Rupture conventionnelle dans la fonction publique : ce que la réforme de 2026 change concrètement pour les agents

LE BOUARD AVOCATS

La rupture conventionnelle est pérennisée dans la fonction publique en 2026. Nouveaux barèmes, ISRC réduite, négociation renforcée et règles de retour à connaître.

Longtemps présentée comme une expérimentation, la rupture conventionnelle dans la fonction publique est désormais installée dans la durée. Depuis 2026, les fonctionnaires peuvent continuer à quitter leur administration d’un commun accord, mais avec des règles financières nettement moins favorables qu'auparavant.

La réforme ne remet donc pas en cause le principe du dispositif. Elle en change surtout l’équilibre.

Pour les agents qui envisagent un départ, la question n’est plus seulement de savoir s’ils peuvent obtenir une rupture conventionnelle. Il faut désormais comprendre combien ils peuvent percevoir, dans quelles limites ils peuvent négocier et quelles conséquences leur départ peut avoir plusieurs années après la signature.

Un dispositif désormais pérenne

La rupture conventionnelle avait été introduite dans la fonction publique à titre expérimental par la loi du 6 août 2019 portant transformation de la fonction publique.

Elle devait initialement disparaître à la fin de l’année 2025.

Le législateur a finalement choisi de la maintenir.

La loi de finances pour 2026 a ainsi pérennisé le mécanisme et l’a inscrit dans le Code général de la fonction publique.

Le principe reste proche de celui connu dans le secteur privé : l’agent et son administration conviennent ensemble de mettre fin à leur relation.

Mais contrairement à une démission, la rupture conventionnelle ouvre droit au versement d’une indemnité spécifique, l’ISRC, et peut permettre à l’agent de bénéficier de l’assurance chômage lorsqu’il remplit les conditions requises.

Elle n’est toutefois jamais automatique.

L’administration peut refuser la demande et l’agent ne peut pas imposer son départ par cette voie.

Le vrai changement de 2026 concerne les indemnités

La pérennisation du dispositif aurait pu se traduire par une simple reconduction des règles existantes.

Ce n’est pas ce qui s’est produit.

Deux décrets publiés le 6 août 2026 ont profondément revu le régime de la rupture conventionnelle.

Le décret n°2026-745 modifie la procédure.

Le décret n°2026-746 revoit quant à lui le calcul de l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle.

Et c’est sur ce second point que la réforme est la plus sensible pour les agents.

Les montants minimums comme maximums ont été revus à la baisse.

Une indemnité minimale calculée selon l’ancienneté

Le montant minimum de l’ISRC dépend désormais de l’ancienneté de l’agent.

Pour chaque année de services effectifs, le minimum correspond à :

  • 1/6 de mois de rémunération brute par année jusqu’à 10 ans d’ancienneté ;
  • 1/5 de mois entre 10 et 15 ans ;
  • 1/4 de mois entre 15 et 20 ans ;
  • 1/3 de mois entre 20 et 24 ans.

Au-delà de 24 années, les années supplémentaires ne permettent plus d’augmenter le plancher réglementaire.

Pour un agent rémunéré 3 500 euros brut par mois et disposant de 15 années d’ancienneté, le minimum théorique est ainsi d’environ 9 333 euros.

Le montant réellement négocié peut être supérieur.

Le plafond a lui aussi été fortement réduit

Le plafond de l’ISRC est désormais fixé à 1/24 de la rémunération brute annuelle de référence par année d’ancienneté, dans la limite de 24 années.

Cela signifie qu’un agent disposant de 24 années d’ancienneté ne pourra pas obtenir plus que l’équivalent d’une année de rémunération brute de référence.

Pour un agent percevant 42 000 euros brut par an avec 15 années d’ancienneté, le plafond ressort par exemple à 26 250 euros.

La différence entre le minimum et le maximum peut donc rester importante.

C’est précisément dans cette fourchette que se situe la négociation.

Minimum légal ne signifie pas montant automatique

C’est l’un des points les plus mal compris.

