Virus Ebola : l’ombre inquiétante du coût de la crise

Il a suffi d’un seul cas pour déclencher la flambée d’Ebola en Afrique de l’Ouest. Plus de neuf mois plus tard, l’épidémie submerge les défenses mises en place par les trois pays les plus affectés, déjà bien fragiles, et par les organismes venus à leur secours.

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Les dispensaires et les hôpitaux, bondés, doivent refuser des malades et l’on peut craindre que les choses ne dégénèrent si rien de décisif ne survient.  
Fort heureusement, il semble que tel soit le ca  : une riposte énergique à l’échelle internationale se prépare et elle gagne en puissance. Hier, les États-Unis ont annoncé l’envoi, dans les pays les plus durement touchés, de soldats, de personnel médical, de fournitures et de matériaux pour la construction de nouveaux centres de soins. Médecins sans frontières, les Nations Unies, l’Organisation mondiale de la santé et les donateurs sont mobilisés. Le Conseil des administrateurs du Groupe de la Banque mondiale, qui représente 188 pays, a entériné cette semaine à l’unanimité un financement d’un montant de 105 millions de dollars constitué de dons destinés aux secours d’urgence, et il est prêt à apporter de nouveaux concours financiers. 
Nous venons, aujourd’hui même, de mettre la dernière main à une analyse de l’impact économique de l’épidémie au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée. L’analyse indique que si le virus continue de se propager, le coût économique subi par ces pays pourrait se trouver multiplié par huit d’ici 2015, ce qui risque d’infliger un coup catastrophique à leurs économies déjà fragiles.
Notre étude démontre tout aussi clairement que, plus tôt nous mettrons en œuvre une riposte efficace, capable d’atténuer la peur suscitée par la progression du virus, mieux nous pourrons amortir l’impact économique de l’épidémie.
Selon nos estimations, les pertes de PIB enregistrées par le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée se monteront, au total, à 360 millions de dollars pour l’année 2014, ce qui représente un volume exorbitant par rapport à la taille restreinte de leurs économies.
Quant à l’année prochaine, l’impact sur la production économique pourrait se limiter à 97 millions pour les trois pays si nous parvenons à mettre sur pied une réponse rapide et efficace. Si, au contraire, nous n’arrêtons pas la propagation du virus — ce qui, on l’aura compris, nécessite d’entreprendre dès à présent un effort massif — ce chiffre pourrait dépasser les 800 millions de dollars.
Ces analyses portent exclusivement sur les trois pays où l’épidémie sévit le plus durement actuellement. Toutefois, selon nos estimations préliminaires, l’élargissement du rayon de propagation à d’autres pays d’Afrique pourrait se chiffrer en milliards de dollars.
Pour établir leurs estimations, nos économistes ont passé en revue de nombreux facteurs, dont l’épidémie de SRAS qui a sévi de 2002 à 2004, faisant 800 victimes et occasionnant plus de 40 milliards de dollars de pertes économiques. Les études portant sur cette crise et sur celle du virus H1N1 de 2009 ont démontré que de 80 à 90 % de leur impact économique global était attribuable au spectre de la contagion et au comportement d’aversion qui en résulte.
C’est cette peur qui favorise le surgissement d’une crise économique à l’intérieur de la crise sanitaire. On observe donc deux types de contagion : celle provenant du virus lui-même, et l’autre, fruit de la hantise collective de la contamination.
Ce phénomène est déjà à l’œuvre, avec une réduction de la participation à la vie active, la fermeture de lieux de travail et de graves perturbations dans les transports; dans certains cas, les décideurs publics et privés ont même fait le choix de fermer des ports maritimes et des aéroports. 
Nous savons ce qu’il faut faire pour enrayer la marche de l’épidémie. En appliquant sans délai des mesures capables de stopper l’élargissement des foyers d’infection et en mettant en place des protocoles cliniques efficaces, on limitera les pertes en vies humaines et, ce faisant, on endiguera aussi les peurs.
On ne peut que se sentir encouragé par la réaction de plus en plus vigoureuse des donateurs internationaux, et notamment par l’annonce faite cette semaine par le président Obama. Nous devons impérativement amplifier notre réponse, et sans délai. Comme le montre notre étude, le temps est notre ennemi. Nous n’avons donc pas une minute à perdre, il nous faut lancer une riposte globale, et la lancer au plus vite si nous voulons éviter que l’impact économique de la crise Ebola n’atteigne des proportions catastrophiques.

Cette chronique a été publiée via le programme Influencers de LinkedIn, où s'expriment près de 500 leaders d'opinion. Retrouvez la version originale en anglais ici.

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