Bruno Bonnell (PDG de Robopolis) "Dans 10 ans, tout le monde aura deux ou trois robots chez soi"

Le fondateur d'Infogrames parie aujourd'hui sur le boom des usages des robots de services. Avec Robopolis, il entend devenir le premier distributeur du marché.

JDN. Après l'aventure Infogrames et les jeux vidéos, vous êtes maintenant à la tête de Robopolis. Présentez-nous votre société.

Bruno Bonnell. Robopolis a été créée en 2002, elle disposait d'une boutique à Paris et d'un site marchand depuis 2004. Je l'ai reprise en 2006. Nous nous sommes séparés de la boutique et le site a réalisé l'année dernière 450 000 euros de chiffre d'affaires. Mais depuis 2006, notre activité est surtout tournée vers le conseil et la distribution de robotique de service. Nos clients sont à la fois des réseaux de magasins (Fnac, Darty...), des centres de recherches, des administrations... ce qui fait en tout près de 1000 clients. Robopolis a réalisé 25 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2010 contre 1 million en 2006. Nous avons 20 employés aujourd'hui en France et 16 en Espagne, où nous venons d'acheter le principal distributeur de robots de services, GES.

 

Quel est la taille du marché des robots de service ?

L'International Federation of Robotics valorise le marché en 2009 à 3,3 milliards de dollars. Il dépassera les 100 milliards d'ici 2020. Cette prévision est confirmée par les taux de croissance des sociétés du secteur, comme l'américain iRobot, par exemple.

 

Sur quels segments ce marché va-t-il se développer ?

La robotique va nous toucher dans tous les domaines de notre vie quotidienne : dans les transports, le médical, les services aux particuliers, le domaine militaire... Nous allons voir fleurir des start-up dans tous ces domaines très rapidement. Les dix années à venir seront celles de la "robolution" de nos vies, c'est-à-dire l'évolution de la robotisation. Quand j'ai créé Infonie en 1996, peu de personnes pensaient qu'Internet deviendrait grand public 10 ans plus tard. C'est la même chose pour les robots. Mais dans 10 ans, tout le monde aura deux ou trois robots chez soi.

 

Quels secteurs font aujourd'hui la croissance de ce marché ?

D'abord le secteur domestique, avec les robots aspirateurs ou nettoyeurs de sols ou de vitres. Ils représentent 80 % de notre chiffre d'affaires. Ensuite le secteur éducatif. De plus en plus d'écoles, d'universités ou de centres de recherches achètent des robots pour former des étudiants dans le domaine. Il y a aussi les robots ludiques, comme le Ar Drone de Parrot ou le Pleo d'Ugobe, un dinosaure qui a presque une vie artificielle. Mais beaucoup de secteurs sont en ébullition, comme celui de l'assistance médicale avec le robot Kompai du français Robosoft qui peut manipuler des objets et se déplacer au gré des demandes des utilisateurs.

 

Les consommateurs sont-ils prêts à faire entrer des robots dans leur quotidien ?

Aujourd'hui, les robots montrent leur capacité à réaliser des tâches de base et sont très bien acceptés. C'est le cas des robots aspirateurs qui nettoient seuls votre appartement pendant votre absence. Ce sont les chevaux de Troie de la robotique de demain. Si on vous proposait aujourd'hui de vous laisser conduire par une voiture robot, vous refuseriez. Pourtant, certaines voitures sont déjà équipées de systèmes d'aides à la conduite, pour se garer plus facilement, ou de limiteurs de vitesse... D'abord, ça vous amuse, ensuite vous trouvez ça pratique et enfin vous l'utilisez au quotidien. Et petit à petit nous assistons à la robotisation des voitures.

 

 

Agé de 52 ans, Bruno Bonnell a fondé l'éditeur de jeux vidéo Infogrames (devenu Atari) en 1983, le fournisseur d'accès Internet Infonie en 1996, la chaîne de télévision GameOne TV en 1999, ainsi qu'Awabot, une société de création de plates-formes robotiques et notamment Sparx, un robot augmenté. Aujourd'hui, Il préside Robopolis ainsi que Syrobo, le syndicat professionnel de la robotique de service en France. Diplômé de l'école d'ingénieur CPE, il détient un master en économie de l'université de Paris Dauphine.

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