Blockchain : définition et application de la techno derrière le bitcoin

Blockchain : définition et application de la techno derrière le bitcoin La blockchain fait partie des technologies à surveiller dans les années à venir. Elle pourrait révolutionner plusieurs secteurs de l'économie, à commencer par la banque et l'assurance.

[Mise à jour le 19 juin 2018 à 10h57]  Un accélérateur dédié aux start-up de la blockchain, Chain Accelerator, a été officiellement inauguré dans les locaux de Station F le 18 juin 2018. Cette structure offre aux jeunes sociétés un éventail de services allant du prototypage technique, au développement du business en passant par l'accompagnement d'ICO. Une dizaine de partenaires apporteront leurs expertises aux start-up tels que Havas Blockchain, Ledger, Alto Avocats, Pôle Léonard de Vinci ou encore l'Association française de gestion des cryptomonnaies (AFGC). Chain Accelerator met également à disposition des jeunes pousses un réseau de 30 mentors internationaux dont le président d'Hyperloop Transportations Bibop Gresta, le directeur des partenariats AR/VR de Facebook Edgar Auslander ou encore la directrice de l'innovation de HSBC Diana Biggs. 

 La blockchain est le nouveau buzzword dans le monde des technologies. Tous les secteurs commencent à plancher sur des cas d'usages concrets mais peu d'acteurs peuvent se targuer d'avoir mis au point des solutions révolutionnaires. Pour cause : la technologie blockchain est encore très complexe à appréhender.  

Définition de la blockchain

La blockchain (dont la traduction en français est chaîne de blocs) est une technologie qui permet de stocker et transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. Elle ressemble à une grande base de données qui contient l'historique de tous les échanges réalisés entre ses utilisateurs depuis sa création. La blockchain peut être utilisée de trois façons : pour du transfert d'actifs (monnaie, titres, actions…), pour une meilleure traçabilité d'actifs et produits et pour exécuter automatiquement des contrats (des "smart contracts").

Infographie issue du livre blanc "Comprendre la blockchain". © U Change

La grande particularité de la blockchain est son architecture décentralisée, c'est-à-dire qu'elle n'est pas hébergée par un serveur unique mais par une partie des utilisateurs. Il n'y a aucun intermédiaire pour que chacun puisse vérifier lui-même la validité de la chaîne. Les informations contenues dans les blocs (transactions, titres de propriétés, contrats…) sont protégées par des procédés cryptographiques qui empêchent les utilisateurs de les modifier a posteriori. 

La blockchain bitcoin

Le bitcoin est le cas d'usage le plus connu de la blockchain. Il a été créé en 2008 par un inconnu dont le pseudonyme est Satoshi Nakamoto. Il désigne à la fois un protocole de paiement sécurisé et anonyme et une crypto-monnaie. N'importe qui peut accéder à cette blockchain (elle est publique, donc ouverte à tous) et donc utiliser des bitcoins. Pour ce faire, il suffit de créer un portefeuille virtuel, téléchargeable sur les stores d'applications. La crypto-monnaie permet d'acheter des biens et services et peut être échangée contre d'autres devises.

Certaines plateformes proposent la conversion de dollars, euros ou yuans en bitcoins. C'est le cas de Paymium, une entreprise française qui permet d'échanger des bitcoins contre des euros. Le bitcoin a un cours très volatile. Il peut augmenter ou diminuer de 20% en seulement deux jours. Cette volatilité est liée à la forte spéculation autour de cette monnaie et à l'absence d'une autorité régulatrice. Début décembre 2017, le cours du bitcoin a dépassé pour la première fois les 15 000 dollars. Il a augmenté de plus 1000% sur l'année 2017. Face à cette envolée, l'Autorité des marchés financiers  (AMF) et l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) ont mis en garde les investisseurs sur les risques liés à l'achats de bitcoins. "Cette valorisation peut aussi bien s'effondrer de la même manière. L'achat/vente et l'investissement en bitcoin s'effectuent à ce jour en dehors de tout marché réglementé. Les investisseurs s'exposent par conséquent à des risques de perte très élevés en cas de correction à la baisse et ne bénéficient d'aucune garantie ni protection du capital investi", indique les deux régulateurs dans un communiqué. Ces derniers seraient de plus en plus sollicités par des épargnants à ce sujet. via leurs centres d'appels. Au Japon, le bitcoin  a été reconnu comme moyen de paiement légal le 1er avril 2017. La capitalisation de la première crypto-monnaie a atteint 191 milliards de dollars en novembre 2017.

