Détenteurs d'obligations, méfiez-vous, prévient l'AMF

La faible liquidité du marché obligataire français, combinée à une prime de risque réduite, rend cet investissement moins sûr qu'il n'y paraît.

Comme l'ensemble de la communauté financière, l'autorité des marchés financiers (AMF) s'inquiète de l'état actuel de la liquidité obligataire sur les marchés financiers. Il faut dire que celle-ci n'a jamais retrouvé son niveau d'avant-crise alors que les encours des dettes et des fonds obligataires, eux, ont plus que doublé depuis l'éclatement de la bulle des subprimes. Le gendarme de la bourse a donc décidé de consacrer une étude au marché obligataire français et vient d'en publier les résultats.

Premier enseignement : après deux phases de forte baisse, dues aux séismes financiers de 2007-2009 et 2011, la liquidité des marchés obligataires tricolores s'améliore depuis le début de l'année 2012. C'est ce que montre l'évolution de l'indicateur composite développé pour l'occasion par l'autorité. Basé sur des mesures de spreads (écarts de prix à l'achat et à la vente, estimés avant la transaction) et d'impact-prix (part du coût d'exécution de l'ordre liée à l'exécution elle-même), il se lit ainsi : plus sa valeur est haute, moins le marché est liquide.

Malgré l'embellie des trois dernières années, la liquidité obligataire sur les marchés français n'a donc pas retrouvé son niveau d'avant-crise. Ce dernier, précise toutefois l'AMF "ne constitue pas nécessairement le niveau d'équilibre vers lequel la liquidité doit tendre pour être jugée satisfaisante". Probablement même que le risque de liquidité, c'est-à-dire le risque de ne pas pouvoir vendre un titre financier (ici, une obligation) à son prix, était sous-évalué en 2005-2006, du fait d'une bulle en formation qui a éclaté ensuite.

Autre constat, cette liquidité qui s'est améliorée "aurait eu tendance à se concentrer sur les segments les moins risqués", avancent les auteurs de l'étude, pour qui "la concentration des volumes (de transactions, NDLR) sur les obligations gouvernementales, comparativement aux obligations du secteur privé, semble […] s'observer sur l'ensemble de la période 2010-2014 sans s'être fortement accentué sur la période récente". Le graphique ci-dessous illustre cette "bifurcation" vers des instruments moins risqués : sur la période, la liquidité évolue de manière moins favorable aux obligations d'entreprises qu'aux obligations publiques.

Reste que l'amélioration de la liquidité des obligations sur le marché français depuis 2012 ne présage pas de leur résistance en cas de crise sur les marchés obligataires. Et les détenteurs de titres sont appelés à la prudence : "En cas de choc, le coût de la liquidité augmentera (…) et sera porté par les investisseurs qui doivent par conséquent s'assurer de la juste rémunération qu'ils perçoivent de leurs investissements." Une "juste rémunération" d'autant plus mise à mal que "la forte baisse des taux de ces dernières années a probablement conduit à une compression importante des primes de risque."

 

ET AUSSI

 

Autour du même sujet