Cloud : Google prend la tête de la dangereuse "course au zéro"

La compétition fait rage dans l'industrie IT. Les géants du secteur proposent des offres de stockage cloud toujours moins chères, excluant de fait les entreprises plus modestes.

A l'annonce de sa nouvelle appli Photo proposant un stockage illimité et gratuit dans le cloud, Google a franchi une ligne que beaucoup envisageait avec crainte dans l'industrie IT. Dans le secteur du cloud, c'est à savoir lequel des géants sera le plus rentable. La guerre des prix (appelée "course au zéro") engagée par Amazon, relancée par Microsoft et désormais emmenée par Google est source d'anxiété. Elle consiste à ne pas faire payer certains services cloud, et le stockage est le premier concerné.

C'est un jeu dangereux pour l'industrie IT car cela signifie que seules les entreprises les plus importantes seront capables de s'imposer dans la future économie du cloud.

Pourquoi cette compétition ?

Il y a plusieurs explications. Premièrement, le matériel informatique de stockage de données coûte de moins en moins cher. Un gigaoctet de stockage sur un disque dur coûtait en 1993 plus de 9 000 dollars. En 2013 son prix atteignait à peine 0,04 dollars.

Idem pour la puissance de traitement des ordinateurs. Selon Phone Arena, le mainframe de 3 millions de dollars d'IBM qui a permis d'envoyer un homme sur la lune en 1969 disposait d'une mémoire de 64 kilooctets et d'une fréquence de 0,043 mégahertz. Aujourd'hui, un iPhone 6 de 200 dollars dispose de 16 gigaoctets de mémoire et d'un processeur de 2,6 gigahertz.

Remercions Amazon pour avoir incité les entreprises du cloud à répercuter ces économies sur leurs clients. A mesure que ses coûts diminuent, Amazon baisse les tarifs d'accès à son cloud. Fin 2014, Amazon Web Services avait subi 47 baisses de prix en six ans, grâce à une culture de la "frugalité". Amazon augmente son chiffre d'affaires grâce à un nombre croissant de clients et à de nouveaux services, plus onéreux, pour lesquels les utilisateurs sont prêts à payer. Les prix des services Amazon diminuent mais, dans le même temps, les clients dépensent plus sur le long terme. Le groupe IT mène la même politique de prix que celle pratiquée par les magasins : le client est tenté de dépenser s'il sent que chaque élément qu'il achète est une affaire.

Microsoft et Google ont assuré qu'ils ajusteraient leurs prix sur ceux d'Amazon tout en élargissant leur offre de services.

Google prend la tête de la compétition

En 2015, Google est allé encore plus loin. Le groupe ne s'est pas contenté d'ajuster ses prix sur ceux d'Amazon, il a décidé de casser le prix de ses services cloud pour être moins cher que son concurrent.

Google n'est pas le premier à offrir un stockage illimité de photos. Amazon l'avait déjà fait il y a quelques mois. Mais l'option gratuite et illimitée était réservée aux clients ayant souscrits à Amazon Premium ou disposant d'un appareil Kindle Fire.

Google Photos est disponible sur les téléphones Android et sur les iPhones, ce qui représente plus de 90% des ventes de smartphones. C'est imbattable.

Quant à Microsoft, il flirte avec la ligne d'arrivée mais ne l'a pas encore franchie. L'entreprise propose un stockage illimité aux abonnés d'Office 365. Le service n'est donc pas vraiment gratuit car l'abonnement annuel de base à Office 365 est de 70 dollars par an.

Un jour, le stockage sera entièrement gratuit

En ce qui concerne le stockage illimité d'éléments autres que les photos, il est toujours payant chez Amazon, Google et Microsoft ainsi que chez d'autres entreprises plus petites comme Dropbox et Box. Mais ne nous méprenons pas : la "course au zéro" se poursuit, ce qui signifie que toute l'industrie du cloud sera amenée à casser les prix au fil du temps.

En novembre, Aaron Levie, PDG de l'entreprise de stockage cloud Box, a déclaré à The Information : "Nous nous dirigeons vers une économie où le stockage sera gratuit et infini." Cela signifie que les entreprises concernées doivent proposer un autre service cloud unique pour lequel les gens seraient prêts à payer. Box, par exemple, propose une sécurité renforcée des fichiers, service pour lequel les entreprises sont prêtes à payer afin de se conformer à toutes les législations. L'entreprise est également en train de créer des applications pour la gestion de projet ou de document et des applications plus verticales qui, en plus de stocker et de partager des fichiers, permettent de collaborer. Dropbox pour sa part s'efforce de vendre son produit Dropbox Entreprises, qui offre aux entreprises la sécurité et les fonctions administratives dont elles ont besoin.

Dans le même temps, chaque nouvel acteur de la guerre du cloud cherche à proposer des services uniques pour lesquels il pourra appliquer des tarifs élevés qui compenseront la "course au zéro". Quand Cisco a annoncé qu'il envisageait de dépenser 1 milliard de dollars pour son service de cloud l'été dernier, le cadre en charge du projet, Nick Earle a promptement déclaré : "notre stratégie n'est pas de suivre AWS dans la 'course au zéro'". D'autres acteurs importants, comme IBM et Oracle, ont tenu un discours similaire quand ils ont commencé à dépenser des milliards pour leur cloud.

Une course dangereuse

Les coûts de stockage ont certes chuté mais les frais de fonctionnement des centres de données sont toujours énormes. La hausse du nombre de clients utilisant les services de cloud oblige les entreprises à construire des centres de données géants et à débourser de grosses sommes pour la maintenance, la consommation d'énergie et autres. IBM a par exemple prévu de dépenser 1,2 milliard de dollars pour construire de nouveaux centres de données. Idem pour Microsoft qui s'est engagé à débourser 750 millions de dollars sur quatre ans pour son centre de données du Wyoming, et 1,1 milliard pour un centre dans l'Iowa.

Les entreprises dépensent des milliards dans des centres de données pour proposer des services à des prix toujours plus bas et essayent ensuite de trouver un service suffisamment pointu et unique pour que les entreprises acceptent de payer cher pour l'avoir pendant des années. Mais seulement quelques entreprises du cloud computing pourront s'offrir ce luxe.

La course aux prix continue et les leaders comme Amazon, Google et Microsoft sont décidés à maintenir la cadence.

Information : Jeff Bezos a financé Business Insider à travers son fonds d'investissement Bezos Expeditions.

 

Article de Julie Bort. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : Google just took the lead in the dangerous game called 'Race To Zero'

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