Scott Lyons (Ford) "Ford ouvre ses data aux développeurs pour créer de nouveaux services"

Le responsable du développement des services connectés de Ford lance un challenge réservé aux développeurs et leur ouvre les données des véhicules pour imaginer de nouvelles fonctionnalités.

Scott Lyons est responsable du développement des services connectés chez Ford. © Ford

JDN. Ford organisera le 8 septembre prochain son premier Applink Mobility Challenge. Le temps d'une journée, des développeurs vous présenteront leurs idées de services embarqués. Pourquoi organiser cet événement ?

Scott Lyons. Cette idée m'est venue en 2015, quand j'en ai discuté avec Bill Ford, notre PDG. Il investit déjà beaucoup de son côté, via son fonds Fontinalis, dans des entreprises innovantes sur la mobilité et il veut que la voiture soit davantage ouverte aux développeurs pour que la technologie se démocratise. La quasi-totalité des nouveaux services, comme Uber ou BlaBlaCar, sont aujourd'hui des applications pour smartphone. Uber, par exemple, n'est en réalité pas un concurrent car leurs chauffeurs veulent louer des véhicules en leasing, premium de surcroît, alors que ces modèles sont ceux qui s'écoulent le plus difficilement. C'est positif pour nous et il faut pouvoir en profiter en s'adaptant et en s'alliant avec ces nouveaux acteurs. Ford est le premier constructeur à lancer un programme dédié aux développeurs.

 

Qu'en attendez-vous ?

Notre objectif est d'enrichir le programme AppLink, que nous avons lancé en 2013 et qui est déjà compatible avec plus de 90 applications mobiles. Pour ce challenge, les développeurs n'auront pas seulement accès à l'ordinateur de bord et au système intégré fermé, mais aussi aux data du véhicule. C'est inédit pour un constructeur d'ouvrir ainsi ses data aux développeurs pour leur permettre de créer de nouveaux services. Avant, les voitures étaient hors d'accès pour les start-up, voire même pour les grands groupes. Aujourd'hui, nous leur proposons d'intégrer leurs services à nos véhicules.

Concrètement, nous apportons la technologie et ils apportent le service avec des projets déjà existants ou des idées à développer qu'ils pitcheront devant nos équipes le 8 septembre. Les seules règles à respecter, c'est que cela soit sûr pour la conduite et que le conducteur donne systématiquement son autorisation pour qu'un tiers puisse utiliser ses informations personnelles.

 

Quels genres de services et de technologies espérez-vous découvrir ? De quoi Ford a-t-il besoin ?

Nous sommes intéressés par tout ce qui tourne autour de la multimodalité mais aussi par des opportunités qui n'ont pas forcément un rapport direct avec la mobilité. Nous avons récemment intégré Spotify à AppLink. Cela évite au conducteur d'avoir à utiliser son smartphone pour choisir ses chansons puisque toute l'interface est désormais disponible sur son ordinateur de bord.

"Les data sur la consommation de carburant pourront être utiles aux entrepreneurs"

Nous savons aussi que les données du GPS peuvent permettre une géolocalisation beaucoup plus précise, ce qui peut améliorer le service d'une app. L'américain Glympse peut par exemple envoyer la localisation exacte du véhicule à un contact de l'automobiliste, pour lui annoncer son retard notamment en cas d'embouteillages. Il y a beaucoup de choses à imaginer autour de cette fonction.

Les data sur la consommation de carburant pourront aussi permettre aux entrepreneurs d'imaginer de nouveaux services, comme diriger automatiquement l'automobiliste vers la station la moins chère la plus proche quand son réservoir est presque vide. Et même au moment du paiement, une fois que le client est arrivé devant la pompe à essence, des start-up nous ont déjà parlé de solutions permettant de payer sans avoir à sortir de son véhicule. 

 

Comment seront sélectionnés les vainqueurs et que remporteront-ils ?

Nous nous sommes fixé un maximum de 100 candidatures et une fois cette limite atteinte, les inscriptions seront closes. Il y aura au final trois lots différents pour 7 vainqueurs : 20 000 euros pour un gagnant, une place dans l'accélérateur Plug & Play du groupe de presse allemand Axel Springer pour un sélectionné sans concours, où l'entreprise sera accompagnée pendant 100 jours et dotée d'un budget de 25 000 euros, et enfin 5 lauréats entreront à l'accélérateur berlinois Techstars, où ils travailleront pendant cinq semaines avec nos équipes.

"Nous avons lancé avec le Français MyBoxMan une app de livraison collaborative"

Mais ne pas gagner ce challenge ne veut pas dire que l'on ne travaillera pas avec nous. Nous avons par exemple lancé avec le Français MyBoxMan une app de livraison collaborative, qui permet aux automobilistes de rentabiliser leurs déplacements en transportant les colis des autres. Nous les avons découverts lors d'un concours que nous organisions en 2015 à Dublin.

 

Comment envisagez-vous l'avenir de l'automobile ?

La voiture est désormais une plateforme logicielle. Ce n'est pas pour rien que Ford est venu me chercher chez Motorola et qu'il a ouvert des bureaux au cœur de Palo Alto. Nous voulons être des pionniers sur les services connectés. C'est dans cette optique que notre filiale Livio  a créé l'outil standardisé SmartDeviceLink, qui évite à l'utilisateur d'avoir sans cesse à jongler entre son smartphone et l'ordinateur de bord. Il n'a qu'à connecter son mobile à sa voiture pour accéder, grâce à la reconnaissance vocale, à l'écran et les commandes de bord de son véhicule ainsi qu'à ses applications mobiles. Toyota l'a déjà adopté et nous sommes en discussions avancées avec Honda, Subaru et PSA. L'un d'entre eux rejoindra l'aventure avant la fin de l'année.

 

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