Mark Zuckerberg, dictateur du 21ème siècle

Mark Zuckerberg, dictateur du 21ème siècle Le Département de la Justice, la SEC et le FBI américain enquêtent sur la façon dont le réseau social a partagé ses données avec Cambridge Analytica. Le jeune patron reconnaît ses erreurs, mais ses actionnaires commencent à se rebeller contre son omnipotence et réclament son départ.

Mark Zuckerberg pensait avoir fait le plus dur, lorsqu'il avait affronté les questions du Congrès américain puis du Parlement européen, lui qui fuit au maximum les allocutions publiques. Il avait humblement présenté ses excuses, plaidé l'ignorance sur les raisons pour lesquelles ses partenaires cherchaient à obtenir des données d'utilisateurs, et promis de revenir bien vite vers les législateurs avec des réponses et des mesures concrètes. Mais le patron fondateur du plus important réseau social au monde, avec 2,2 milliards d'utilisateurs, est bien moins innocent qu'il ne le montre, et a seulement réussi à ménager ses arrières en jouant le dirigeant dépassé par sa propre croissance.

Mais il commence à être rattrapé par les autorités, comme en témoigne la révélation du Washington Post, selon laquelle le Département de la Justice, la SEC et le FBI ont désormais rejoint la Federal trade Commission pour enquêter sur les agissements de Facebook, et la manière dont il a partagé ses données avec Cambridge Analytica, la firme accusée de les avoir utilisées pour favoriser le candidat Trump dans l'élection présidentielle US, avec la Russie en toile de fond. Facebook a toujours indiqué ne pas avoir su que ces données étaient obtenues pour des fins commerciales, et non académiques. Et il leur a simplement demandé de les supprimer et de ne pas recommencer, avant de suspendre 200 applications avec des parties tierces, mais aussi de restreindre les accès des développeurs de Facebook et de sa filiale Instagram.

"La structure actionnariale qui lui donne trop de pouvoir"

Face à ce scandale majeur, Mark Zuckerberg n'a pourtant jamais dévié de son discours : apporter une connexion aux zones les plus reculées du monde et un modèle gratuit, financé par la publicité. Derrière cela, l'ambition de devenir un monopole de l'information dans le monde, aussi puissant qu'un Etat sans subir aucune de ses règles. Ce projet s'est caractérisé par des acquisitions majeures, comme Instagram pour 1 milliard de dollars en 2012, et surtout Whatsapp racheté 19 milliards de dollars deux ans plus tard. Et s'il s'est adjoint les services d'une COO dévouée avec Sheryl Sandberg, Mark Zuckerberg est bien celui qui prend toutes les décisions puisqu'il détient, avec la double classe d'actions, la majorité des droits de vote du groupe basé à Menlo Park.

Mais ce manque de considération pour des éléments aussi sensibles que la manipulation des données personnelles, qui empiète aujourd'hui sur le fonctionnement même de la démocratie citoyenne, risque d'avoir de graves conséquences pour ce trentenaire, un temps pressenti comme futur candidat présidentiel. En témoigne l'agitation au sein même des actionnaires de Facebook : selon une enquête de Business Insider il y a quelques jours, des actionnaires représentant 3 milliards de dollars d'actions, soit 51% des titres hors ceux du CEO, se sont révoltés contre Mark Zuckerberg, réclamant le départ de celui que certains n'hésitent pas appeler un "dictateur", et un changement de la structure actionnariale qui lui donne trop de pouvoir.

"Il n'est responsable auprès de personne (…) Il est son propre patron, et cela n'a clairement pas fonctionné", plaide Michael Frerichs, trésorier de l'Etat de l'Illinois et actionnaire, tandis que d'autres regrettent le "manque de place pour le désaccord". Patrick Doherty, directeur de la corporate gouvernance au contrôleur de l'Etat de New York enfonce le clou : "l'idée qu'il devrait y avoir un autocrate en charge d'une société cotée gigantesque, qui a des milliards investis chez elle, est un anachronisme. Cela ramène au 19ème siècle, à ces barons du caoutchouc qui étaient des autocrates et des dictateurs".

Article originel  d'Anne-Laure Peytavin publié sur WanSquare le 03/07/2018.

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