L'e-healthcare : un marché émergent et prometteur

A l’heure où la refonte de notre système de santé anime de nombreux débats, analysons le potentiel de l’e-healthcare, quand les bienfaits de la technologie optimisent l’univers de la santé.

La santé, un enjeu majeur de nos sociétés de demain

Les sociétés des pays développés prennent conscience de la valeur de leur capital santé et aspirent à un bien-être à la fois physique et psychique. Les effets du vieillissement de la population liés à l'augmentation de l'espérance de vie et la multiplicité des maladies chroniques vont dessiner de nouveaux enjeux pour les systèmes de santé. A ces changements sociétaux, s'ajoutent la pénurie de médecins, le fort besoin de réduction de coûts, la réorganisation de l'hôpital, ... 
 
Ces enjeux ont fait naître de nouveaux besoins d'accompagnement, d'éducation et d'assistance auprès de toutes les tranches d'âge. Un patient est naturellement interactif, placé au coeur d'échanges et d'informations provenant de professionnels, d'associations de patients, de son réseau personnel, de médias, etc. Le patient devient ainsi un acteur investi et "communiquant" qui participe à l'amélioration de sa santé.
 
Comment les technologies de l'information et de communication (TIC) peuvent-elles répondre aux grands enjeux de la santé de demain ? Est-ce que ce secteur en mutation ouvre de nouvelles perspectives pour les industriels ?

L'e-healthcare : les TIC au service du capital santé

Le téléphone mobile ou les services communautaires ont connu une démocratisation phénoménale. Le Web est devenu la première source d'information du public sur le thème de la santé avec une multitude de portails (Egora.fr ; Doctissimo.fr, etc.). Mais au-delà de cette première fonction d'information, le potentiel des TIC au sein de la santé est bien plus vaste :
- La prévention : La télévision, la radio, l'affichage et même Internet sont traditionnellement utilisés lors des campagnes de prévention. Ces supports de communication, massivement employés par la publicité commerciale, entraînent parfois une dilution du message préventif. Le mobile en tant qu'outil de communication personnalisable peut devenir un nouveau moyen permettant de créer un message préventif adapté à la personne, l'heure et le lieu (ex : SMSoleil, un service d'information et de conseil sur les risques d'exposition au soleil par SMS proposé par Orange).
- Le traitement d'une maladie : la télémédecine correspond à un diagnostic ou une thérapie libérée d'une dimension spatiale ou temporelle, entre un médecin et le patient, ou encore entre deux médecins grâce aux moyens des télécommunications. Couvrant un champ d'application vaste (Télé-Consultation, Télé-Expertise, Télésurveillance : Télé-chirurgie, etc.), la télémédecine peut permettre une mutualisation des savoirs, une prise en charge globale et pluridisciplinaire des patients, ou encore la formation des personnels de santé.
- La prise en charge médico-sociale : l'e-healthcare sous son aspect socio-économique (aide en cas de dépendance ou de handicap) offre des perspectives prometteuses comme le secteur des services à la personne. Ainsi, le service de gériatrie de l'hôpital Bretonneau en partenariat avec Medialis, e-Medicis et SFR a mené l'expérimentation sur huit mois du service "e-Care" pour les personnes âgées ou fragilisées. A l'aide d'un pendentif communiquant, "e-Care" permet d'envoyer manuellement ou automatiquement un message de détresse à un professionnel de santé ou un aidant (famille, proche, etc.) en cas de chute ou d'inactivité anormale, ou encore "e-Care" permet d'établir un contact téléphonique direct avec la personne afin de connaître son état et de la rassurer si nécessaire. La fonctionnalité GPS intégrée permet une intervention rapide. 


Tant d'applications potentielles, pourtant si peu de mises en oeuvre à cause de nombreux freins.
 
