La course mondiale à la mobilité durable est lancée : quel rôle l'Europe veut-elle jouer ?

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La Chine et les États-Unis avancent rapidement vers une mobilité durable avec des stratégies puissantes et bien définies. L'Europe, malgré ses atouts, reste freinée.

La course mondiale vers la mobilité durable est bel et bien engagée. Les lignes bougent, les modèles évoluent, les puissances s’affirment. La Chine et les États-Unis avancent à grande vitesse, chacun selon une logique propre. Qu’en est-il de l’Europe ? Sera-t-elle un acteur stratégique ou un simple terrain de jeu pour d’autres ?

Chine et États-Unis : deux superpuissances en mouvement

La Chine avance avec méthode et puissance. Son modèle est systémique, intégrant déploiement massif de smart cities, plateformes de MaaS, hubs logistiques et mobilité 100% électrique. Pékin n’hésite pas à user d’une diplomatie industrielle offensive, en nouant des partenariats stratégiques avec des groupes européens, à l’image du projet Renault-Geely.

Ses champions industriels ne se contentent plus du marché domestique : ils conquièrent le monde. En 2025, CATL et BYD contrôlent ensemble 69% du marché mondial des batteries électriques. Avec 63% des ventes mondiales de véhicules électriques en 2024, la Chine affirme un leadership écrasant. Son avance industrielle s’accompagne d’initiatives stratégiques en Europe, avec des projets d’usines et de technologies de battery swapping.

Les États-Unis, quant à eux, ont choisi un autre chemin : celui de l’autonomie technologique. Leur stratégie repose sur une puissance d’investissement inédite, à travers l’Inflation Reduction Act (370 milliards de dollars) et le CHIPS Act (52 milliards pour les semi-conducteurs). C’est un modèle libéral, pragmatique, où les géants privés comme Tesla, Nvidia, Google ou encore Amazon, jouent un rôle central.

Les mobilités autonomes se développent rapidement (robotaxis Waymo, Cruise), l’IA générative devient un levier de transformation et les États fédérés mènent une compétition féroce pour attirer usines et talents. L’ambition est claire : relocaliser, sécuriser, et rester leader mondial des technologies de rupture.

Alors que la Chine et les États-Unis tracent leur route avec détermination, l’Europe, malgré ses atouts, semble hésiter sur la direction à prendre.

Europe : talents, ambitions… et fragmentation

L’Europe a des atouts considérables : talents, centres de recherche, acteurs industriels d’excellence, mais elle souffre d’un manque de coordination, de stratégies court-termistes, d’initiatives locales peu interopérables. Ses plateformes MaaS ne communiquent pas entre elles, ses données sont cloisonnées et ses hubs multimodaux peinent à émerger.

Elle reste dépendante technologiquement de l’Asie, notamment pour les batteries, le cloud et les semi-conducteurs. Malgré une volonté politique affichée avec le Pacte Vert ou la fin annoncéedes moteurs thermiques en 2035, l’industrialisation de l’innovation reste lente.

Ce constat appelle à une remise en question profonde : pour ne pas rester à la traîne, l’Europe doit transformer ses faiblesses en leviers d’action. Pour ne pas rester spectatrice, elle doit passer à l’action en définissant une vision claire des mobilités fondée sur les usages, l’éthique et ses valeurs. Il ne s’agit pas de copier les modèles chinois ou américains, mais de bâtir un futur propre à nos attentes collectives.

Cela implique de concevoir une stratégie industrielle intégrée, en clarifiant la gouvernance européenne, en unissant les forces disponibles et en évitant la dispersion des initiatives. L’Europe doit se penser comme un tout, au-delà des frontières.

Les efforts de recherche, de développement et d’investissement doivent être mutualisés. Cela suppose la standardisation des plateformes, le partage des données et la création de synergies industrielles à l’échelle du continent.

Il est également essentiel de soutenir l’innovation et les talents, en orientant les financements vers des initiatives agiles portées par les ingénieurs, les PME et les chercheurs. Nous devons encourager l’expérimentation, simplifier l’accès aux aides et valoriser la culture du test & learn pour valoriser l'innovation agile et frugale.

Enfin, nous devons anticiper les besoins à venir et sécuriser l’indépendance stratégique en rénovant des infrastructures, planifiant des investissements et maîtrisant des approvisionnements critiques. Adoptons une vision de long terme, à la fois lucide et ambitieuse !

L’Europe ne manque ni de talents, ni d’atouts. Ce qui lui fait défaut, c’est une stratégie industrielle claire, intégrée, fondée sur ses propres valeurs. Elle ne doit ni imiter la Chine, ni suivre les États-Unis mais inventer sa propre voie, éthique, interopérable, ambitieuse en restant connectée au reste du monde.

Pour devenir un joueur majeur, elle doit allier excellence technologique, agilité stratégique etmutualisation continentale.

Dans la mobilité du futur, il ne suffit pas d’avoir de bons ingénieurs : il faut une vision et être stratège.