Et si nous osions travailler moins ?

La robotisation permet potentiellement aux salariés de travailler moins, d'améliorer leur productivité et leur employabilité. Et si nous osions franchir le pas ?

La discussion sur la durée du temps de travail a pris de l'ampleur en Europe. La robotisation et l'automatisation se sont invitées dans le débat public et nous amènent à nous poser une question simple : que se passerait-il si on réduisait effectivement la semaine de travail traditionnelle à quatre jours au lieu des cinq habituels ?
En Suède, d’une certaine manière, l’expérience a été menée grandeur nature. Certaines entreprises ont choisi d’instaurer une journée de travail de six heures et confirment que leurs employés sont plus heureux, plus fidèles et que, globalement, ils génèrent plus de profit pour leur employeur. Même si la réduction du temps de travail quotidien n’est pas tout à fait la même chose que la réduction du nombre de jours de travail hebdomadaires, l’exemple de la Suède semble confirmer que moins de temps de travail ne rime pas nécessairement avec moins de travail effectué et que tout le monde peut s’y retrouver, y compris l’entreprise.Alors que les entreprises commencent à en récolter les fruits, il est temps d’envisager et d’estimer l’impact potentiel de l’automatisation robotique des processus sur les équipes. Il est un peu simpliste de prédire que l’automatisation va implacablement détruire des emplois. Toutes les grandes avancées technologiques ont modifié durablement le marché du travail humain en transférant des taches difficiles ou répétitives à des machines. En même temps, elles ont également permis aux humains de se concentrer sur des activités à plus forte valeur ajoutée. La situation n’est pas différente pour la RPA. Les risques que représentent les avancées de la RPA et de l’Intelligence Artificielle pour certains emplois peuvent être en partie compensés par une approche proactive en faveur de l’évolution des compétences des individus, en cela qu’elle augmente leur "résilience". 

Le dernier rapport ISG Automation IndexTM révèle que près des trois quarts des entreprises prévoient de faire appel à la RPA pour automatiser certaines de leurs fonctions de support d’ici à 2019. Le même rapport établit également que la RPA pourrait réduire la consommation de ressources de 37%. Une machine peut non seulement boucler un processus donné en bien moins de temps qu’un humain, mais il peut fonctionner 24 heures sur 24 et avec un degré de précision qui ne varie pas sous l’effet de la fatigue ou de la maladie ou d’autres facteurs humains.
Les dirigeants d’entreprises qui envisagent de déployer l’automatisation se posent souvent la question suivante : "Quel sera l’impact de l’automatisation des processus sur l'organisation et le la productivité des équipes en place ?". La réponse typique est que la technologie viendra compléter et renforcer les équipes plutôt que les remplacer, mais la vérité est plus nuancée. Les logiciels d’automatisation sont par nature extrêmement efficaces pour effectuer des tâches répétitives. Plus le travail quotidien d’un employé comporte ce type d’activité et plus il est susceptible d’être largement épaulé par une machine.

Cependant si l’on suit une approche légèrement différente, si l’automatisation RPA peut assumer des tâches lourdes et faire gagner du temps (le rapport ISG Automation IndexTM précise même que la RPA pourrait se substituer à plus d’un tiers des emplois à temps plein dans certains processus de back-office), elle permet aussi de libérer du temps de travail et rendrait donc les équipes plus heureuses par un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle.

Et voilà ! Nous avons les arguments pour promouvoir une politique de réduction du nombre d’heures de travail avec à la clé des économies potentielles. Si une entreprise s’oppose à la réduction du nombre de jours de travail dans la semaine, l’allègement de la charge de travail "humaine" pourrait encourager les salariés à améliorer leurs conditions de travail et même à utiliser ce temps libre pour perfectionner leurs compétences d’utilisation de la RPA, par exemple. Ainsi les entreprises pourraient observer la règle 80/20, philosophie défendue par les auteurs de The Phoenix Project, Gene Kim, Kevin Behr et George Spafford, qui suggèrent que 80% du temps de travail devrait être consacré à "faire le travail" et 20% à tenter d’"améliorer le travail".

Consacrer une journée par semaine à améliorer les processus ou à aider les salariés à se développer professionnellement ferait de l’entreprise une organisation tournée vers l’avenir, préparée de façon pérenne aux changements de règles ou aux technologies disruptives. Certaines entreprises restructurent le temps de travail en créant un centre d’excellence où travaillent des salariés spécifiquement formés à l’automatisation. Une approche plus agile pourrait être de dédier une journée par semaine à la constitution d’un environnement intensément collaboratif, à l’image des équipes Agiles (Scrum) de développement de logiciels. Outre les avantages évidents qu’il y a à constituer un environnement de travail fédérateur et harmonisé, une entreprise qui opte pour cette voie y gagnerait également au travers de rôles clairement définis et d’un cadre de gouvernance robuste avec des processus documentés, si bien que l’amélioration du travail deviendrait aussi une priorité.

Bien sûr, des facteurs externes peuvent générer un besoin de faire évoluer le fonctionnement des équipes. Supprimer un jour de la semaine de travail peut être un antidote pour les économies avancées où les gens repoussent leur départ en retraite et se livrent concurrence pour une réserve d’emplois finie. Une entreprise qui recrute davantage à moindre coût pourrait répartir le travail plus équitablement avec à clé un effet positif plus large sur son environnement socio-économique.

Dans tous les cas, mesurer la satisfaction et la productivité des équipes pourrait accroître la visibilité de l’entreprise sur le retour sur investissement généré par l’automatisation. Les décisions concernant les équipes qui semblent viser la productivité visent aussi parfois la réputation. Dans un marché hyper compétitif, où les marges de profit restent impitoyablement la priorité au-delà de toute autre considération, la volonté d’adaptation des équipes pour tirer le maximum de bénéfices de l’automatisation RPA revient à se poser la passionnante – mais complexe… - question suivante : une culture du mieux-être favorisée par des solutions telles que la RPA peut-elle contribuer à un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée tout en visant un accroissement de la productivité ?.

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