Ombres chinoises autour de Motorola

Ancienne icône de l’industrie US la branche téléphones portables de Motorola aurait été proposée par Google, son récent propriétaire, à l’équipementier télécoms chinois Huawei. Logique sur le papier, cette opération semble pourtant peu susceptible d’aboutir.

En rachetant en 2011 Motorola Mobility, Google voulait, de l’avis général, mettre la main sur les brevets détenus par l’ancienne vedette de la technologie américaine. Mais passée cette étape, le propriétaire d’Android se retrouve embarrassé par cette acquisition, qui le positionne comme concurrent des grands fabricants de téléphones clients de son système d’exploitation.
La rumeur selon laquelle Google chercherait déjà à revendre la branche téléphones portables de Motorola, relayée récemment par le Wall Street Journal, paraît donc crédible. Tout comme l’acquéreur potentiel qu’elle désigne comme ayant été approché : l’équipementier chinois Huawei s’est en effet lancé récemment dans une diversification à marche forcée dans les téléphones, et surtout dans les smartphones.
Sur le papier, l’opération paraît logique, et se réfère clairement à un précédent fameux: en 2005, le fabricant chinois d’ordinateurs Lenovo avait fortement accéléré son développement international, en achetant à l’américain IBM sa branche PC. Accès facilité au marché mondial, par l’acquisition d’une marque reconnue, pour un industriel chinois, contre repli sur un métier de services, beaucoup plus rentable que l’industrie, pour un grand groupe américain. Les mêmes ingrédients semblent réunis aujourd’hui.
Pourtant, cette opération logique sur le papier, semble peu susceptible d’aboutir. En effet, sept années seulement ont passé depuis l’opération IBM ; mais elles ont vu une évolution radicale de la stratégie globale de marques de l’industrie chinoise. Là où Lenovo cherchait un nom reconnu pour couvrir son déploiement, Huawei veut imposer son propre logo, et déploie des efforts importants dans ce sens depuis plusieurs mois.
Qui plus est, la mariée cette fois est beaucoup moins belle. Alors que Lenovo avait acquis avec IBM le numéro trois de son secteur, Motorola a dégringolé, de presque 20% du marché mondial des téléphones portables en 2005, à moins de 3% en 2011.
La seule chose qui pourrait rendre envisageable l’opération, serait une gigantesque opération de relations publiques de Huawei vis-à-vis des Etats-Unis. Le numéro deux mondial des équipements de télécommunications est en effet interdit de marché américain, à cause d’inquiétudes vis-à-vis de la sécurité nationale. Se poser comme le sauveur d’une marque américaine historique pourrait apparaître comme une occasion d’amadouer les milieux politiques locaux.
Mais là encore, un élément ne colle pas : le principal actif industriel qu’acquerrait le groupe chinois avec Motorola, serait une usine située … à Tianjin, l’avant-port de Pékin. L’héritage des délocalisations rendrait du coup très hasardeux le bénéfice de l’opération.
Enfin, cette opération incertaine serait extrêmement coûteuse. Si Google se base sur le prix qu’il a payé l’an dernier pour mettre en vente son encombrante filiale, c’est en effet de 12,5 milliards de dollars que l’on parle. Même avec les financements généreux dont il bénéficie, il serait étonnant que Huawei ne préfère pas consacrer une somme aussi faramineuse à la logique de développement de sa propre marque.

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