Dell n'abandonnera finalement pas ses activités en Chine

Le doute qui planait autour de la remise en cause des investissements de Dell en Chine a été levé. Microsoft et Cisco ont également trop d'intérêts en jeu dans le pays pour lui tourner le dos.

Michael Dell  devrait peut être penser à tourner plus de sept fois sa langue dans la bouche avant de confier une réflexion aussi stratégique au Premier Ministre indien. En début de semaine, les propos rapportés par Manmohan Singhpar par le quotidien indien Hindustan Times avaient fait l'effet d'une bombe.

Evoquant la discussion qu'il avait eue avec le P-DG de Dell, Manmohan Singh avait alors expliqué que le constructeur était en quête "d'un climat plus propice pour assurer le développement de son entreprise" et qu'il "était même prêt à se fournir en Inde", au détriment de la Chine, pour équiper ses ordinateurs.

Une conséquence loin d'être anodine quand on sait que les investissements annuels consacrés en composants par Dell en terre chinoise avoisine les 25 milliards de dollars. Pour autant, l'indiscrétion du Premier Ministre indien a fini par être officiellement circonscrite par Dell.

David Frink, porte-parole américain du constructeur, a ainsi remis les choses à plat en précisant que Michael Dell avait seulement discuté avec Manmohan Singh de "l'opportunité de considérer l'Inde en tant que pôle mondial de fabrication de composants, générateur d'emplois dans un contexte de croissance indienne impressionnante".

"Il n'y a eu aucune discussion sur l'origine de nos approvisionnements en composants" (Minari Shah - Dell)

Minari Shah, porte-parole indien de Dell, a enfoncé le clou dans un communiqué : "il n'y a pas eu de discussion ni sur la manière de faire de Dell, ni sur l'origine de son approvisionnement en matière de fourniture de composants en Asie".

Après le récent coup d'éclat de Google qui a annoncé la redirection de ses services chinois vers les URL hong-kongaises où la censure chinoise ne s'exerce pas, Dell aurait ainsi pu devenir le deuxième acteur IT d'envergure à remettre en question ses relations avec Pékin. Il n'en n'a donc rien été. Le constructeur, à l'instar de ses homologues Microsoft et Cisco, ayant trop d'intérêts économiques dans le pays pour lui tourner le dos.

Car à l'inverse de Google qui n'arrive pas à lutter contre la toute-puissance du moteur local Baidu, le constructeur texan est très présent en Chine. Un marché où il a vu ses ventes progresser de plus de 80% sur le trimestre écoulé, et où il équipe plus d'une start-up Internet sur deux.

Google aurait-il eu aussi peu d'état d'âme à quitter la Chine s'il y réalisait des revenus conséquents ?

Microsoft avait également pris soin de prendre les devants en annonçant dès le début du mois de mars sa décision de ne pas stopper ses activités chinoises et ce, quel que soit le choix de Google. Arguant d'un partenariat historique avec les acteurs informatiques locaux, la firme de Redmond investit dans le pays plus de 500 millions de dollars par an en R&D.

Autre acteur IT de taille à ne pas vouloir prendre la poudre d'escampette : Cisco. Le géant des réseaux, également présent en Chine depuis plusieurs décennies (25 ans), a également noué de sérieuses affinités avec les instances dirigeantes. L'américain équipe en effet les plus hautes institutions gouvernementales (commutateurs, passerelles...).

Les intérêts économiques qu'entretiennent Dell, Microsoft et Cisco avec la Chine semblent donc avoir fortement pesées dans leurs décisions de ne pas stopper leurs activités dans le pays. Mais nul doute que s'il était parvenu à tirer des bénéfices conséquents de ses activités chinoises, Google aurait certainement réfléchi à deux fois avant de tirer sa révérence.

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