La vidéosurveillance à l'heure de la révolution numérique

Après les appareils photos, les réseaux et les caméras de vidéosurveillance migrent désormais vers le numérique. A la clé : une meilleure définition, des fonctions logicielles et une administration Web.

La révolution du numérique n'aura pas épargné longtemps les entreprises. Déjà convaincues par l'intérêt de la téléphonie sur IP, les constructeurs espèrent maintenant les séduire pour rénover ou s'équiper en système de vidéosurveillance IP. Objectif : remplacer les caméras analogiques par des caméras IP, équipées d'un processeur, d'une mémoire et d'un port réseau. La caméra devient ainsi un terminal informatique comme un autre...

Le marché de la vidéosurveillance fait l'actualité en raison des récentes législations et du contexte actuel propice à son extension (lutte contre la criminalité et contre le terrorisme notamment).

"Le domaine public déploie beaucoup de systèmes de vidéosurveillance parce que le ministère de l'intérieur en souhaite davantage. Ce déploiement s'accompagne d'un certain nombre de normes techniques qui obligent les collectivités à installer un système répondant à un minimum d'exigence technique", déclare Patrice Ferrant, directeur commercial pour Mobotix France.

"Dans le secteur privé, la FSA et la CNPP ont émis également de nouvelles règles qui précisent qu'une assurance peut demander à ce qu'une installation de vidéosurveillance puisse permettre de relire les enregistrements et de faire de l'identification. Or, la qualité de certaines caméras un peu ancienne ne le permet pas", ajoute le directeur commercial de Mobotix France.

Ces contraintes légales jouent en effet en faveur des caméras numérique dont les capteurs permettent d'enregistrer des images à une définition de 3 Megapixels et au delà, là où les enregistrements actuels utilisent des définitions de 0,4 à 1 Megapixels. Il est donc plus facile de traiter et de manipuler des images numériques haute définition. Mais la définition n'est pas le seul argument sur lequel le numérique joue pour séduire les entreprises.

"Nous apportons une vraie valeur ajoutée par rapport aux caméras PAL. D'abord, parce que les processeurs des caméras permettent d'embarquer du logiciel et l'intelligence qui va avec : détection des évènements, recherche des caméras en live, connexion à distance, enregistrement déclenché sur événement... Vous utilisez des architectures standards et c'est la caméra qui crée et supprime toutes les données", explique Patrice Ferrant.

Autre argument à cette automatisation croissante du système de vidéo-surveillance, la possibilité de synchroniser son parc de caméra pour regarder les enregistrements à un instant T. De même, l'investissement dans des caméras IP évite de placer un réseau câblé supplémentaire dans l'entreprise. Cependant, il faut alors placer un mécanisme de VLAN pour isoler les flux vidéos.

Plus besoin de compétences de techniciens spécialisés, juste d'informaticiens

"Il n'y a plus besoin de compétences de techniciens, mais seulement d'informaticiens. Et pour le client, les caméras IP n'imposent plus d'être derrière son écran pour regarder des enregistrements. Vous pouvez le faire depuis n'importe quel terminal mobile via Internet et une connexion 3G, WiFi ou GPRS. Enfin, avec l'informatique, on dispose d'outils de diagnostic plus efficaces en cas de dysfonctionnement", constate Saloum Fall, directeur général d'eFlag.

Un atout supplémentaire, puisqu'il est possible de confier du coup l'exploitation de son réseau de vidéo-surveillance à son prestataire SSII. Même sans l'externalisation, cette numérisation des systèmes de vidéo-surveillance crée un nouveau marché pour les sociétés de services en informatique, car outre les caméras, il faut se préoccuper de toute l'architecture qui va autour, et notamment du transport et du stockage des données issues de la vidéo.

C'est d'ailleurs sur cette partie intégration que le coût s'avère le plus important. Pour rentabiliser l'investissement, les clients se tournent donc vers des systèmes de plus en plus intelligent de reconnaissance d'images. Dans ce domaine, IBM a développé son Smart Surveillance System ou S3, logiciel d'analyse des flux de caméras numériques capables de détecter des comportements, des attitudes ou des mouvements anormaux.

Ce type de système peut alors réagir de plusieurs manières : alerter, suivre, enregistrer ou entrer en communication avec les personnes sur place. Une vidéo-surveillance plus intelligente et plus communicante donc, mais qui mise plus sur la qualité et la précision que les systèmes traditionnels.

Cette qualité n'est pas sans avoir d'impact sur le stockage. "Il faut compter en moyenne 3 Go de données produites par jour, et jusqu'à 20 Go en 1 semaine. Mais la loi ne vous autorise de toute façon pas à sauvegarder des données sur plus de 7 jours. Généralement, les clients stockent tous les enregistrements de la journée sur la caméra, et les déportent le soir sur un serveur central", affirme Patrice Ferrant de Mobotix France.

Coté sécurité, les caméras IP ont également mis le paquet. Accès sous réserve d'authentification au système d'information, signature numérique des enregistrements par la caméra, protections contre les modifications / altérations des images, et vérification aléatoire de l'authenticité des enregistrements.

Tout est réuni pour séduire les grands comptes comme les moyennes entreprises. Les prix, encore élevés, pourraient encore avoir raison de la volonté des petites entreprises.

Selon le cabinet d'études ABI Research, le marché des logiciels de vidéo-surveillance est promis à un bel avenir. De 245 millions de dollars aujourd'hui, ce marché pourrait atteindre 900 millions de dollars à l'horizon 2013. Et selon une étude IMS Research, le marché des caméras numérique devrait progresser de 40% par an d'ici à 2011.

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