces en inox à faire tourner en Chine. Une PME française de composants mécaniques. Jusqu'ici elles étaient fabriquées en Europe. C'est un test, avant d'en transférer beaucoup d'autres.
Il est clair sur la matière. Il veut du 304L, un inox bien précis. Pas de 304, même si on lui jure que c'est pareil. Il me le dit, il insiste, il y tient. Bon. Je note.
Le plan disait le contraire de ce qu'il me disait
Je regarde ses plans avant de les envoyer aux fournisseurs. Et là, je vois quelque chose.
Sur le plan, dans le cadre des informations techniques, c'est écrit noir sur blanc. Inox 304 ou 304L. Les deux. Son plan autorise exactement la matière qu'il ne veut pas.
Donc son plan dit une chose, et lui me dit l'inverse. Les deux viennent de la même entreprise.
Ce qu'il voulait vivait dans sa tête et dans nos mails. Ça ne vivait pas dans le seul document qui compte, le plan.
Pourquoi ça n'avait jamais posé de problème avant
En Europe, ce trou ne se voyait pas. L'atelier qui fabriquait ses pièces depuis des années savait ce qu'il fallait faire. Il connaissait la maison, il connaissait le produit. Même si le plan disait les deux nuances, l'atelier prenait la bonne sans se poser de question.
La règle n'était écrite nulle part. Elle était dans la tête des gens. Et ça suffisait, tant que les gens étaient les mêmes, dans le même atelier, à côté.
Le jour où le fichier part à 9 000 kilomètres, tout change. Le fournisseur chinois ne connaît ni la maison, ni le produit, ni l'habitude. Il ne connaît que le plan. Et le plan lui dit qu'il a le droit d'utiliser du 304.
Le fournisseur qui livre du 304 n'a rien fait de mal
C'est là qu'il faut être honnête. Un atelier chinois qui lit ce plan, choisit le 304 et le livre, il est dans son droit. Le document l'autorise. Il n'a pas triché. Il n'a pas menti. Il a fait ce que le plan permettait.
Le 304 coûte moins cher et se trouve plus facilement. Donc c'est même vers lui que le fournisseur va aller naturellement. Pas par malice. Parce que c'est plus simple pour lui, et que rien ne le lui interdit.
J'ai déjà raconté ici comment un fournisseur chinois finit par faire ce qu'il veut dès que personne ne cadre vraiment ce qu'on attend de lui. Ici c'est pareil, sauf que ce qui manque n'est pas le regard, c'est une ligne claire sur le plan.
Le client, à distance, aurait reçu la mauvaise matière. Et il n'aurait rien eu à reprocher au fournisseur, parce que sur le papier, le fournisseur avait raison.
Mon travail, c'est de faire appliquer ce qu'il veut vraiment
C'est exactement pour ça que je suis là. Pas pour envoyer le plan et attendre.
J'ai vu la contradiction. J'ai bloqué le plan avant qu'il parte avec son trou. J'ai fait remonter la vraie exigence, le 304L strict, et je l'ai posée noir sur blanc, pour que le fournisseur ne puisse plus choisir. Là où le plan laissait une porte ouverte, je l'ai fermée.
Le client, lui, ne pouvait pas voir ce trou. Pas parce qu'il est mauvais. Ses plans sont propres, son métier il le connaît mieux que moi. Mais il lit son plan comme celui qui l'a écrit, en sachant déjà ce qu'il veut. Moi je le lis comme le fournisseur va le lire, sans rien savoir. Et c'est là que je vois ce qu'il ne voit plus.
À 9 000 kilomètres, vous ne pilotez pas des fournisseurs. Vous pilotez des documents. Et c'est le document qui arrive en usine à votre place, pas vous.
Ce qu'il faut retenir
Ce que vous savez, ce que vous voulez, ce que vous avez dit au téléphone, rien de tout ça n'arrive en Chine. Seul le plan arrive. S'il est clair, il vous protège. S'il se contredit, il travaille contre vous, en silence, et vous ne le découvrez qu'à la livraison.
Avant d'envoyer quoi que ce soit à l'autre bout du monde, il faut relire vos documents avec les yeux de celui qui ne vous connaît pas. C'est tout mon métier. Voir le trou avant que le fournisseur ne tombe dedans.
Agent terrain en Chine depuis 11 ans, Nicolas Allard est les yeux sur place des dirigeants qui font fabriquer loin de chez eux. Il les accompagne avec sa société EasybuyRPC.