Etre gentil au travail ne paie pas, pour avoir un meilleur salaire, mieux vaut être méchant
Dans le monde du travail, la gentillesse ne paie pas. Cette affirmation, qui peut paraître cynique, trouve désormais un appui scientifique solide. Une étude d'envergure publiée en 2023 a analysé vingt ans de travail de recherche sur les comportements au travail et la rémunération, révélant des conclusions qui bousculent les idées reçues sur les qualités professionnelles valorisées.
L'étude "The Big Five personality traits and earnings: A meta-analysis" démontre une association négative et statistiquement significative entre l'amabilité et les revenus personnels. Concrètement, plus une personne fait preuve de gentillesse, de chaleur et de sensibilité envers les autres, plus ses revenus tendent à être faibles.
Selon les chercheurs, cette tendance s'explique notamment par le fait que l'amabilité oriente les individus vers des métiers de soins, qui offrent traditionnellement des salaires inférieurs à la moyenne. Cette différence est particulièrement marquée dans les pays anglo-saxons comme l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, où la nature plus compétitive des marchés du travail pénalise davantage ce trait de personnalité.

Mais une autre étude, "Do Nice Guys and Gals Really Finish Last?", menée par les universités de Cornell, Western Ontario et Notre Dame, montre qu'il y a de fortes écarts de rémunérations entre collègues gentils et méchants.
Les hommes désagréables gagnent en moyenne 18% de plus que leurs collègues masculins gentils, soit une différence annuelle d'environ 10 000 dollars. Chez les femmes, l'écart reste significatif mais moins prononcé, avec 5% de différence en faveur des moins aimables, représentant environ 1 800 dollars par an.
Selon les chercheurs, cette différence entre hommes et femmes s'explique par les stéréotypes de genre profondément ancrés dans le monde du travail. Les hommes aimables sont doublement pénalisés : d'une part par l'association négative générale entre gentillesse et revenus, d'autre part parce qu'ils défient les attentes masculines traditionnelles de fermeté.
Les hommes désagréables bénéficient également de leur tendance à se montrer plus pugnaces lors des négociations salariales, n'hésitant pas à réclamer des augmentations là où leurs collègues plus aimables préfèrent éviter la confrontation.
L'analyse des autres traits de personnalité révèle des tendances contrastées. L'ouverture d'esprit, associée à la créativité et à la curiosité, montre une corrélation positive avec les revenus. Assez logiquement, les personnes contentieuses sont également mieux payées, tout comme celles extraverties.
En revanche, le névrosisme, marqué par l'anxiété et l'instabilité émotionnelle, est négativement corrélé aux revenus. Ces recherches soulèvent des questions importantes sur les valeurs réellement récompensées dans l'environnement professionnel contemporain.