Michael Chaize (Adobe) "Les développeurs ne sont pas prêts pour un IDE 100% cloud"

Adobe a annoncé l'arrêt de la commercialisation de ses logiciels en boîte. Il opte pour un modèle par abonnement inspiré du cloud. Le point sur les dessous de ce virage stratégique.

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Michael Chaize est évangéliste Creative Cloud chez Adobe Systems. © Adobe

JDN. Il semble que le terme Cloud de votre nouvelle offre Creative Cloud ait semé le trouble chez certains de vos clients ?

Michael Chaize. Le terme cloud est effectivement un terme connoté. Nos clients pour la plupart des créatifs ont pu prendre peur face à la mise en avant de cette notion. Ce qui a généré plusieurs mythes. Il faut bien comprendre que tous les logiciels de l'offre Creative Cloud s'installent et s'exécutent en local : Photoshop, Illustrator, Acrobat, Premiere, After Effects... C'est également le cas de nos environnements de développement, notamment Dreamweaver. Mais aussi la suite Edge : Edge Reflow pour le responsive web design, Edge Animate pour la création d'animation en HTML5, ainsi que l'éditeur CSS/HTML Edge Code.

La principale évolution se situe finalement dans le mode de tarification de nos offres qui passent par abonnement. Pour 49 euros par mois, hors taxes, et 35 euros HT pour nos clients actuels, nous offrons l'ensemble de nos applications. Mais pas seulement, puisque nous proposons aussi de nombreux services associés qui, eux, sont effectivement en mode hébergé. Nous demandons simplement aux clients qu'ils se connectent à notre site une fois par mois, pour valider leur abonnement, ou sous un délais maximum de 99 jours.

Notez que nous proposons aussi des offres par produit. Mais nous constatons que 80% des clients de Creative Cloud ont opté pour l'offre globale.

"Nous proposons un Dropbox pro orienté créatifs"

Aux côtés de vos logiciels que les clients continueront à installer en local, quels sont justement les nouveaux services que vous proposez en mode cloud cette fois ?

Avec Creative Cloud, plusieurs services additionnels sont disponibles en ligne aux côtés de tous nos logiciels : un espace de stockage et partage de fichiers, avec une capacité de 20Go, un dispositif de gestion des versions de document, la possibilité d'associer des commentaires aux fichiers... Naturellement, tous nos formats sont supportés, et sont lisibles via un navigateur. Il est possible d'utiliser cet espace collaboratif pour échanger avec des partenaires, ou ses clients qui pourront accéder aux contenus que vous souhaitez leur soumettre et vous envoyer des commentaires. Le tout sans avoir à s'abonner. Bref, c'est une sorte de Dropbox pro orienté créatifs.

Nous proposons aussi un réseau social pour les créatifs à travers Behance, que nous avons acquis fin 2012. Il regroupe 1 million de membres : des graphistes, photographes, monteurs, mais aussi des développeurs web. Il permet de partager ses créations, recueillir des commentaires. Il intègre un service de portfolio payant, accessible via l'offre Creative Cloud, pour promouvoir son travail au sein de la communauté. En matière de ressources de travail, l'abonnement Creative Cloud donne aussi accès à notre bibliothèque de polices de caractères en ligne Typekit. Enfin, nous avons lancé une offre de formations vidéo couvrant l'ensemble de nos logiciels, accessible via l'onglet "Apprendre" sur Creative Cloud.

Et qu'en est-il sur le front des environnements de développement ?

En matière de développement mobile, nous tirons également parti du cloud pour Adobe PhoneGap Build. Il s'agit d'un service de compilation d'applications mobiles en mode hébergé reposant sur l'environnement de développement multi-plateforme PhoneGap. Il évite d'avoir à installer les piles nécessaires pour cibler les principaux OS mobiles : XCode pour iOS, Eclipse et l'Android SDK pour Android... Nous avons cherché à simplifier au maximum l'utilisation de ce service. En sortie, le développeur flashe un QR Code avec le terminal, tablette ou smartphone, sur lequel il souhaite tester son travail. PhoneGap Build pousse ensuite un lien pour installer l'application.

"Nous prévoyons d'ouvrir les API de Creative Cloud à des partenaires"

Prenez-vous en compte la dimension du Bring Your Own Device ?

Creative Cloud permet d'installer ses logiciels sur deux machines. Ce qui permet de répliquer son environnement de travail sur un terminal personnel par exemple. Les services de stockage en ligne complètent l'édifice en synchronisant tous les travaux entre les deux postes.  

Pourriez-vous vous orienter vers un environnement de développement web qui serait disponible uniquement en mode cloud ?

Techniquement, c'est tout à fait possible. Nous pourrions même nous orienter très rapidement dans cette voie. Edge Code qui est issu du projet open source Brackets est écrit en HTML, CSS et JavaScript [NDLR Edge : Adobe veut réinventer le développement Web]. Cet éditeur de code est par conséquent déjà conçu pour fonctionner en mode hébergé. Mais, les développeurs demeurent encore attachés au modèle de l'environnement déconnecté, en dehors du navigateur. Du côté de solutions comme Photoshop en revanche, nous n'en sommes pas là techniquement.

Pensez-vous aller dans l'avenir jusqu'à gérer le déploiement d'applications sur un cloud ?

Par le biais du service Business Catalyst fourni dans Creative Cloud, il est possible en quelques clics d'héberger chez nous un site associé à un nom de domaine. Pour aller plus loin, nous souhaitons dans l'avenir ouvrir Creative Cloud à des partenaires via des API. L'idée est de permettre par exemple à des clouds publics de s'intégrer à notre plate-forme. Des clients communs pourraient ainsi appeler des contenus stockés sur Creative Cloud depuis leur espace sur un cloud public, ou synchroniser les deux comptes.

Le 17 juin, nous lancerons officiellement notre nouvelle suite CC. Notre système de stockage en ligne sera alors plus directement accessible depuis nos applications Creative Cloud. Nous l'enrichirons également d'un répertoire en ligne, équivalent à la technologie Dropbox, visible à la manière d'un répertoire local. Mais, il sera toujours possible d'enregistrer ces fichiers sur sa machine. Nous voulons laisser les clients libres de choisir. Nous avons montré à Adobe MAX que le Cloud permettra un jour d'exécuter des algorithmes comme le filtre de réduction du flou de Photoshop. Ce filtre permet de retrouver la trace d'un mouvement ayant rendu une photo floue lors de la prise de vue, et de revenir en arrière pour rendre l'image nette. Il sera disponible dans Photoshop CC le 17 Juin, côté client. Mais on pourra l'imaginer un jour sur tablette en l'exécutant dans le cloud car l'algorithme sous-jacent nécessite une puissance de calcul trop importante pour s'exécuter sur un mobile.

Le 11 juin à partir de 10h, Adobe organise un événement à Paris pour faire le point sur sa nouvelle stratégie, et répondre à toutes les questions de son écosystème de clients français. Cet événement sera retransmis en vidéo sur le web à cette adresse.

Michael Chaize est évangéliste Creative Cloud chez Adobe Systems.

Adobe / Flash

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