Le montant minimum prévu par les textes n’est pas nécessairement le montant qui doit être proposé à l’agent.

Il constitue un seuil.

Le montant définitif est fixé d’un commun accord dans la convention de rupture, dans la limite du plafond réglementaire.

Autrement dit, deux agents disposant de rémunérations et d’anciennetés identiques peuvent théoriquement négocier des indemnités différentes.

Le montant peut notamment dépendre :

  • du contexte du départ ;
  • du calendrier proposé ;
  • des contraintes d’organisation du service ;
  • du projet professionnel de l’agent ;
  • des conditions de remplacement ;
  • de la capacité des parties à trouver un intérêt commun à la rupture.

La rupture conventionnelle reste donc un mécanisme juridique, mais aussi un véritable processus de négociation.

La date du départ peut également avoir un impact financier

Autre élément souvent sous-estimé : la rémunération servant au calcul de l’indemnité n’est pas choisie librement.

La rémunération de référence correspond à la rémunération brute annuelle perçue auprès d’employeurs publics au cours de l’année civile précédant l’année de la rupture.

Cette règle peut avoir des conséquences importantes.

Un changement de rémunération, une disponibilité ou une mobilité entre employeurs publics peut modifier sensiblement la base utilisée pour calculer l’indemnité.

Un agent qui n’aurait perçu aucune rémunération publique pendant l’année de référence peut même se retrouver avec une base de calcul nulle.

Le calendrier de la rupture doit donc être analysé avant la signature.

Une procédure strictement encadrée

Même si elle repose sur un accord, la rupture conventionnelle ne peut pas être conclue du jour au lendemain.

La procédure comporte plusieurs étapes obligatoires.

La demande peut provenir de l’agent ou de l’administration.

Un premier entretien doit intervenir au moins 10 jours francs et au plus tard un mois après la réception de la demande.

Cet entretien permet notamment d’aborder :

  • les raisons de la rupture ;
  • la date envisagée ;
  • le montant de l’ISRC ;
  • les conséquences du départ.

La convention ne peut ensuite être signée qu’au moins 15 jours francs après le dernier entretien.

Après la signature, chaque partie dispose encore d’un délai de rétractation de 15 jours francs.

Le départ effectif ne peut intervenir qu’après l’expiration de ce délai.

Fonction publique d’État, territoriale ou hospitalière : le principe est le même

Le dispositif concerne les trois versants :

  • fonction publique d’État ;
  • fonction publique territoriale ;
  • fonction publique hospitalière.

Il s’applique aux fonctionnaires titulaires ainsi qu’aux agents contractuels en CDI, sous réserve des exclusions prévues par les textes.

Les agents en CDD ne sont pas concernés.

Les fonctionnaires stagiaires sont également exclus.

Certaines situations particulières doivent par ailleurs être examinées avec attention.

Dans la fonction publique territoriale, un agent occupant plusieurs emplois à temps non complet auprès de plusieurs collectivités doit notamment conclure la rupture avec l’ensemble de ses employeurs.

Un départ qui peut ouvrir droit au chômage

La rupture conventionnelle constitue une privation involontaire d’emploi.

Elle est donc susceptible d’ouvrir droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, sous réserve que l’agent remplisse les conditions prévues par le régime d’assurance chômage.

Selon son employeur, l’indemnisation peut être versée par France Travail ou directement par l’employeur public dans le cadre de l’auto-assurance.

L’agent conserve également les droits à retraite acquis au titre des années déjà travaillées.

En revanche, le fonctionnaire est radié des cadres à la date prévue dans la convention.

La rupture est donc définitive.

Attention au retour dans la fonction publique

La réforme de 2026 renforce également l’attention portée aux retours rapides dans le secteur public.

Un agent qui retrouve un emploi public dans le même versant de la fonction publique dans les six années suivant sa rupture peut être tenu de rembourser l’ISRC perçue.

Cette règle est loin d’être anodine.

