Les étiquettes doivent nous informer sur l'impact environnemental des produits alimentaires

Les politiques s’émeuvent de la protection du tissu industriel local alors que l'enjeu est plutôt de rendre équitables les règles de la concurrence internationale, afin que l’économie soit au service de l’homme et non le contraire. La normalisation représente un puissant outil au service de cette cause.

En ces temps mouvementés, le monde politique s’émeut de la protection du tissu industriel local. En fait, le véritable enjeu est plutôt de rendre équitables les règles de la concurrence internationale, de façon à ce que l’économie soit au service de l’homme et non le contraire. En ce sens, la normalisation représente un puissant outil au service de cette cause. Mais force est de constater que la dynamique qu’elle peut créer se heurte à un certain nombre d’obstacles, dont certains sont d'ordre méthodologique et d'autres liés à la difficulté de coordonner les actions au niveau européen.
Nous parlerons de ces obstacles à propos d’une démarche originale qui a été initialisée, il y a quelques années, à la suite du Grenelle 2 et qui intéresse le secteur agroalimentaire.
Le Grenelle 2 a défini de grandes lignes sur la nécessité d’aider les consommateurs à avoir des comportements de consommation plus vertueux sur le plan environnemental. Cela doit passer par une information efficace sur les principaux impacts environnementaux des produits de consommation courante. Il s’agit en premier lieu d’orienter leurs choix de consommation vers les produits à plus faible impact environnemental.
Les industriels peuvent y voir une contrainte supplémentaire puisqu’ils devront intégrer une réflexion approfondie sur leurs procédés de fabrication, afin de rendre l’information environnementale disponible aux consommateurs. En réalité, il y a surtout une arme redoutable au service de leur compétitivité.
Parvenir à cet objectif n’est pas aisé, comme le montreront les réflexions portant sur l’approche à développer pour les produits alimentaires. La difficulté d’une telle démarche dans ce secteur est d’autant plus réelle qu’il existe des liens complexes entre alimentation, culture et environnement.
Comment faire en sorte que l’information environnementale des produits alimentaires atteigne son double objectif: orienter les consommateurs à consommer des produits plus “verts”, motiver les industriels à produire plus “vert”?

 Un certain nombre de questions se posent:

 1/ Comment donner au consommateur envie de privilégier les produits alimentaires à plus faible impact environnemental
L’expérience de l’information nutritionnelle est intéressante de ce point de vue. Un certain nombre de cadres réglementaires impliquant différents formats d’information ont été mis en place depuis un certain nombre d’années, pour faciliter les changements de comportement alimentaire. Les enjeux sont la santé de l’homme et, en particulier, le surpoids et l’obésité. Force est de constater que les progrès sont lents à se dessiner.
L’étiquetage sur l’emballage et le suremballage est un élément clé de cette communication nutritionnelle. En fait un certain nombre de facteurs sont à prendre en considération qui limitent son efficacité:

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La lisibilité de l’information qui dépend de la surface et de la nature de l’emballage et, parfois, du suremballage. Le projet de recherche Flabel (Food Labelling toAdvance Better Education for Life), financé par l’Europe, a montré qu’environ 85% des produits alimentaires contenaient une information nutritionnelle à l’arrière des emballages. 
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La compréhension des informations: elle n’est pas évidente pour un consommateur moyen.
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L’attention que porte le consommateur à l’information: les consommateurs mettent trois secondes en moyenne à lire les étiquettes et, assez souvent, ils les lisent plutôt après l’achat.
Ceci amène à s’interroger sur le moyen à privilégier pour transmettre l’information environnementale 
et ce, d’autant plus qu’il est difficile de s’affranchir de l’information nutritionnelle. Il semble utile de mener une réflexion de fonds à ce niveau en s’appuyant sur les différents travaux qui peuvent exister dans le domaine du comportement des consommateurs face à l’information sur des produits alimentaires. (Par exemple en 2008, “FoodLabeling Use and Differentiated Consumers Behavior: A Survey Analysis in Spanish Food Markets” de Gonzales Roa… Également,  les travaux de l’EUFIC, European Food Information Council, peuvent être intéressants)…
Définir ce à quoi le consommateur est sensible tant sur le contenu que sur la forme de l’information environnementale nous semble un pré-requis essentiel.
Il y a un risque de passer à côté de l’objectif essentiel de l’ensemble des travaux, qui est d’amener les consommateurs à adopter rapidement un comportement plus éco-responsable.

2/ Du danger du “prêt à porter” informationnel
La question de fonds qui se pose finalement à ce niveau est comment relier santé de l’homme et préservation  de l’environnement. L’approche qui devrait être privilégiée doit être globale et doit éviter des erreurs commises par le passé, par excès de précipitation, dans d’autres domaines.
Il n’est qu’à se rappeler de l’impact du développement des biocarburants de première génération qui ont été à l’origine de certaines pénuries alimentaires, en dehors de l’impact environnemental qui avait été mal estimé.
Les aliments doivent nourrir suffisamment et sainement.
Ils ont tous une fonction et pour certains, ils sont difficilement interchangeables. En fait, ils sont difficilement interchangeables essentiellement pour quatre raisons:
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Nutritionnelle: par exemple, toutes les “calories” ne sont pas équivalentes.  Cent calories apportés par du sucre ne sont pas équivalentes à 100 calories apportées par du pain. De la même façon, si l’on raisonne  en unités (volume, masse, portion) on se heurte au fait que les aliments, en fonction de la catégorie à laquelle ils appartiennent, n’ont pas la même “densité nutritionnelle”.
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Fonction: par exemple toutes les boissons n’apportent pas que de l’eau et peuvent apporter des éléments nutritionnels importants (boissons laitières, jus de fruits…).
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Culturelle: c’est une dimension essentielle à considérer quand il s’agit d’orienter des choix de consommation.
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Génétique: les populations sont équipés de “machineries” physiologiques/enzymatiques différenciées et elles ont adopté les régimes alimentaires adaptés à ces machineries.

Ceci suppose de définir des critères de classification judicieux des produits alimentaires.

 3/ Du danger de développer une démarche franco-française
Le secteur alimentaire français est le premier secteur industriel français. Si un objectif des travaux est d’aider les consommateurs, ils doivent aussi aider les fabricants à améliorer les modes de production et de distribution sur le plan environnemental, sans que leur compétitivité ne soit affaiblie.
Cela amène deux réflexions. Si la démarche est limitée à la France, le résultat des travaux doit préserver et favoriser la concurrence sous peine d’être perçu comme une mesure protectionniste en violation des différentes réglementations internationales.
D’un autre côté, l’amélioration des modes de production doit augmenter les chances des entreprises françaises qui ont fait le choix de mieux intégrer les contraintes environnementales, non seulement sur le marché français, mais aussi sur les marchés mondiaux, face à la concurrence étrangère.
Cela suppose un travail coordonné, ne serait-ce qu’au niveau européen. Et quand on voit les difficultés de prise de décision à ce niveau, on comprend mieux le fait que certains pays, dont la France avec l’AFNOR, préfèrent prendre certaines initiatives, au risque de se voir reprocher d’établir un cadre de concurrence déloyal. 

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