Emmanuel Alix (Geste) "L'IA de Google invisibilise certains médias, et non des moindres"

AI Overviews baisse le trafic à destination des éditeurs et rend invisibles de grands médias à l'origine des informations résumées, explique au JDN Emmanuel Alix, le nouveau président du Geste.

JDN. Le Geste a mesuré l'impact d'AI Overviews (AIO) et AI Mode sur le trafic de ses éditeurs membres dans le cadre de la plainte déposée contre Google auprès de la Commission européenne. Qu’avez-vous constaté ?

Emmanuel Alix, directeur pôle presse & numérique de L'Equipe, est le nouveau président du Geste. © ©Stephane Grangier

Emmanuel Alix. AI Overviews et AI Mode contribuent très clairement à baisser le trafic en provenance de Google vers les sites des éditeurs en France. C’est un fait. Les taux relatifs à cette baisse varient beaucoup en fonction du type de contenu. Mais même les sites de presse, publiant des contenus chauds, auparavant moins exposés aux IA, sont eux aussi de plus en plus impactés.

Il faut également considérer que la baisse du trafic en provenance de Google est globale et multifactorielle : elle concerne aussi Discover, première source de trafic issu de Google pour la plupart des éditeurs, et le SEO.

Désormais l’utilisateur s’attend à obtenir une réponse directe de ces IA, et il éprouve moins le besoin d’aller consulter un site en particulier. Ce changement dans les usages s’installe progressivement et  ne fera qu’aggraver cette baisse.

Vous dites également que certains sites de presse de référence ne sont pas cités par AIO. Qu’avez-vous constaté ?

La visibilité donnée par AIO à certains médias est quasiment inexistante. Les études le démontrent : alors qu’ils sont très bien classés dans les réponses des moteurs de recherche, certains médias et non des moindres, Le Monde, L’Equipe ou France Télévisions, ne sont que très rarement cités dans les résumés d’IA de Google (pour 15 titres ACPM affichant 8 904 position organiques, à près de 80% dans le top 10, seules 12 citations AIO ont été repérées le même jour, selon Black Room, ndlr). Nous avons creusé ce sujet et aucune raison ne nous permet d’expliquer cette invisibilisation.

Pire encore, ce sont souvent les sources secondaires, qui récupèrent et relayent les informations de nos sites, qui sont mises fortement en avant. Nous avons demandé des explications à Google, qui n’a pour l’instant pas su nous répondre.

Enfin, Google doit poursuivre ses actions pour ne plus référencer certains sites 100% IA qui sont nombreux, et qui en plus utilisent les contenus produits par des journalistes professionnels pour générer les leurs.

Plus largement concernant les IA, que constatez-vous comme étant impactant pour les éditeurs en ligne ?

Les contenus des éditeurs de presse français continuent d’être pillés par les IA pour les nourrir, en plus d’avoir été utilisés pour les entraîner sans aucune contrepartie. Ces contenus ont une valeur et nécessitent une juste rémunération. Très peu d’éditeurs ont noué des accords avec ces entreprises. Il est fondamental que cela change.

Le Geste vient de porter plainte contre Google pour ses services AIO et AI Mode auprès de la Commission européenne, aux côtés de quatre autres organisations. Sur quels leviers entendez-vous vous appuyer pour amener les IA à la négociation et cesser ce pillage ?

Un levier important est le blocage strict de tous ces LLM. L’Equipe les bloque tous, à l’exception d’AIO et AI Mode, car nous craignons les répercussions qu’un tel blocage pourrait avoir sur les autres leviers du moteur de recherche (Discover et SEO). Google offre la possibilité d’un opt-out théoriquement sans impact sur le reste du search, mais nous ne sommes pas sûrs que cela n'entraîne pas de répercussions plus globales. Et même lorsque l’éditeur bloque AIO, ses contenus continuent de remonter dans les résumés d’IA de Google (c'est le cas, entre autres, de Radio France, ndlr).

Un autre levier important pour nous est l’encadrement légal et la régulation. La proposition de loi relative à l’instauration d’une présomption d’utilisation des contenus culturels par les fournisseurs d’IA, portée par Laure Darcos, en est un exemple (elle pourra revenir en séance publique à l’Assemblée nationale le 19 novembre 2026, ndlr).

Des initiatives telles que SPUR (pour Standards for Publisher Usage Rights, ndlr), que L’Equipe a rejoint, vont également dans le bon sens pour nous permettre de disposer d’une force de frappe plus importante vis-à-vis des IA.

Enfin, il est fondamental de poursuivre et de faire avancer concrètement les discussions avec toutes les entreprises IA, pas que Google, qui, il faut le reconnaître, est l’acteur avec qui les échanges sont les plus concrets.