OS souverain : son principe adopté à l'Assemblée... alors qu'il existe déjà

Dans le cadre du projet de loi pour une République numérique, les députés ont adopté un amendement demandant la remise au gouvernement d'un rapport sur la création d'un OS souverain. Une initiative pourtant déjà lancée.

L'idée d'un OS souverain n'est pas nouvelle. Elle a été lancée en mai 2014 par Arnaud Montebourg, alors ministre de l'économie, du redressement productif et du numérique. S'inspirant des travaux du président de Skyrock, Pierre Bellanger, autour du concept de "résogiciel" français, Arnaud Montebourg souhaitait proposer un OS "made in France" libre et ouvert. Un système d'exploitation qui supporterait "un réseau de services alternatifs" permettant de contrebalancer le poids des géants du web, et capable de mieux garantir la sécurité des données personnelles.

Le débat sur l'OS souverain est relancé depuis quelques jours. La semaine dernière, un amendement au projet de loi pour une République numérique a été adopté par l'Assemblée sur le sujet. Il demande la remise au gouvernement d'un rapport sur la possibilité de créer un Commissariat à la souveraineté numérique dont l'une des prérogatives sera de plancher sur "la mise en place d'un système d'exploitation souverain." L'amendement en question a été déposé par la députée socialiste Delphine Batho. A droite, un amendement équivalent avait été proposé, aussi, par 14 députés, dont Nathalie Kosciusko-Morizet. Il avait depuis été retiré. Il mettait notamment en avant le risque de l'émergence d'un espace immatériel se trouvant", de fait, sous contrôle et souveraineté étrangère".

Le CLIP : l'OS souverain français est déjà là

Depuis l'adoption de l'amendement de Delphine Batho, les critiques n'ont cessé de pleuvoir sur Internet, pointant notamment le caractère irréaliste du projet. Vouloir proposer une alternative sérieuse à Windows, iOS ou Android sur le sol français parait en effet représenter un projet démesuré. L'idée rappelle le chantier des clouds souverains qui s'est soldé par un échec politique. Le débat semble d'autant plus stérile qu'un OS souverain existe déjà. Certes il n'est pas conçu pour l'ensemble de la population. Développé par l'Agence national de la sécurité des systèmes d'informations (ANSSI), il cible l'administration et les opérateur d'importance vitale (OIV). Il s'agit d'un système d'exploitation basé sur Linux qui se veut ultra-sécurisé (via chiffrement, virtualisation...) et dessiné pour manipuler des informations sensibles.

"CLIP est conçu pour répondre en priorité à un certain nombre de cas d'usage spécifiques, en particulier ceux de postes informatiques nomades traitant simultanément des informations sensibles et non sensibles, ou de postes à l'usage des administrateurs d'un système d'information, offrant une isolation forte entre les fonctions d'administration d'une part et de consultation Internet d'autre part", explique l'ANSSI. Déjà déployé dans ces cas d'usage au sein de certaines administrations, "CLIP est en phase préliminaire de déploiement, de type preuve de concept, chez certains opérateurs d'importance vitale".

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