Daniel Chang (Nuwa Robotics) "Des utilisateurs sans compétences en programmation peuvent créer des scénarios d'interaction avec les robots Nuwa Robotics"
Fondée en 2016 à Taïwan, Nuwa Robotics est un acteur majeur de la robotique sociale et de l'intelligence artificielle en Asie. L'entreprise a déjà déployé plus de 100 000 robots, dont son modèle Kebbi, dans les secteurs de l'éducation, de la santé, du commerce de détail et de l'hôtellerie.
Nuwa Robotics développe à la fois des plateformes robotiques, des solutions logicielles basées sur l'IA et, désormais, des robots humanoïdes destinés, dans un premier temps, au secteur industriel. Nous avons rencontré Daniel Chang, directeur des opérations (COO) de l'entreprise, qui revient sur la stratégie de NUWA Robotics et sur les ambitions de Taïwan en matière de robotique humanoïde.
Qu’est-ce qui distingue NUWA Robotics de ses concurrents ?
Ce qui distingue NUWA Robotics, c'est son approche centrée sur l'interaction humain-robot. Alors que beaucoup de fabricants privilégient les performances mécaniques ou l'exécution de tâches, nous avons choisi de mettre l'accent sur la combinaison de mouvements naturels et d'une conversation fluide. Cette orientation découle directement de nos origines dans le secteur de l'éducation. Au fil des années, nous avons développé une expertise dans les interactions entre les utilisateurs et les robots. Nos solutions intègrent des gestes expressifs et des expressions faciales animées, qui favorisent la création d'un lien émotionnel avec les utilisateurs.
Vous ne développez pas seulement des robots, mais aussi une plateforme logicielle. Quel rôle joue-t-elle dans votre stratégie ?
Notre plateforme logicielle est proposée sur le modèle Robot-as-a-Service (RaaS). Elle permet à des utilisateurs sans compétences particulières en programmation de créer des scénarios d'interaction, des flux de travail ou des dialogues pour les robots. Notre objectif est de proposer une solution complète associant matériel et logiciel, afin que les entreprises puissent déployer rapidement des applications robotiques adaptées à leurs besoins.
Vous investissez désormais dans les robots humanoïdes. Pourquoi ce choix stratégique ?
Nous sommes convaincus que les robots humanoïdes représentent une tendance de fond. Le monde ayant été conçu pour les humains, les robots à forme humaine sont naturellement les mieux adaptés à nos environnements. Cependant, leur déploiement à grande échelle reste encore lointain. Avant qu'ils puissent contribuer significativement à la productivité, plusieurs défis technologiques et économiques doivent encore être relevés. C'est pourquoi nous continuons à développer parallèlement des robots semi-humanoïdes, des robots d'assistance et des robots industriels. Ces solutions sont aujourd'hui plus matures, plus abordables et plus faciles à déployer dans des cas d'usage concrets. Pour nous, il ne s'agit pas de choisir entre robots humanoïdes et robots spécialisés. Les deux approches vont coexister et progresser en parallèle, chacune répondant à des besoins différents du marché.
A quel stade de développement se trouve votre robot humanoïde et quels usages ciblez-vous ?
Nous concentrons actuellement nos efforts sur les applications industrielles. Selon nous, et selon une grande partie du secteur, les premiers déploiements massifs de robots humanoïdes auront lieu dans les usines, avant de s'étendre à la logistique, aux services puis, à plus long terme, au marché domestique. Les environnements industriels présentent des tâches plus standardisées et faciles à reproduire à grande échelle. Ils offrent également un retour sur investissement plus facilement mesurable pour les entreprises, même lorsque le coût initial du robot demeure élevé. A l'inverse, les marchés des services ou du grand public sont beaucoup plus sensibles au prix, ce qui rend leur adoption plus complexe à court terme.
Avez-vous déjà des clients pour ces robots humanoïdes ?
Oui. Nous travaillons déjà avec des clients et sommes actuellement en phase de preuve de concept.
Taïwan peut-il devenir un leader mondial de la robotique humanoïde et de l'IA physique ?
Nous ne prétendons pas que Taïwan sera l'unique leader mondial du secteur, mais nous sommes convaincus qu'il figurera parmi les pays les plus avancés dans le développement des robots humanoïdes. L'île dispose d'atouts rares : une industrie des semi-conducteurs de premier plan, une expertise solide en intelligence artificielle et une longue expérience dans l'intégration de systèmes complexes. L'île dispose également d'une chaîne d'approvisionnement particulièrement complète et bénéficie d'un soutien actif des pouvoirs publics. Chez NUWA, l'essentiel de la recherche et du développement est réalisé à Taïwan. Nous développons nous-mêmes une grande partie des technologies utilisées dans nos robots. Nous collaborons encore avec certains partenaires chinois dans des domaines spécifiques, notamment le traitement de la voix ou certaines briques technologiques, mais notre ambition est de localiser progressivement l'ensemble des composants stratégiques, matériels comme logiciels, au sein de l'écosystème taïwanais.
Vous n’êtes pas encore présents en Europe. Cela peut-il évoluer ?
Depuis la création de l'entreprise, nous avons adopté une stratégie internationale. Nos clients sont présents à Taïwan, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour, à Hong Kong et aux Etats-Unis. L'Europe représente aujourd'hui un marché où notre présence est limitée, principalement en raison d'un manque de partenaires locaux. Cependant, nous souhaitons clairement nous y développer dans les années à venir. Notre expansion suit une trajectoire allant de l'Asie vers les marchés occidentaux.