Un contexte à construire : l'émergence du e-healthcare doit répondre à des questions techniques, juridiques, organisationnelles, financières et économiques : déontologie médicale, respect des droits de patients, confidentialité absolue des données médicales. Les exigences en termes de compatibilité et de fiabilité des terminaux et services sont élevées.
 
Un écosystème fragile qui se structure : les acteurs sont de différentes tailles et fiabilités. Certaines parties de la chaîne de valeur ne sont pas encore développées, comme le réseau de distribution ou la régulation des équipements. La sélection et la responsabilité des "porteurs d'offres" est également délicate car la commercialisation ne semble pas toujours "naturelle" ni pour les acteurs de la santé (médecins, pharmaciens, associations de patients, laboratoires, entités gouvernementales), ni pour les acteurs des TIC (industriels et notamment les opérateurs)...
 
L'incertitude sur le financement et la propension à payer : les applications d'e-healthcare, souvent financées par des fonds privés ou publics, génèrent souvent des coûts d'achat (acquisition de terminaux) et de fonctionnement (abonnement réseaux, data, coûts administratifs, etc.). Les financeurs du système de santé en France sont principalement les pouvoirs publics, les assurances sociales et les particuliers. La population française, habituée à une prise en charge par la sécurité sociale des dépenses de santé n'a pas une propension à payer dite "naturelle", particulièrement concernant des coûts encore très élevés liés à des solutions innovantes ou proposées à petite échelle et dont une utilisation à grande échelle générerait un ROI à définir.
 
Des utilisateurs qui ont besoin d'être formés ou éduqués sur ces nouveaux outils et services. Souvent les industriels proposant des offres innovantes font face à un public réfractaire ou conservateur malgré l'ergonomie et la simplicité proposées.

Et demain ?

Les opportunités existent, les technologies sont prêtes et la France dispose des forces et ressources pour y aller. Pourtant, tout cela reste une projection "futuriste". Comment introduire ce formidable potentiel dans nos pratiques quotidiennes ?

- S'inspirer des exemples encourageants : Au Kenya, en Sierra Leone et en Zambie, le mobile est utilisé pour collecter des données médicales. A ses débuts, le projet a bénéficié du soutien de la Fondation des Nations Unies et des Fondations Vodafone et Nokia. Son application a ensuite été adoptée par l'OMS comme standard mobile de collecte de données pour l'Afrique et l'Asie, et financée comme telle.

- Rapprocher les acteurs du monde de la santé et des télécommunications pour mieux comprendre leurs atouts et contraintes et créer des partenariats fructueux alliant les expertises respectives. Ce rapprochement favorise la rencontre du monde privé (industriels, opérateurs, etc.) et public (état, etc.), des grandes multinationales (assureurs, opérateurs, entreprises pharmaceutiques, etc.) et des  petites structures (start-up), du national et du local ainsi que de la technique et du métier de la santé.

- Communiquer et éduquer. D'un côté, les acteurs de l'écosystème pour ne pas perdre en route le dynamisme, la force de proposition et obtenir des investissements conséquents pour ce secteur novateur. De l'autre côté, les utilisateurs, particuliers ou professionnels, en les accompagnant et les informant sur ces nouvelles pratiques et usages. Il faut également enseigner et former pour disposer de collaborateurs avec une double compétence.

- Orienter la réglementation conditionnant le développement du marché : l'organisation et la définition de l'e-healthcare, la réduction des dépenses de santé, la coordination des acteurs grâce à des lignes conductrices / de conduite communes...

La mise en place de standards respectant la déontologie médicale, les pratiques et réseaux existants, le parcours de soins ainsi que l'interopérabilité des équipements et services semble primordiale ainsi que des offres agnostiques, c'est-à-dire multi-opérateurs.
 
Les réponses sont multiples et le choix appartient à chaque acteur - l'importance semble surtout d'y aller et de saisir cette opportunité émergente, à la fois pour les acteurs des technologies de l'information et de communication et du monde de la santé...
 
Restons dynamiques et visionnaires pour développer ce marché prometteur !

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