Vous voulez créer un mouvement ? Prenez exemple sur les activistes contre le SIDA

Les mouvements sociaux issus des années 1980 ont prouvé leur efficacité dans le rassemblement des forces axé vers un idéal.

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Créer des mouvements sociaux. J'ai souvent entendu parler du besoin de créer des mouvements sociaux afin de s'attaquer à nombre de défis globaux établis tel que mettre fin à la pauvreté extrême, promouvoir une plus grande égalité des revenus et combattre le changement climatique.
L'histoire est remplie de mouvements sociaux qui ont connu le succès et l'échec. Les leçons d'un mouvement actuel que je connais bien (la lutte contre le SIDA) devraient être examinées de plus près par ceux qui envisagent aujourd'hui de créer des mouvements.

Leçon n° 1 : le mouvement AIDS croit uniquement en la possibilité et pas en la fatalité du succès.

Les opposants vont se battre et paraîtront inflexibles. Comme ceux d'entre nous qui ont vécu à travers les premiers jours la lutte contre le SIDA, il a toujours été tout à fait incertain que nous atteindrions nos objectifs.

Par exemple, nous avons passé des années à nous battre pour que les pauvres aient accès aux soins. Bien qu'au milieu des années 1990 nous avions en notre possession des traitements pharmaceutiques, ils étaient uniquement accessibles aux personnes ayant une bonne assurance santé ou qui avaient les moyens de s'acheter les médicaments. Pour tous les autres, le SIDA était en réalité encore une sentence de mort.  

Lorsque nous avons préconisé de fournir ces traitements aux pauvres, il nous a été dit que cela coûtait trop cher, que c'était trop compliqué et que cela offrait de minces perspectives de succès. En fait, quelques-uns des plus importants dirigeants de santé publique se sont opposés avec colère et ont tourné nos efforts en ridicule. Ils parlaient de se concentrer sur la génération suivante en mettant l'accent sur la prévention.

Heureusement, beaucoup d'autres ont vu la souffrance et ont été obligé d'agir, notamment par le biais du mouvement ACT UP, qui était le nom de l'un des groupes activistes phares contre le SIDA. Par conséquent, des millions ont été traités, des millions de vies ont été épargnées et des coûts incalculables humains et économiques ont été évités.

Leçon n° 2 : les activistes doivent être organisés et méthodiques

Les médicaments contre le SIDA ont été développés en partie parce que les activistes attaquaient chaque maillon de la chaîne de valeur pour les médicaments et les traitements, poussant vers plus de financement, plus de recherche, plus de développement des médicaments et plus de tests. Ils ont démarré avec rien et dans une période incroyablement courte, des scientifiques ont développé des médicaments qui traitent la maladie. Aujourd'hui, des scientifiques ont développés plus de 30 médicaments approuvés par la Food and Drug Administration (FDA ou l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) pour traiter le SIDA.
Lorsque j'étais jeune étudiant en médecine au début des années 1980, les personnes infectées par le VIH survivaient à peine 28 semaines. Aujourd'hui, grâce à ces avancées médicales, une personne jeune qui a le VIH devrait vivre 50 ans de plus.
Le personnel de santé et les activistes ont également bousculé les ministres de la santé à travers le monde pour intégrer le traitement contre le SIDA au sein de leurs systèmes de santé nationaux. Ils ont largement rassemblé et partagé toutes les preuves concernant les meilleures méthodes pour traiter et prévenir la maladie.
Alors que nous construisons la prochaine génération de mouvements pour mettre fin à la pauvreté, combattre le changement climatique et réduire les inégalités, il faut se souvenir de ces leçons. Les mouvements sociaux font face à des obstacles redoutables. Certains diront que les buts sont impossibles à atteindre. Mais si les architectes des mouvements en herbe d'aujourd'hui identifient chaque obstacle, élaborent des plans détaillés afin de les surmonter et expriment des raisons impérieuses pour atteindre ces objectifs ambitieux, les mouvements peuvent réussir et changer le monde.

 
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Cette chronique est adaptée d'un discours prononcé en Thaïlande par Kim à l'occasion du prix Prince Mahidol qui lui a été remis pour sa contribution dans la lutte contre le SIDA. Trois autres personnes ont également reçu le prix : le docteur Peter Piot pour la santé publique, le docteur David Ho et le docteur Anthony Fauci pour la médecine.     

                                                                                                

Traduction par Sylvie Ségui, JDN
Cette chronique traduite par le JDN a été publiée via le programme 
Influencers de LinkedIn, où s'expriment près de 300 leaders d'opinion. Retrouvez la version originale en anglais ici.

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