Les transferts d’argent vers l’Afrique : une manne financière colossale

Contrairement aux idées reçues, ce sont les Africains eux-mêmes qui financent le plus l’Afrique: en 2011 et pour la première fois, la plus grande source de revenus extérieurs de l’Afrique a été… les envois d’argent des migrants africains eux-mêmes.

Salutaires pour les pays receveurs comme pour les populations, ces envois sont pourtant encore trop couteux, ce qui entretient le secteur informel. Le développement de la concurrence et l’essor des transferts électroniques pourront à l’avenir résoudre ce problème.

Plus de 60 milliards de dollars envoyés – par des canaux formels ou non

Les sommes envoyées par les migrants vivant en dehors d’Afrique en 2011 s’élèvent à 60 milliards de dollars. C’est plus que le montant total de l’aide envoyée à l’Afrique (56 milliards), ou même que les investissements directs à l’étranger (50 milliards)[1]. Il faut noter cependant que les données statistiques sont parcellaires en la matière, et que les canaux informels d’envois d’argent représentent encore une large partie des envois. Ainsi, les montants réels envoyés pourraient être deux fois supérieurs à ceux annoncés.
Plusieurs études sur le terrain ont observé et analysé les canaux informels empruntés par les envois de fonds. Elles ont montré l’existence de petits canaux informels, comme l’envoi d’argent par l’intermédiaire de parents qui retournent au pays en vacances. Mais ils ont mis en évidence également l’existence de réseaux organisés d’envois informels, où de larges communautés se regroupent pour faire passer les fonds au pays par le biais de dons à des associations. Et cela en contradiction totale avec les procédures de lutte contre le blanchiment d’argent et contre le financement du terrorisme, avec les risques que cela implique.

Les envois informels majoritairement expliqués par un coût d’envoi encore trop élevé

Comment expliquer la part si prégnante d’envois informels ? La réponse principale réside dans les coûts de transferts. Envoyer de l’argent en Afrique a un coût relativement élevé : en moyenne, 12,5 % de frais sont appliqués sur les sommes qui transitent vers l’Afrique, contre 6,5 % par exemple vers l’Asie du Sud.
Ce sont les opérateurs de transfert d’argent qui occupent une place prépondérante sur le marché de l’envoi d’argent. Vers l’Afrique, deux d’entre eux se partagent 75 % du marché. Ces sociétés vivent sur une situation de rente, et maintiennent des tarifs élevés grâce à leur position monopolistique. Elles ont déjà réduit de beaucoup leurs tarifs suite à l’arrivée de nouveaux entrants et à une situation intenable (20 % de frais en 2011), mais beaucoup de chemin reste à faire.
Une récente étude de la Banque mondiale a montré que si les frais de transfert baissaient à 5 % des montants envoyés, cela libèrerait plus de 4 milliards de dollars, qui pourraient être réinjectés dans les économies africaines. A titre de comparaison, 12 pays africains ont un PIB inférieur à ces 4 milliards.

De l’utilité pour les ménages comme pour les Etats

Pourtant les transferts d’argent sont très utiles, pour les états comme pour les ménages en Afrique, et il y a lieu de les encourager. Ainsi les bénéfices des transferts de fonds sont multiples :
  • Ils apportent aux pays une source de revenus stable,  puisqu’ils sont moins cycliques. Cette source de revenus et de devises est souvent mise à profit pour lever des capitaux sur les marchés par les États.
  • Sur le court terme, les transferts subviennent aux besoins courants des ménages. Selon les pays, jusqu’à 40 % des revenus d’un ménage peut provenir des transferts internationaux.
  • Sur le long terme, les transferts renforcent les états et leur capacités, puisqu’une grande partie des transferts sont investis dans le capital humain (santé, éducation).
  • Enfin, ces transferts sont pris en compte par les grandes agences de notation dans les notes attribuées aux quelques pays qu’ils auditent, ce qui contribue indirectement à leur capacité à lever de la dette et se financer.

Apporter de l’air dans ce marché pour faciliter les transferts

Au vu des chiffres ainsi que de leur utilité, il serait bon pour toutes les parties prenantes de faciliter les transferts de fonds vers l’Afrique, et de maximiser la part se déroulant dans un cadre formel.
Les experts ont avancé plusieurs pistes en ce sens, notamment le développement de la concurrence ainsi que l’essor de moyens électroniques pour réaliser ces transferts. Ces deux actions en réduiraient significativement le coût. Déjà de nouveaux opérateurs se placent sur ce segment, principalement en Angleterre et en France. Il sera intéressant de voir les réponses des gros acteurs traditionnels à ces jeunes challengers.

[1] Source: OECD/DAC, World Bank, IMF et African Economic Outlook

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