La blockchain Ethereum

La blockchain Ethereum est devenue aussi populaire que le bitcoin. Créée en 2014, Ethereum utilise aussi sa propre crypto-monnaie : l'ether. Son cours est moins élevé (environ 700 dollars début mars 2018) que celui du bitcoin mais sa capitalisation a atteint 66 milliards de dollars en mars 2018.

Début mars 2018, le cours du bitcoin est repassé sous la barre des 10 000 dollars. © Capture d'écran JDN

Contrairement au bitcoin, qui permet seulement d'effectuer des transactions simples (principalement des paiements), l'Ethereum va plus loin. Il permet de faire tourner des "smart contract", des programmes autonomes qui exécutent automatiquement des actions validées au préalable par les parties prenantes. L'Ethereum et ces contrats intelligents intéressent les acteurs de la banque et assurance mais aussi les professions juridiques. Ces acteurs pourront à l'avenir certifier des transferts de propriété de manière plus sécurisée ou encore verser automatiquement des indemnités. Axa a été le premier assureur à sortir une assurance basée sur la blockchain. En septembre 2017, il a lancé une assurance automatisée pour les retards de vol d'avion.  Basée sur la blockchain Ethereum, cette assurance est en fait un "smart contract", un contrat intelligent qui déclenche un remboursement automatique une fois que le retard a été constaté.  Cette offre baptisée Fizzy a été développée avec la start-up Utocat, qui édite  une plateforme pour accélérer la conception de prototypes blockchain.

Côté banques, de nombreuses projets sont en cours.  Par exemple, UBS et IBM  ont lancé une initiative qui vise à concevoir une plateforme de trade finance basée sur la blockchain. Baptisée Batavia, cette technologie permettrait aux banques et à leurs clients d'automatiser ce processus qui est encore très manuel et réalisée sur du papier. Concrètement, Batavia permettra de traquer une transaction du départ de la marchandise jusqu'à son arrivée au port de destination. Un pilote devrait voir le jour au premier trimestre 2018.  Autre exemple : le Crédit Agricole expérimente la blockchain pour les transferts d'argent de leurs clients transfrontaliers, via le protocole Ripple. Les clients concernés pourront transférer leur salaire en francs suisses vers leur compte bancaire français en quelques minutes au lieu de trois jours actuellement. Cette opération pourra être effectuée via une application mobile. La blockchain permettra également de régler des transactions en temps réel, d'avoir une "plus grande transparence du taux de change appliqué à l'opération et la réduction des coûts structurels", selon un communiqué de la banque. Le test durera six mois avant de se généraliser sur l'ensemble du territoire français. 

D'autres industries expérimentent  la blockchain, comme Boeing. Le constructeur américain a déposé une demande de brevet pour un système basé sur la blockchain qui permettrait de renforcer les systèmes GPS des avions. La demande publiée le 14 décembre dernier par l'Office américain des brevets mentionne un "système GPS embarqué de secours et anti-spoofing (usurpation de localisation GPS)" qui pourrait être utilisé en cas de dysfonctionnement du système principal d'un avion.  

Blockchain privée versus blockchain publique

Ce qui différencie la blockchain privée de la blockchain publique est son degré d'ouverture. La blockchain publique peut être consultée et utilisée par tout le monde. Chacun peut lui envoyer des transactions et s'attendre à ce qu'elles soient enregistrées dans le registre (si elles respectent les règles de cette blockchain). C'est le cas des blockchain Bitcoin et Ethereum. Dans la blockchain privée, une organisation peut modifier le protocole quand il le souhaite. Personne ne peut y participer sans être autorisé mais tout le monde peut la consulter. Les blockchains privées sont beaucoup utilisées par les entreprises pour expérimenter en interne. Elles peuvent aussi permettre de raccorder différents systèmes d'information qui ne se parlent pas bien au sein d'une même organisation. Il existe également la blockchain "permissionned" dans laquelle une entité a l'autorité de contrôle sur le réseau. C'est le cas apr exemple de la blockchain Rippe car c'est une start-up (du même nom) qui détermine qui peut valider les transactions sur le réseau.

