Les éditeurs historiques à l'assaut de la forteresse SaaS "Les intégrateurs ont tout à perdre de voir Microsoft, SAP ou Oracle vendre autre chose que des solutions internalisées"

Parmi les éditeurs historiques, lequel vous paraît le mieux armé en termes de stratégie SaaS ?

Pour vous répondre franchement, aucun, même si Oracle a fait quelques efforts en la matière et que Larry Ellison son P-DG a notamment investit dans NetSuite. Du côté de SAP, Business ByDesign est un four, à cause d'un positionnement aberrant qui le cantonne aux entreprises de 100 à 500 salariés pour ne pas marcher sur les plates-bandes d'autres offres de sa gamme.

Quant à Microsoft, je ne mets pas en doute la capacité de ses équipes à développer des applications proches des Google Apps ou à racheter des entreprises comme Zoho. Il n'en reste pas moins que la génétique de leurs commerciaux ne peut les pousser vers autre chose que de vendre de la licence.

Pourtant Microsoft a quand même lancé Business Productivity Online Services...

C'est vrai, mais il ne s'agit pas là d'une offre 100% SaaS mais seulement ASP consistant à fournir sur des serveurs externalisés les mêmes logiciels traditionnels que sont SharePoint, Exchange, Live Communication et Meeting.

"Avec Google, on paye par utilisateur 40 euros à l'année, là où il faut débourser 154 euros pour Business Productivity Online Services"

Ensuite, rien ne dit que les entreprises s'y retrouveront d'un point de vue financier. Au contraire même quand on compare le coût de BPOS avec les Google Apps. Avec Google, on paye 40 euros à l'année, là où il faut débourser 154 euros par an pour les applications de Microsoft. Et en plus, Google propose un espace de stockage de 25 Go et Microsoft seulement 500 Mo.

Quelle est la meilleure façon pour eux de s'adapter ?

La seule réponse réaliste pour les grands éditeurs classiques est de parvenir à copier le modèle Volkswagen avec ses quatre marques Audi, VW, Seat et Skoda. C'est à dire de créer des entités dédiées au SaaS, avec des équipes de développement et de ventes indépendantes. Microsoft a commencé à opérer ce changement avec une division SaaS dirigée par Ray Ozzie et Windows Office par Steve Ballmer.

Quoi qu'il en soit, les intégrateurs ont tout à perdre de voir des entreprises comme Microsoft, SAP ou Oracle vendre autre chose que des solutions internalisées qui nécessitent beaucoup plus de conseil, de paramétrage et de phases d'installation que les applications SaaS. Et comme ils sont dans le même bateau, ils feront tout pour soutenir leurs solutions historiques.

Louis Naugès est président de Revevol.

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