La biométrie et la dématérialisation, des applications au cœur de la modernisation des administrations publiques africaines

Les nouveaux outils numériques sont au cœur de la modernisation des administrations notamment en Afrique. 80% de l’activité d’une administration consiste en de l’échange d’information. L’enjeu du numérique est donc au cœur de cette question.

L’une des problématiques clés est la connaissance du citoyen de sa naissance à sa mort et de l’ensemble des éléments qui peuvent caractériser sa vie par rapport à l’administration.
Pour cela différent outils classiques (état civil, carte d’identité, passeport, carte de sécurité sociales, carté électorale, etc.). il s’agit donc bien pour l’administration de pouvoir obtenir, conserver, archiver ces données. Vues leur importance, ces données ne doivent pas pouvoir être altérées, transformées irrégulièrement, utilisées sans autorisation, perdues, etc. En cela le développement de l’identité numérique est un « Saint Graal ». Le sujet est ardu et complexe techniquement mais constitue un tournant pour toutes les administrations. C’est un des enjeux clés de l’Union Européenne à horizon 2020 (projet e-ID). En Afrique, où souvent les états civils ne sont pas encore informatisés, il s’agit d’opérer un vrai saut quantique entre le papier et l’identité numérique. C’est ce que plusieurs états africains sont en train de faire.
Près d’une vingtaine de pays sont ainsi passés à la biométrie. Cette technologie d’encryptage de données telles les empreintes digitales, signature, photo, etc. permet de garantir la sécurité pour l’enrôlement des populations puis le suivi des données et leur enrichissement tout au long de la vie des citoyens. La vingtaine de pays se sont lancés dans cette opération, accompagnés souvent d’acteurs français comme Gemalto, Morpho ou Oberthur. Le cas d’Iboga (Identité Biométrique Officielle Gabonaise) considéré par beaucoup comme une vraie référence, illustre ce passage d’une documentation papier (avec l’ensemble des risques que cela comporte) à une solution d’identité numérique qui permet d’avoir le suivi le plus fin et sécurisé. L’impact est à plusieurs niveaux.
Politique, puisqu’il peut permettre de fixer qui est ou non dans le corps électoral et limiter les tricheries par des systèmes sécurisés; social puisqu’il permet de suivre l’évolution géographique des populations et permettre ainsi l’adaptation des politiques publiques collectives (écoles, hôpitaux en fonction de la démographie) ou le suivi personnalisé (carte biométrique de sécurité sociale) : économique, enfin, car souvent ces activités technologiques nouvelles créent des emplois locaux et permettent de l’apport de compétence.
Au-delà des identités numériques, l’autre grand enjeu de ce que l’on appelle l’e-gouvernement, réside dans la dématérialisation. Celle-ci concerne tout d’abord les documents papiers. La gestion des documents entrants d’une part et des archives d’autre part est un enjeu réel pour les administrations. Cela concerne l’ensemble des administrations et dans certains cas la capacité à conserver des documents de manière dématérialisée, de pouvoir les échanger facilement et surtout de garantir leur intégrité, sont autant d’éléments structurants. Une administration comme la justice par exemple ou l’administration fiscale se doit d’être irréprochable à ce sujet. Les pays africains ont des niveaux de maturités très différents sur ces questions qui sont pourtant au cœur de leur activité et du rôle régalien de l’Etat. La Cote d’Ivoire fait partie des pays qui investissent particulièrement dans ces domaines stratégiques. C’est, d’une part, un enjeu de qualité de service dans la durée auprès des citoyens mais, aussi, un signe de développement réel envoyé aux investisseurs internationaux.
Car au-delà des documents papiers, c’est l’ensemble de la chaine d’information et donc aussi les services qui doivent être dématérialisés. Les pays les plus en avance regardent ainsi les sujets de géomatique et donc l’impact de la numérisation des données sur les services géographiques (cadastre, suivi des populations, gestion des frontières; suivi des richesses maritimes, etc.). Les pays africains requièrent de plus en plus les technologies de pointe pour l’amélioration du travail des administrations.
Le sujet en est encore à ces débuts mais l’Afrique est aussi un laboratoire d’innovation. Au simple e-gouvernement que nous voyons en Europe, se substitue de plus en plus en Afrique un m-gouvernement avec l’utilisation des smartphones et des applications mobiles.
Certaines « verticales » comme la santé, l’éducation sont à ce moment-là clé. La question du financement n’est pas à négliger et c’est d’ailleurs là que le rôle des bailleurs de fond intervient et est pertinent.

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