Les blockchains de consortium

La blockchain "de consortium" regroupe plusieurs acteurs qui possèdent des droits et les décisions sont prises par la majorité des acteurs. Par exemple, une dizaine d'institutions financières pourraient se mettre d'accord et organiser une blockchain dans laquelle un bloc devrait être approuvé par au moins 8 d'entre elles pour être valide. C'est donc très différent de la blockchain privée et de la blockchain publique. Non seulement les participants au processus d'approbation sont limités et sélectionnés, mais ce n'est plus la règle de la majorité qui s'impose. Cette blockchain hybride est un véritable avantage pour les acteurs du secteur financier car ils opèrent dans des environnements réglementés et sont notamment obligés de connaître l'identité des participants (ce qui n'est pas le cas dans la blockchain publique). Le consortium de blockchain le plus connu est R3. Il compte environ 100 institutions financières dont BNP Paribas. En mai 2017, il a levé 107 millions d'euros.

Cadre juridique de la blockchain en France

En France, la blockchain a une définition légale depuis l'ordonnance d'avril 2017 relative aux bons de caisse dans le cadre de la création des titres émis par une entreprise en contrepartie d'un prêt accordé sur une plateforme de crowdfunding. Cette ordonnance modifie l'article L 223-12 du code monétaire et financier qui vient définir la blockchain comme un "dispositif d'enregistrement électronique partagé permettant l'authentification d'opérations sur titres spécifiques, destinés à être échangés sur les plateformes de financement participatif : les minibons".  

Le conseil des ministres a adopté début décembre 2017 une ordonnance permettant le transfert de propriété de certains titres financiers via la blockchain. C'est une première en Europe. "L'utilisation de cette technologie permettra aux fintech et aux autres acteurs financiers d'offrir de nouvelles solutions pour les échanges de titres, des solutions plus rapides, moins chères, plus transparentes et plus sûres", s'est réjouit le ministre de l'Economie et des finances, Bruno Le Maire. Un décret en conseil d'Etat devra préciser les conditions d'utilisation de la blockchain dans ce cadre précis, tout comme les conditions de nantissement des titres.

Le texte, rédigé par la direction générale du Trésor propose des ajustements sur certains articles du code monétaire et financier, à savoir que certains titres financiers peuvent être inscrits sur la blockchain (et pas seulement sur des comptes-titres). Cette orientation répond aux attentes des start-up de la blockchain qui avaient confié au JDN ne pas vouloir une réglementation trop lourde.  Il propose également de créer deux nouveaux articles dans le code monétaire et financier. Le premier précise quels titres financiers pourront être inscrits dans la blockchain : les titres de créance négociables, les parts ou actions d'organismes de placement collectif, les titres de capital émis par les sociétés par actions et les titres de créance autres que les titres de créance négociables "à condition qu'ils ne soient pas négociés sur une plateforme de négociation." Le deuxième article indique que ces titres seront régis par la loi française "lorsque le siège social de l'émetteur est situé en France ou que l'émission est régie par droit français."

En parallèle, l'Assemblée nationale a lancé début 2018 une mission d'information sur la blockchain, composée de 17 membres issus de trois commissions permanentes (affaires économiques, finances et lois). Cette mission a été initiée par la députée de l'Eure-et-Loir LR Laure de La Raudière, connue pour son engagement dans les sujets relatifs au numérique. Cette dernière est co-rapporteuse avec le député de la Loire LREM Jean-Michel Mis. La présidence est confiée à Julien Aubert, député LR du Vaucluse. 

De son côté, l'Union européenne a lancé un observatoire et un forum dédiés à la blockchain en partenariat avec le start-up studio ConsenSys, créé en 2014 par le cofondateur d'Ethereum, Joseph Lubin. "Je vois la blockchain comme un changement important et je souhaite que l'Europe soit à la pointe de son développement. Nous devons mettre en place un environnement favorable – un marché unique numérique pour la blockchain afin que tous les citoyens puissent en bénéficier, au lieu d'une mosaïque d'initiatives. L'Observatoire et le Forum de la Blockchain de l'UE est un pas important dans cette direction.", a déclaré Mariya Gabriel, commissaire européenne à l'Economie et à la Société numérique.  La Commission européenne financera également des projets blockchain à hauteur de 340 millions d'euros jusqu'en 2020.

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