Hyperloop One vs Hyperloop Transportation Technologies : le match

Les deux start-up américaines se livrent une bataille féroce pour faire sortir de terre la première ligne de train supersonique.

Il suffit parfois d'une idée pour lancer tout un marché, surtout quand elle vient d'Elon Musk. En 2013, le patron visionnaire de Tesla présentait quelques croquis d'un train capable, selon lui, d'atteindre les 1 100 km/h, soit un Lille-Marseille en moins d'une heure. L'Hyperloop, qui repose en théorie sur des capsules placées sur des coussins d'air, serait le moyen de transport le plus rapide du monde.

Mais trop occupé pour le développer lui-même, Musk préfère laisser des start-up se disputer le business. Deux d'entre-elles sortent du lot : Hyperloop One et Hyperloop Transportation Technologies. Souvent confondues sur leurs noms, elles emploient des méthodes très différentes.

Coussins d'air vs aimants

Hyperloop One entend commercialiser la technologie telle qu'imaginée par Elon Musk, c'est-à-dire des rames transportées à très grande vitesse dans de longs tuyaux suspendus grâce à de l'air comprimé. Concrètement, un compresseur électrique placé à l'avant de la capsule pompe l'air vers le dos de l'appareil et place ainsi la capsule sur un coussin d'air porteur.

Hyperloop Transportation Technologies imagine déjà l'intérieur des cabines. © Hyperloop Transportation Technologies

En mai 2016, Hyperloop Transportation Technologies a annoncé avoir intégré la licence Inductrack, une technologie basée sur la lévitation magnétique passive. Ce système fonctionne grâce à des aimants intégrés aux pods et à une structure métallique. La start-up est allée encore plus loin en imaginant déjà le design intérieur de son futur train supersonique. Outre des images de synthèse qui présentent à quoi pourraient ressembler les cabines destinées au transport de passagers, la compagnie travaille déjà avec le spécialiste allemand de la réalité virtuelle Re'Flekt pour imaginer des fenêtres virtuelles interactives et tactiles.

Projets américains vs projets internationaux

Le 11 mai 2016, Hyperloop One a joué la carte du coup médiatique en lançant face à un pare-terre de journalistes et d'investisseurs potentiels dans le désert du Nevada un essai grandeur nature du moteur linéaire qui propulsera à l'avenir le train-capsule dans des tubes basse pression. Le mobile, pas encore habillé de la cabine qui transportera à l'avenir les passagers ou les marchandises, a atteint les 160 km/h sur des rails à l'air libre sur une distance de quelques mètres. L'objectif ? Prouver qu'il sera bien possible de transporter du fret dès 2019 et des passagers dès 2021 aux Etats-Unis.

Hyperloop One prépare les tuyaux qui acceuilleront à l'avenir ses trains supersoniques. © Hyperloop One

Hyperloop Transportation Technologies ne s'est quant à elle pas contenté d'obtenir en janvier 2016 l'autorisation de construire un segment test de 8 kilomètres en Californie, entre San Francisco et Los Angeles, dont la  construction devrait commencer en milieu d'année 2016 pour s'achever courant 2019.

Hyperloop Transportation Technologies a signé un partenariat avec la Slovaquie

En effet, la firme voit déjà au-delà de ses frontières et a conclu en mars 2016 un accord avec le ministère des Transports slovaque pour développer dans le pays le premier Hyperloop européen. Une ligne qui pourrait à terme relier Vienne (Autriche), Bratislava (Slovaquie) et Budapest (Hongrie) d'ici 2020.L'Hyperloop permettra alors de parcourir les 300 kilomètres qui les séparent en un quart d'heure.

Salariés à plein temps vs intérimaires

Pour construire sa première ligne supersonique entre Los Angeles et Las Vegas, Hyperloop One, autrefois Hyperloop Technologies, a embauché depuis sa création en 2015 pas moins de 130 ingénieurs à plein temps. Pour sa direction, l'entreprise a fait le choix de l'expérience avec Rob Lloyd, le PDG, qui pendant les 20 dernières années a gravi tous les échelons chez le géant de l'informatique Cisco, jusqu'à en devenir le patron de 2012 à 2015. Son cofondateur Shervin Pishevar est aussi directeur général de Sherpa Ventures, qui a notamment investi massivement dans AirBnB et Uber à leur création.

Rob Lloyd, le PDG d'Hyperloop One, a dirigé le géant de l'informatique Cisco de 2012 à 2015

De son côté, Hyperloop Transportation Technologies a fait le choix de l'international et travaille avec 520 collaborateurs de 42 pays différents. Seuls deux d'entre eux sont rémunérés et tous les autres travaillent au minimum 10 heures par semaine en échange de stock-options dans l'entreprise. La start-up fondée par deux serial entrepreneurs, le germano-américain Dirk Ahlborn et l'italien Bibop Gresta, affirme avoir débauché les meilleures spécialistes de la NASA, mais aussi, à l'instar de son rival, d'Apple, Boeing et même Tesla et SpaceX, les sociétés d'Elon Musk.

Levées de fonds vs crowdfunding

Après un premier tour de table de 26 millions fin 2015, Hyperloop One a levé 80 millions de dollars en mai 2016, auprès des plusieurs sociétés de capital-risque, dont notamment GE Ventures, mais aussi d'acteurs traditionnels des transports comme la SNCF ou la Deutsche Bahn.

Toujours dans une logique d'implication de ses collaborateurs, Hyperloop Transportation Technologies a préféré dans un premier temps se tourner vers les membres de son équipe pour savoir si certains d'entre eux souhaitaient y investir. Ils sont plus d'une centaine à avoir répondu présent et, depuis, "près de 600 investisseurs institutionnels, dont des fonds d'investissement, des business angels et des fonds souverains, ont manifesté leur intérêt d'investir", révélait récemment Dirk Ahlborn dans les colonnes du JDN. Hyperloop Transportation Technologies prévoit aussi de recevoir des financements de la part des gouvernements avec lesquels elle signera des partenariats.

 

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