Burnout ou quand le corps brûle de l'intérieur

Le burnout est l’expression la plus extrême du stress. Ce mal de plus en plus présent dans le monde du travail peut s'expliquer de manière scientifique.

Une combustion progressive

Burnout, brûler en anglais, traduit au plus juste la réalité du phénomène. Il s’agit en effet d’une combustion progressive ou brutale et parfois irréversible de l’intérieur du corps. Le corps ayant besoin d’énergie pour affronter le stress, toutes les glandes et organes travaillent en surrégime jusqu’à l’épuisement ou même jusqu’à la propre destruction du corps lui-même.

Confronté au stress, l’être humain fuit ou attaque. Mais  quand il ne peut faire ni l’un ni l’autre il rentre en inhibition comme c’est souvent le cas dans le travail en entreprise.

Mais rentrer en inhibition ne signifie pas qu’il ne se passe rien dans le corps. Si le stress ne peut s’exprimer  par la fuite ou l’attaque, il exerce  toute son action à l’intérieur du corps. 

L’incendie ravage insidieusement, silencieusement. Il carbonise les tissus à la manière d’un chalumeau. C’est la politique de la terre brulée. Le burnout est bien un stress massif qui brûle le corps à petit feu ou provoque sa déflagration fatale quand il survient à la fin d’une longue période faite de stress réguliers, répétitifs et constants.

Explications scientifiques

Voyons un peu comment cela fonctionne. Confronté au stress et ne pouvant fuir pour s’en soustraire ou combattre pour éliminer l’élément stressant, l’individu se doit de le supporter à longueur de temps.

Depuis le cerveau le "chemin du stress" passe par tous les étages de l’axe neuro-hormonal, hypothalamus, hypophyse, thyroïde et surrénales pour terminer sur les glandes sexuelles, ovaires ou testicules. Si à chaque niveau les conséquences sont le plus souvent terribles et irrémédiables elles sont en plus au début, toujours silencieuses. C’est plus tard quand les complications surviennent et deviennent bruyantes que la maladie s’installe.

De tous ces étages glandulaires, nous nous intéresserons à celui des surrénales. Ces glandes sont en première ligne.  Sous l’action du  stress elles synthétisent et sécrètent des hormones de tout premier plan : l’adrénaline et la noradrénaline, qui font monter la tension artérielle et accélérer le cœur. Elles sont sécrétées en permanence par le centre des surrénales au moment de la phase de lutte. Le collaborateur au travail, à ce stade, a besoin de ses hormones et de beaucoup d’énergie et donc de sucre. 

Ces hormones font monter le sucre dans le sang et baissent l’activité intestinale et la filtration rénale. Une autre hormone, l’aldostérone sécrétée par le contour de la glande,  favorise la rétention de sel (et donc de l’eau qui suit toujours le sel), contribuant encore à faire monter la tension. Mais dans la phase de lutte puis de résistance c’est au cortisol, sécrété lui aussi par le contour des surrénales, que nous nous intéresserons particulièrement.

Cette hormone sécrétée en permanence par la surrénale quand cette dernière est soumise constamment au stress  va augmenter sa concentration sanguine signant ainsi l’état de stress aigu accompagné de dépression. L’énergie est alors au maximum et le cortisol, pour maintenir cette énergie, mobilise lui aussi le sucre dans le sang, dégrade les protéines et met les graisses en réserves.

Cependant  l’autre risque pour les glandes surrénales soumises à un stress soutenu et permanent sur une longue période est l’épuisement. Ces glandes ne pouvant plus fournir de cortisol, celui-ci s’abaisse et signe ainsi le début du burn out.

Cas concret de burnout C’est ce qui s’est passé pour Léo (le prénom a été choisi au hasard).

Sorti d'une prestigieuse école et après un court passage dans un journal, il pense décrocher le job de sa vie  quand on lui propose de rédiger les discours d’un ministre de l’époque. Cependant Léo va découvrir petit à petit l’envers du décor. Mis dans un bureau à part, où personne ne passe, il se sent mis à l’écart, exclu, alors que tout le reste de l’équipe partage, elle, d’autres bureaux plus éloignés du sien.

Pire, il n’a aucun retour positif de son travail et même se fait  "assassiner"  en réunion de cabinet par des vexations de son directeur. Au bout de six mois de mal être dépressif, il débute une souffrance, avec fatigue et vertiges. Il consulte en externe à l’hôpital mais on ne trouve  rien. Il revient travailler, mais son état s’aggrave, il ne tient plus debout et ne peut plus marcher. Il est emmené à nouveau aux urgences et hospitalisé. Cette fois les examens montrent l’insuffisance surrénalienne : la maladie d’Addison est diagnostiquée.

Léo est aujourd’hui sous cortisone. Il a retrouvé un travail dans un journal… 

Le cas de Léo est presque un cas d’école du burnout même si la maladie d’Addison reste heureusement une malade assez rare. Il se résume par un mot la "non-reconnaissance".

La fatigue physique peut en effet faire partie du tableau du burnout mais ce sont les blessures psychiques qui le caractérisent le mieux, déclenchant puis aggravant le tableau morbide. Le sentiment de non reconnaissance, l’isolement, la mise à l’écart du groupe, la pression morale directe de la hiérarchie, les remarques désobligeantes, les vexations en public, toutes ces pressions sur un collaborateur sont, en plus de la surcharge de travail et  de la fatigue, les véritables déclencheurs du burnout.

Dans une étude récente sur le burnout des internes, publiée par la revue Le Généraliste, les intéressés avancent comme plaintes principales avec la surcharge de travail, l’impression d’être "abandonné à leur sort" ou "de n’être pas assez encadré", d’avoir  "le sentiment de vivre une relation pas équitable avec les responsables d’équipe", sans oublier le "manque de reconnaissance" qui est en fait le "stresseur contribuant au burnout".

Le burnout est donc un tableau d’épuisement complet du corps suite à une exposition prolongée au stress. Cet épuisement fait suite à une période dépressive pendant laquelle le cortisol surrénalien augmente pour faire face aux dépenses d’énergie générées par le stress puis ensuite s’effondre, signant ainsi l’épuisement surrénalien qui va de pair avec l’épuisement de la personne. Si le cortisol est donc le "marqueur biologique" du burn out, quand il s’effondre, le "marqueur clinique" de ce dernier, à part la fatigue extrême, semble être le sentiment de "mise au placard", réel ou vécu comme tel par le sujet,  l’impression d’ "isolement", le "manque de considération" ou de "reconnaissance",  la personne se sentant complètement abandonnée.

La blessure est donc à la fois centrale, psychique et nerveuse, mais aussi organique par l’intermédiaire de l’hypothalamus, centre des pulsions et des émotions dans le cerveau, hypothalamus dont le dérèglement est le point de départ d’un emballement de l’axe hormonal avec au terme la variation du cortisol surrénalien, d’abord élevé en phase de lutte avec la dépression, puis effondré, signant alors le burnout final.

Burnout