Ubérisation : le secteur de la restauration s'insurge contre les "restaurants clandestins"

Les cuistots amateurs qui invitent d'autres particuliers à venir partager un repas moyennant finances s'affranchissent des obligations qui incombent à la restauration.

Un nouveau secteur est en train de réaliser qu'il va se faire ubériser, celui de la restauration. Le Synhorcat, syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs, s'est ému le 4 septembre dans un communiqué des "3 000 restaurants clandestins" qui, grâce à Internet, s'affranchissent de toute obligation réglementaire ou fiscale s'appliquant à la restauration professionnelle. Dans sa ligne de mire, les plateformes qui proposent des repas chez des particuliers, comme VizEat et son acquisition Cookening, Voulezvousdiner ou Viensmangeralamaison.fr.

Dans le covoiturage, c'est son modèle économique de participation aux frais qui permet à un Blablacar d'exercer sans qu'on lui reproche d'adopter une tarification horokilométrique propre aux professionnels. Il n'en va pas de même dans le cas des repas chez les particuliers. "Pour un repas comprenant une entrée, un plat, un dessert, des alcools servis sur fond de musique, on trouve des offres à 80 euros sur des plateformes numériques, indique le Synhorcat. Nous ne sommes plus là dans un modèle de participation aux frais, mais bien dans un commerce qui s'affranchit totalement des questions de santé publique et de toute fiscalité et réglementation." Et d'ajouter que les acteurs traditionnels voient, eux, sans cesse s'allonger la liste des réglementations protégeant les consommateurs, notamment en matière de transparence sur l'hygiène, alors que les plateformes collaboratives s'en affranchissent.

Pas interdire, mais encadrer

Le syndicat ne souhaite aucunement faire interdire ces sites, mais exige "une déclaration systématique et obligatoire à l'administration ainsi qu'aux services fiscaux" des particuliers qui y proposent leurs services, tout comme le "respect des règles existantes, notamment l'obligation de disposer d'une licence pour pouvoir vendre de l'alcool".

Pour l'instant, ces nouveaux business n'ont pas réellement décollé en France. Cookening, ne parvenant à lever des fonds, s'est par exemple fait croquer par VizEat. Mais ils progressent, à l'instar de marchés plus matures. Si cette nouvelle activité se développe aussi rapidement qu'Airbnb, "on pourrait imaginer qu'il y aura 20 000 restaurants clandestins dans 3 à 5 ans", conclut le Synhorcat.

La secrétaire d'Etat chargée du commerce et de la consommation Martine Pinville, qui rencontrait les représentants de la profession vendredi, a de son côté garantit à l'AFP avoir "pleinement conscience de ce phénomène en développement. […] Nous sommes mobilisés pour évaluer ce nouveau mode de consommation afin de pouvoir accompagner son développement de manière harmonieuse avec la restauration traditionnelle." De quoi alimenter la stratégie nationale en faveur de l'économie collaborative, que lancera en octobre le ministère de l'Economie. Parmi ses objectifs : en préciser les frontières.

Blablacar / Uber