UE - Chine - Etats-Unis : sommet perdant pour l'Europe

Le prochain sommet UE - Chine, le 14 février 2012, abordera la question de l'aide financière que la Chine pourrait apporter à une Europe confrontée à la crise de la dette. Mais par delà les discours, la réalité sera dure pour l'UE.

Une semaine avant le 14ème sommet UE - Chine, à Pékin le 14 février 2012, le responsable des affaires européennes au ministère du Commerce chinois a eu le mérite de la franchise.
En déclarant que "les entreprises chinoises trouvent des opportunités intéressantes d'acquérir des actifs en Europe du fait de la crise de la dette", Sun Yongfu a indiqué le contexte réel dans lequel s'inscrira la rencontre.
Echaudée par le précédent américain, la Chine n'achètera pas dans les mois à venir de la dette européenne ; mais des actifs industriels ou des infrastructures sonnantes et trébuchantes.

L'Union Européenne se rend à Pékin en espérant que les réserves accumulées sur une décennie d'excédent commercial chinois pourraient la soulager en acquérant une partie de sa dette. Mais la Chine ne se prêtera pas à ce jeu, parce que chat échaudé craint l'eau froide. 
Et après s'être laissée embarquer dans une logique de ce type par les Etats-Unis, dont elle est obligée de financer le déficit public pour maintenir ses exportations, tout en voyant ses avoirs en dollars se déprécier petit à petit, la Chine n'a pas envie de répéter l'expérience avec l'Europe.
Ce que la Chine viendra chercher dans les mois à venir en Europe, ce ne sont pas des titres de dette. Mais les savoir-faire et les réseaux commerciaux d'entreprises industrielles ou de gestionnaires d'infrastructures fragilisés par cette crise de la dette.
Le processus a commencé discrètement avec des entreprises privées en difficultés, dont les dernières en date sont l'allemand Putzmeister (spécialiste des machines de chantier) il y a quelques jours, et l'italienne Ferretti (fabricant de yachts) il y a quelques semaines. Mais il est appelé à prendre une toute autre dimension dès lors que l'Europe solde ses entreprises publiques pour rétablir ses finances. 
L'acquisition de 20% du capital d'EDP, l'équivalent portugais d'EDF, puis de 25% de REN, l'équivalent portugais d'ERDF, par deux entreprises chinoises, sont venues l'illustrer récemment. Sur le même secteur de l'énergie, les Etats-Unis ont toujours adopté une attitude radicalement différente : en 2005, l'affaire Unocal avait vu le pays du libéralisme forcer cette entreprise pétrolière californienne à accepter une offre de reprise nationale à moindre prix, pour ne pas tomber entre les mains d'un groupe chinois.
Géant politique, les Etats-Unis ont depuis dix ans réussi à vendre de la dette à la Chine ; nain politique, à cause de sa désunion, l'Union Européenne ne pourra que lui vendre son industrie.
Le voyage à Pékin risque péniblement de ressembler à celui à Canossa...

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