Paul Hermelin (Capgemini) "Nous observons aujourd'hui une envie d'investir, même si des craintes subsistent"

''Tour d'horizon des activités et des zones géographiques qui tirent la croissance de la SSII. Paul Hermelin détaille également sa stratégie de rachats, et ses objectifs en termes de recrutement.


patrick hereng, dsi de total
Patrick Hereng, DSI de Total © JDN


Voir la seconde partie de l'interview de Paul Hermelin, avec une des questions posée par Patrick Hereng, DSI de Total, au directeur général de Capgemini. Elle porte sur le positionnement de la SSII sur le créneau du Cloud Computing public.

 

JDN Solutions. Quelles sont les activités qui tirent la croissance de Capgemini en 2011 ?


Paul Hermelin L'année 2010 a été une année de retournement. Nous y sommes entrés en situation de décroissance, pour en sortir en situation de croissance. La tendance se confirme en 2011. Notre prévision initiale de 9% ou 10% de croissance sur 2011 se déclinait entre 4 à 5 points de croissance organique et 4 à 5 points de croissance liés aux acquisitions. L'année a en fait débuté plus rapidement, autour de 12% de croissance hors effet de change. La croissance organique a également été plus rapide.

Nous avons toujours un peu d'incertitude pour le second semestre, avec des questions sur l'instabilité des monnaies ou la crise des dettes publiques. Mais, l'année a démarré sur une croissance plus rapide que prévue. Nous sommes plutôt optimistes. Parmi les activités qui portent cette croissance, nous retrouvons les marchés que l'on peut qualifier de très rapides, c'est-à-dire les marchés émergents : Brésil, Chine, Inde, et l'Asie en général. Le secteur financier galope toujours. Nous avons également observé une demande solide, notamment aux Etats-Unis, avec l'activité Projets en particulier qui enregistre une croissance de plus de 20%.

"L'émergence de la mobilité va avoir des conséquences sur les systèmes d'information"

Quant à l'Europe, elle n'est pas du tout homogène. On observe une demande de qualité en Allemagne, en Europe du Nord et Scandinavie. A l'inverse, la demande n'est pas dynamique aux Pays-Bas et en Angleterre. La France tire son épingle du jeu. Donc, c'est un marché varié, avec de nombreux signes d'optimisme.

Suite à la crise, certaines activités du groupe sont-elles encore sous pression ?

C'est une reprise nerveuse avec des décideurs qui ne sont pas tout à fait sûrs d'eux. Dans la mesure où les entreprises ont sous-investi pendant deux ans, nous observons aujourd'hui une envie d'investir. Et il y a, dans l'informatique, des percées technologiques, notamment autour de la mobilité. Aujourd'hui, tous les professionnels veulent accéder à leur système par le biais de leur smartphone. La mobilité est une vraie révolution d'aujourd'hui. Il y a 500 millions de smartphones sur la planète. Ce qui va commencer à entraîner de vraies conséquences sur les systèmes d'information.

Mais, les acteurs se demandent ce qui va se passer. Cela provient de la crainte d'une "reprise en W". Beaucoup sont nerveux. Il suffit donc de quelques mauvaises nouvelles dans les journaux pour que nos clients retiennent leur signature. C'est donc une reprise incertaine. Il y a une envie d'investir, mais est-ce que les acteurs s'autorisent à le faire ? Ce n'est pas toujours le cas.

En quoi le rachat de Prosodie illustre votre stratégie de croissance externe ?

Cette opération est très significative. En tout, Prosodie représente un millier de personnes, ce qui est relativement peu pour un groupe comme le nôtre qui compte 100 000 employés. Ce n'est pas quelque chose qui révolutionne le groupe. Mais c'est une direction importante, car Prosodie travaille à partir de solutions qu'elle développe elle-même et crée des services. Cette activité reste donc dans le domaine de la prestation de services. Il se trouve que sur ce terrain, Prosodie est positionné sur un segment important : la gestion des flux d'informations, des transactions, de la relation avec les clients, et du multicanal.

"Nous allons recruter près de 30 000 personnes sur 2011"

Ce qui est important dans cette acquisition, c'est l'apport de propriété intellectuelle et de solutions développées dans l'optique de proposer une offre de services. Nous ferons de nouvelles acquisitions en ce sens dans l'avenir, et dans des domaines nouveaux.

Quels sont vos objectifs de croissance organique et de recrutement en 2011 ?

Nous sommes sur un marché avec beaucoup de turn over. Capgemini est volontiers un premier employeur. Nous acceptons d'équilibrer l'enthousiasme des jeunes diplômés avec un accompagnement en matière de formation.

Cette année, nous allons recruter près de 30 000 personnes sur l'année 2011, ce qui est un chiffre énorme. Nous devrions probablement recruter une dizaine de milliers de personnes en Inde, et 4 700 en France. Nous recrutons donc partout. Nous embauchons en particulier de jeunes ingénieurs. Nous leur donnons une chance. Nous les formons. Beaucoup restent, mais certains profitent aussi de ce qu'ils ont appris chez nous pour partir après ailleurs. Nous devons vivre avec.

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