Un agent qui envisage une reconversion dans le privé tout en souhaitant conserver la possibilité de revenir rapidement dans son administration d’origine doit donc intégrer cette contrainte dans sa décision.

La rupture conventionnelle ne se limite pas au montant obtenu le jour du départ.

Elle engage le parcours professionnel des années suivantes.

Le contentieux commence aussi à se structurer

Le Conseil d’État a apporté une précision importante dans une décision du 10 avril 2026.

Il a considéré que la convention de rupture conventionnelle pouvait être contestée devant le juge administratif par la voie du recours pour excès de pouvoir.

Le juge peut notamment contrôler les conditions dans lesquelles le consentement de l’agent a été donné.

Cette évolution confirme que la rupture conventionnelle ne peut pas être réduite à une simple formalité RH.

Pressions, erreurs, défaut d’information ou irrégularités susceptibles d’avoir privé l’agent d’une garantie peuvent devenir des enjeux contentieux.

Toutes les irrégularités de procédure ne conduisent toutefois pas automatiquement à l’annulation de la convention.

Le juge recherche notamment si elles ont effectivement influencé la décision ou privé l’agent d’une garantie.

Une réforme qui rend la préparation encore plus importante

Le paradoxe de la réforme de 2026 est assez clair.

La rupture conventionnelle devient pérenne au moment même où son régime indemnitaire devient moins favorable.

Pour les agents, cela signifie que la qualité de la préparation prend encore davantage d’importance.

Avant d’envoyer une demande, il est utile de connaître :

  • son éligibilité exacte ;
  • sa rémunération de référence ;
  • son ancienneté retenue ;
  • le minimum réglementaire ;
  • le plafond applicable ;
  • les conséquences fiscales et sociales ;
  • les effets d’un éventuel retour dans la fonction publique.

La discussion ne commence réellement qu’une fois ces éléments connus.

La rupture conventionnelle devient un outil durable, mais plus encadré

La réforme de 2026 ne signe donc pas la disparition de la rupture conventionnelle dans la fonction publique.

Elle confirme au contraire son installation durable.

Mais elle transforme le dispositif en un mécanisme plus encadré financièrement, dans lequel la négociation du montant et du calendrier devient centrale.

Pour les administrations, il s’agit d’un outil supplémentaire de gestion des parcours et des effectifs.

Pour les agents, il peut constituer une voie de sortie intéressante, notamment dans le cadre d’une reconversion professionnelle.

À condition de ne pas considérer la rupture conventionnelle comme une simple formalité de départ.

En 2026, l’enjeu n’est plus seulement d’obtenir l’accord de l’administration.

Il est de savoir à quelles conditions partir, pour quel montant et avec quelles conséquences à moyen terme.

Sources

Service-Public – Rupture conventionnelle dans la fonction publique

https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F31094

Le Bouard Avocats – Rupture conventionnelle dans la fonction publique : guide complet 2026

https://www.lebouard-avocats.fr/post/rupture-conventionnelle-fonction-publique

Légifrance – Décret n°2026-745 du 6 août 2026 relatif à la procédure de rupture conventionnelle dans la fonction publique

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054632832

Avocats Le Bouard – Rupture conventionnelle dans la fonction publique

https://www.avocats-lebouard.fr/news/rupture-conventionnelle-fonction-publique

Direction générale de l’administration et de la fonction publique – Pérennisation de la rupture conventionnelle dans la fonction publique

https://www.fonction-publique.gouv.fr/toutes-les-actualites/la-rupture-conventionnelle-perennisee-dans-la-fonction-publique

Le Bouard Avocats – Avocat en rupture conventionnelle dans la fonction publique

https://www.lebouard-avocats.fr/avocat-rupture-conventionnelle-fonction-publique

Légifrance – Décret n°2026-746 du 6 août 2026 relatif notamment à l’indemnité spécifique de rupture conventionnelle

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054632877

Conseil d’État – Décision n°504838 du 10 avril 2026

https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2026-04-10/504838