Les assureurs comptent mettre au tapis les voleurs grâce à l'IoT

Les assureurs comptent mettre au tapis les voleurs grâce à l'IoT Axa et la Matmut proposent des services liés à des objets connectés pour lutter contre le vol et les incendies. Pour convaincre les clients, un seul mot d'ordre : la simplicité.

Les frères Dalton peuvent ranger leurs pistolets au placard et prendre leur retraite. En installant des objets connectés dans les habitations de leurs clients, les assureurs espèrent mettre fin aux cambriolages, mais également limiter les dégâts liés aux incendies. Axa a lancé un projet pilote dans l'IoT en juillet 2015, baptisé "Maison connectée", avec ces deux objectifs en ligne de mire. L'entreprise a construit une offre à la carte. Les consommateurs sélectionnent les appareils intelligents qui leur plaisent au sein d'une gamme de produits fabriqués par plusieurs constructeurs. Ils les relient ensuite à leur smartphone via une API et bénéficient de services d'assistance en cas de besoin. "La principale leçon que nous avons tirée de ce pilote ? Une trop forte complexité de la proposition de valeur est un frein fort à l'adoption de l'IoT", résume Véronique Letellier, responsable des nouveaux services digitaux chez Axa.

Le groupe a lancé fin mai 2017 une nouvelle offre IoT contre l'intrusion et l'incendie visant à protéger les locaux des TPE et des indépendants, à grande échelle cette fois-ci. "Les particuliers sont aussi dans notre scope. Nous allons intégrer ce volet dans notre bouquet multirisques habitation d'ici la fin 2017", se projette Damien de Ponthaud, responsable du segment pros chez Axa. Apprenant de ses erreurs, l'assureur a opté pour la simplicité d'une formule tout-en-un, où le client achète une caméra connectée sélectionnée par Axa et les services associés. Le groupe a travaillé pendant un an avec le spécialiste de la domotique Somfy pour développer ce produit d'assurance, piloté depuis l'application Somfy Protect. "Notre collaboration est exclusive, la société ne peut s'associer avec aucun autre assureur", explique le dirigeant.

"Nous supprimons la franchise vol pour les sociétaires qui souscrivent à l'une de nos trois offres"

Axa s'est directement inspiré du modèle des opérateurs mobile pour construire ses tarifs. Le groupe propose aux pros d'acquérir leur caméra connectée à un prix préférentiel de 70 euros, contre 320 euros dans le commerce. En échange, ils s'engagent à payer un abonnement de 18 euros par mois pendant au moins un an. "Ce forfait finance essentiellement notre offre de services d'assistance", souligne Véronique Letellier. Car en souscrivant à cette formule baptisée Promium, les abonnés peuvent demander l'envoi d'un agent de sécurité, bénéficier d'un gardiennage de leurs locaux en cas de fracturation de leur porte, de l'envoi d'une société de nettoyage…

Par ailleurs, les images de leurs locaux sont stockées pendant sept jours. "Un restaurateur peut suivre l'activité de sa salle et de ses cuisines à distance même lorsqu'il part en voyage pour trouver de nouveaux fournisseurs, à travers l'application Somfy Connect, dans laquelle la marque Axa a été intégrée", explique la dirigeante. L'assuré peut à tout moment bénéficier des services d'assistance Axa via l'appli en cliquant sur le logo de la marque. Axa n'a pas accès aux données personnelles de ses clients, qui sont toutes hébergées par Somfy. "Nous ne changeons pas fondamentalement de métier, nous ne construirons jamais de caméras connectées nous-même. Nous voulons intégrer un écosystème avec des partenaires fiables dans l'IoT et être présent auprès de nos clients, en amont de la phase de réparation des dégâts, dans la protection au quotidien", insiste Véronique Letellier.

