Secteur IT : les femmes indiennes font leur révolution

Il y a clairement des métiers d'hommes et des métiers de femmes en Inde. Mais le secteur IT fait partie, comme le monde politique, de ceux qui tendent à renverser ce clivage, les femmes peuvent s'y intégrer, évoluer et prendre des responsabilités.

« Ladies teach Ladies » (les femmes enseignent aux femmes), est un argument publicitaire souvent affiché par les auto-écoles. L'Inde et sa face moderne ne saurait faire oublier quand on y vit au quotidien que le cloisonnement homme-femme est encore profondément ancré dans les mentalités.

Dans le monde en général, toutes cultures confondues, les métiers de l'informatique attirent plus facilement la gente masculine, le chiffre de 30% de femmes y évoluant en Inde n'a donc rien de ridicule, d'autant plus qu'il est en constante progression et devrait atteindre 45% en 2010.

De fait, parmi la classe moyenne indienne, particulièrement dans les grandes villes, les parents, conscients de la réalité du marché, se posent beaucoup moins de réserves quand à l'éducation de leurs filles et pour les pousser vers des études techniques ou scientifiques. Parfois aussi l'ascenseur social fonctionne depuis le fin fond des villages.

Malathi, par exemple, 23 ans, travaille comme développeur .NET au sein d'Astergate Solutions à Chennai pour un client français. Elle est pourtant issue d'une famille très modeste d'un village de 300 habitants dans le sud de l'Inde. Elle est aujourd'hui très reconnaissante envers son père, instituteur, qui l'a poussée vers l'informatique.

Le Nasscom (Syndicat national des sociétés informatiques) s'intéresse de près à la question également car avec 1,6 millions d'emplois directs et 6 millions indirects, il est bien évident que la participation active des femmes est un facteur critique pour soutenir la croissance importante de l'activité.

Alors que la proportion des femmes occupant des postes de bas niveau est comparable à celle qu'elles représentent à la sortie des études, ce n'est plus le cas au niveau du middle et top management. Le directeur des ressources humaines de Satyam l'illustre parfaitement : « Pratiquement 55-60% de nos ingénieurs proviennent de campus où les filles représentent 21%. Pourtant cette même statistique ne se retrouve pas en haut de l'échelle où elles ne comptent plus que pour 8% ».

C'est une donnée qui inquiète un peu le syndicat qui a lancé une grande enquête qui a pour but d'aider l'industrie à améliorer la représentation des femmes dans les postes de management. Les résultats de cette enquête seront d'ailleurs présentés au NASSCOM IT Women's leadership summit qui se tient à Bangalore les 12 et 13 décembre.

Différents experts trouvent de nombreux avantages à l'accession aux postes à responsabilité pour les femmes. Outre l'adaptabilité, l'esprit d'équipe, une meilleure capacité multi-tâches et, très important ici, une plus grande fidélité au poste, on constate une amélioration des performances de leurs consoeurs moins gradées lorsque d'autres femmes sont bien représentées dans le management.

L'Inde tient à conserver et même à renforcer sa position de leader de l'IT mondial. Pour cela il faudra compter avec les femmes. D'une part pour répondre au besoin grandissant qui fait craindre un manque de 500.000 personnes en 2010, et d'autre part parce que la diversité est une clé pour la réussite dans un marché global où il faut comprendre les besoins très variés de clients d'horizons et cultures multiples.

IBM Inde, quatrième employeur du secteur, dépêche des équipes de recrutement qui vont directement dans les complexes résidentiels en périphérie des villes où s'installent les familles aisées, avec pour objectif de ramener vers l'entreprise des professionnelles devenues mères de famille. Infosys a mis au point un programme réservé aux femmes depuis 2003, permettant des connexions à domicile et travail à temps partiel. Accenture Inde propose un forum dédié aux femmes avec conseils et support spécifiques.

D'un autre côté les obstacles, comme en occident, sont le plus souvent liés à la compatibilité avec la vie familiale, et là certainement en Inde le poids de la tradition est plus contraignant, donc moins favorable à l'épanouissement d'une carrière.

Consolation toutefois, le pays se montre plus progressiste en matière d'égalité salariale avec leurs homologues masculins grâce à l'encadrement par des politiques gouvernementales et des conventions d'entreprises. Nous n'avons pas de leçon à donner en la matière, alors qu'en France un écart de 17% est constaté.

Dans les centres de BPO ouverts 24/24, souvent en périphérie de la ville, sans transport en commun la nuit, une autre problématique se profile, celle de la sécurité des employées exposées au harcèlement et aux agressions lors de leurs retours tardifs.

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