Les COOCs ou MOOCs Corporate, nouveau cheval de Troie de la formation en entreprise ?

Au-delà de l’acronyme digne de Star Trek, le phénomène des MOOCs (Massive Open Online Courses), arrivé discrètement en France il y a un an dans le monde de l’enseignement, fait depuis quelques semaines son entrée dans les grandes entreprises françaises.

Orange a lancé fin Mars Solerni, une solution logicielle nouvelle génération dédiée aux entreprises qui souhaitent proposer des MOOCs. SAP, Microsoft, Renault ou Nestlé ont déjà basculé.
Derrière le formidable levier d’image d’employeur et de compétitivité que les MOOCs Corporate (ou COOCs) proposent, c’est avant tout une transformation radicale des modes d’apprentissage salariés.

Si la formation continue des salariés devait passer par ces nouvelles plateformes éducatives interactives et gratuites, quels défis devront relever les entreprises pour transformer l’essai en succès ?

COOC : du e-learning au Social Learning en entreprise

Les cours en ligne en entreprise ne sont pas nouveaux. Les plateformes d’e-learning et autres LMS (Learning Management System ou plateforme de formation à distance) proposent depuis longtemps aux salariés une pédagogie interactive à base de contenus multimédia et d’une scénarisation des cours. Les évolutions du numérique et l’internationalisation transforment radicalement les systèmes de transmission du savoir au sein des organisations : augmentation des budgets formation, gestion des contraintes de distance et de langue, population pluriculturelle et multigénérationnelle, mobile, digitalisée et sur-informée. Ce qui change vraiment à travers les COOCs (ou CLOM en français – Cours en ligne ouvert et massif) c’est l’évolution technologique majeure qui positionne le salarié au cœur de son apprentissage et diminue drastiquement la barrière entre l’entreprise et le monde extérieur.
La formation intra ou inter-entreprise souvent construite comme un produit fermé tant dans son contenu que sur la flexibilité calendaire, est concurrencée par des MOOCs Corporate multimodaux, combinant :
  • du distanciel (webinars, vidéocasts, podcasts, livemeeting…) issu d’universités ou d’écoles prestigieuses (Harvard, HEC, ESSEC, MIT, Polytechnique…),
  • du présentiel (travaux dirigés, séminaires, stages, conférences…) réalisés par des formateurs internes (RH ou experts) pour approfondir les thématiques choisies,
  • de l’informel (chat, espace de co-création type forum, wiki, blog, communautés de pratiques, communautés sur réseaux sociaux internes…),
  • du formel via un certificat de compétence ou un « Badge » reconnu par les RH.
Le processus est simple et rapide pour le salarié : il s’inscrit sur une plateforme en ligne en  s’identifiant. Il peut se connecter et collaborer ensuite en mode synchrone ou asynchrone sur la plateforme. Les avantages pour l’entreprise sont certains : réduction des coûts, homogénéité des formations, scalabilité de la plateforme et excellence des MOOCs proposés, gestion du nomadisme, du home-working, de situation de handicap… sans contrainte d’horaire ou de lieu.

Université d’entreprise et MOOCs : un rapprochement nécessaire

Face à la pénurie de talents, à la mondialisation (sites, régions, pays) et au développement multiculturel des entreprises, la formation, via les COOCs, est probablement la seule parade pragmatique à court terme. Les Ressources humaines et les Universités d’entreprise ont dès aujourd’hui un rôle majeur à jouer pour transmettre aux salariés un socle commun de compétences et de culture d’entreprise. Les établissements d’enseignement supérieurs deviendront à terme des acteurs majeurs de la formation continue, qui alliés aux Universités d’entreprise (garantes de la culture institutionnelle et business de l’entreprise) offriront le meilleur partenariat pour déployer des offres éducatives pragmatiques, innovantes et internationales.

Les enjeux majeurs de demain

  • L’objectif pédagogique : mettre la technologie au service de l’objectif pédagogique et du salarié. Créer une expérience unique avec des salariés acteurs et contributeurs de leurs cours nécessitent des capacités d’animation et d’innovation pédagogique de l’équipe RH.
  • La qualité pédagogique : variété des intervenants, qualité des enseignants, du matériel proposé et de la grammaire,
  • Les contenus : la scénarisation des cours nécessite un équilibre judicieux entre les ressources d’apprentissage, les activités cognitives interactives et les méthodes d’évaluation des participants mais aussi de l’enseignant et du cours.
  • L’autonomie : comment gérer la solitude de l’apprenant derrière son écran et aller jusqu’à son achèvement.
  • L’assiduité : l’équipe pédagogique doit devenir animatrice de communauté : détecter les fameux 1 % de « créateurs », les stimuler pour pérenniser la richesse et la dynamique du COOC durant son temps d’existence.
  • Les données personnelles des apprenants : les réflexions sont en cours sur le sujet car les  lois varient concernant les données hébergées sur une plateforme dans le Cloud, et la  fonction de la localisation des serveurs.
Et si le rêve de tout DRH de former l’ensemble de ses salariés quels que soient leur localisation, le media qu’ils utilisent et le moment où ils le souhaitent devenait réalité ? Le marché des MOOCs Corporate s’avère plus que prometteur et il sera intéressant de voir dans les prochains mois, comment ils vont s’intégrer dans les stratégies de communication, de recrutement et de fidélisation globales pour améliorer rétention salariée et compétitivité.
En effet, certaines entreprises utilisent d’ores et déjà les certificats MOOCs postés sur des profils LinkedIn ou Viadeo comme critère de sélection de candidats qui prouvent leur capacité d’autonomie et leur pugnacité.

Cheval de Troie