La Matmut tâte de son côté le terrain depuis de longues années. L'entreprise a lancé il y a 16 ans un service de télésurveillance pour ses assurés en partenariat avec IMA Protect, en installant chez eux une box de surveillance. Détecteur d'ouverture de porte ou de fenêtre, de mouvement, puis de fumée et d'inondation… Elle a progressivement fait évoluer cette activité en y intégrant de nombreux appareils, fabriqués par diverses entreprises IoT.

Axa s'est inspiré des opérateurs mobile pour construire ses tarifs, proposant à ses clients une caméra connectée à un prix préférentiel en échange du paiement d'un abonnement avec engagement

Aujourd'hui, la mutuelle donne à ses sociétaires le choix entre trois offres distinctes. La première est low-cost (à partir de 12 euros par mois). Ses clients achètent, installent et entretiennent eux-mêmes leurs objets connectés. Ils peuvent surveiller leur maison à distance depuis leur smartphone et piloter leurs appareils depuis une application mobile. Un système d'alerte les prévient en cas de problèmes. Moyennant finance, ils peuvent souscrire à des options supplémentaires de gardiennage et de sécurisation de l'habitation. La deuxième, milieu de gamme, est une formule à la carte (21,5 euros). Ils choisissent un certain nombre d'appareils et de services dont ils veulent bénéficier (ils peuvent par exemple déléguer la surveillance de leur domicile à des professionnels qualifiés de la société IMA Protect lorsqu'ils partent en vacances). L'installation et l'entretien du matériel est géré par la Matmut. Pour la troisième offre haut de gamme "tout inclus", la Matmut choisit, installe et entretient le matériel IoT de son client (35,5 euros), sélectionné par les spécialistes IoT de l'entreprise. Il profite de l'ensemble des services associés détaillés dans les deux offres ci-dessus.

Comme chez Axa, la simplicité paie. "Même si la formule est plus chère, c'est cette dernière offre qui rencontre le plus grand succès, car le monde de la domotique est complexe et la plupart de nos sociétaires veulent des produits d'assurance simples. Elle représentait 54% de notre activité IoT ces derniers mois", précise Gilles Clouët des Pesruches, directeur marketing du groupe Matmut.

"La formule tout inclus de la Matmut est la plus chère, mais c'est elle qui a le plus de succès : elle représentait 54% de notre activité IoT ces derniers mois"

Pour les aventureux qui veulent construire leur propre maison connectée, la Matmut teste dans le Living Lab, un laboratoire IoT créé à Nantes il y a un peu plus d'un an, les différents appareils domotiques qui sortent sur le marché. Elle labélise ceux qu'elle estime fiables. "Nous aidons nos sociétaires à faire le tri, à choisir des solutions fabriquées par des entreprises pérennes et qui sont dotées d'un système de communication interopérable, en ZigBee ou en Z-Wave par exemple", pointe le directeur marketing. Cet espace de recherche a été créé par IMA Protect, filiale d'Inter Mutuelle Assistance, un groupement d'intérêt économique auquel appartiennent la Matmut et plusieurs autres mutualistes. Ces entreprises ont partagé leurs ressources pour créer une société d'assistance, qui gère les interventions aux domiciles des assurés. C'est en partenariat avec cette structure que la Matmut gère ses offres IoT.

Plus de 50% des infractions détectées par le matériel IoT ne donnent pas lieu à un vol, car la sirène qui se met en route fait fuir le cambrioleur, même si des systèmes d'alarme plus traditionnels ont le même effet. "Nous supprimons la franchise vol pour les sociétaires qui souscrivent à l'une de nos trois offres", explique directeur marketing du groupe Matmut. L'entreprise évalue en ce moment les effets sur la sinistralité des autres objets connectés qu'elle propose à ses clients et fera baisser ou supprimera les franchises inondations ou incendies si les résultats sont satisfaisants. S'engager sur un an avec l'offre IoT d'Axa n'a pour l'instant aucun effet sur sa prime d'assurance. Mais l'assureur regarde les chiffres de près et n'exclut pas à moyen terme des évolutions.

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AXA / Matmut

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