Lehman Brothers, 5 ans après

Certes, le secteur bancaire est moins vulnérable, mais de nouveaux risques font leur apparition.

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Cela fait maintenant 5 ans que Lehman Brothers a fait faillite. Il est temps de réfléchir à certaines questions fondamentales : qu’avons-nous appris ? Le secteur bancaire se porte-t-il mieux ? Existe-il encore des risques susceptibles de déclencher une nouvelle crise ?
Il va sans dire que si le système financier était à ce point vulnérable, c’était parce qu’il était trop dépendant de la dette. Nous avons pu réaliser à quel point cette configuration était complexe – et risquée – lorsqu’une grande partie de la dette a été transformée en instruments financiers ayant des répercussions sur de nombreux aspects de l’économie et des marchés.  
Lehman Brothers n’a pas causé la crise du crédit, puisqu’elle était déjà en marche. Cependant, sa faillite a constitué un véritable tournant. (Un excellent article de The Economist récapitulant les évènements ayant mené à la chute de Lehman Brothers est disponible ici). Lorsque Lehman Brothers a connu son moment de vérité, Fannie Mae et Freddie Mac venaient juste de se faire nationaliser, tandis que Merrill Lynch et AIG étaient sur la sellette. Étant donné les complications et la concentration dans le temps de ces évènements, les législateurs américains ont pris la décision – justifiée – de laisser Lehman Brothers déposer le bilan.
Cette décision a permis de mener des réformes de la réglementation qui ont indubitablement rendu le système financier plus sûr. Les banques disposent aujourd’hui d’un capital plus élevé que jamais et sont des institutions relativement moins complexes, par extension moins risquées.
Il est juste de se demander si la faillite de Lehman Brothers aurait pu être gérée différemment, peut-être d’une manière moins brutale qui aurait garanti de meilleurs résultats à long terme pour l’entreprise, ses employés et ses clients, sans parler du gouvernement et de l’économie dans son ensemble. Le Royaume-Uni a d’ailleurs essayé d’emprunter cette voie lorsqu’elle a nationalisé la Royal Bank of Scotland.
Quoi qu’il en soit, notre système bancaire est aujourd’hui plus sûr. Toutefois, les risques auxquels nous serons confrontés à l’avenir seront probablement très différents de ceux que nous avons connu jusqu’à maintenant.

Selon moi, il y a deux risques à garder à l’esprit

Le premier risque est que les régulateurs cherchent à sortir de l’ombre certains des instruments financiers les plus complexes pour les déployer sur les bourses et les chambres de compensation, qui aident à garantir et à traiter les échanges commerciaux. Cette démarche est compréhensible et admirable, mais nous devons nous assurer que les chambres de compensation et les bourses soient à la hauteur du travail demandé et qu’elles seront correctement régulées à l’avenir.
Le second risque post-Lehman Brothers – et c’est celui qui me préoccupe le plus – est la crise des retraites qui se prépare aux Etats-Unis et ailleurs. En partie parce qu’avec toute la peur et l’anxiété qui ont suivi le naufrage de Lehman Brothers et la dégringolade des marchés, les banques ont perdu la confiance des investisseurs. Ces derniers ont peur d’investir dans les actions dont ils ont besoin pour recouvrir l’argent qu’ils doivent payer pour leur retraite, laquelle pourrait durer trois décennies. J’ai déjà évoqué cette problématique dans la première chronique que j’ai publiée sur LinkedIn, que vous pouvez lire ici.
Certes, je me sens plus confiant à l’égard de nos banques et de nos marchés cinq ans après la faillite de Lehman Brothers. Il ne faut toutefois pas oublier qu’il reste beaucoup à faire pour pouvoir assurer la meilleure issue possible aux investisseurs et épargnants du monde entier.

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Traduction par Joséphine Dennery, JDN.
Cette chronique traduite par le JDN a été publiée via le programme Influencers de LinkedIn, où s'expriment près de 300 leaders d'opinion. Retrouvez la version originale en anglais ici.

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