Les levées de fonds de la medtech française, un succès en trompe-l'oeil

Les levées de fonds de la medtech française, un succès en trompe-l'oeil Ces derniers mois, les jeunes pousses de la medtech ont multiplié les tours de table. Un phénomène qui illustre à la fois le dynamisme du secteur et son manque de maturité.

A force, cela en devient presque une habitude. Ces derniers mois, la medtech s’impose régulièrement comme le secteur le plus actif de la French tech en matière de levées de fonds. En 2025, selon le baromètre du JDN, ses entreprises ont bouclé 71 tours de table, loin devant la biotech/greentech (53), en tête l’année précédente. Et la dynamique ne faiblit pas en ce début 2026. Rien qu’au mois de mars, la medtech a enregistré dix opérations.

Difficile d'imaginer un tel niveau d'activité il y a quelques années. En 2022, par exemple, le secteur n’occupait encore que la cinquième place en nombre de levées de fonds, nettement derrière la fintech, le retail ou encore l’e-RH (toujours selon notre baromètre). En remontant plus loin dans le rétroviseur, le contraste avec la période actuelle est encore plus saisissant.

Une nouvelle dynamique

"La medtech française a quasiment disparu à la fin des années 1980. Le secteur a connu un petit renouveau dans les années 2000 avec quelques entreprises qui ont servi de locomotive. Depuis, les projets d'entrepreneuriat se sont accélérés. Tout le monde voit bien que le système de santé est à bout de souffle et que c'est l'innovation médicale qui pourra le sauver. La medtech est un secteur qui a du sens et qui connaît aujourd'hui un petit buzz ! Il y a un effet d'entrainement", se réjouit Sacha Loiseau, vice-président de MedTech in France et fondateur de Mauna Kea Technologies, une entreprise qui développe et commercialise des dispositifs médicaux. "En France, les bases sont solides : le pays dispose de scientifiques et de médecins de haut niveau. Le vivier existe, tout comme les conditions nécessaires à l’émergence de sociétés d’innovation médicale".

Cet engouement semble en partie lié à celui de l’IA : "Tout ce qui est à la croisée de la medtech et de l’IA va devenir une tendance importante. On l’avait pressenti en 2015 et on le voit aujourd’hui. Le secteur arrive au bout d’un premier cycle d’IA en santé et entre dans un second, davantage lié à la structuration de la donnée", indique Philippe Peltier, partner chez Kurma, un fonds spécialisé dans la medtech. Pour accompagner ce nouveau cycle, les investisseurs familiers avec le secteur se sont multipliés. Outre Kurma, on compte Sofinnova Partners, Supernova Invest, Andera Partners ou encore Karista. "Ils sont moins nombreux qu’aux Etats-Unis, mais leur présence progresse en France. C’est une petite lueur d’espoir", ajoute Sacha Loiseau.

Si les jeunes pousses de la medtech sont si actives en termes de levées de fonds, c'est aussi parce qu'elles sont relativement nombreuses. Selon France Biotech, elles sont même près de 2 700. Un nombre qui doit toutefois être relativisé selon Philippe Peltier : "Dans le lot, il doit sûrement y avoir des start-up qui vendent autre chose qu'un dispositif médical. Pour moi, développer des montres connectées, ce n'est pas de la medtech. Il faut regarder si la proposition de valeur repose sur du hardware médical ou plutôt sur un logiciel qui fait de l'IA".

Manque de consolidation

Autre élément de relativisation : les medtech rencontrent des difficultés à lever des fonds au fil des stades de financement. "Le problème n’est pas de lever en seed. A partir d’un certain stade en revanche , ça se complique, alors même que ces entreprises ont besoin de capitaux importants pour financer les essais cliniques ou se conformer aux exigences réglementaires", regrette Sacha Loiseau.

En matière de financement, la quantité ne rime pas toujours avec la qualité. Le mois de mars a parfaitement illustré cette réalité. Si le secteur a été le plus actif avec dix tours de table conclus, il ne se classe qu’au quatrième rang en termes de montants levés, tandis que d’autres secteurs ont vu leurs champions réaliser des méga-tours (AMI Labs ou Alan pour ne citer qu'eux). "La medtech française manque de véritables success stories". Reste à savoir si les nouveaux chefs de file du secteur, comme Nabla (qui a développé un assistant médical), Adcytherix (spécialisé dans les anticancéreux) ou Wandercraft (expert des exosquelettes), parviendront à incarner ces réussites.

En attendant, la multiplication des "petites" levées de fonds renvoie la medtech française à ses propres limites : "Le secteur est certes dynamique mais on a un vrai problème de consolidation. On n'a pas de grand champion. Au mieux, on a peut-être dix entreprises de taille intermédiaire", poursuit Sacha Loiseau. "Honnêtement, il y a peu de chances d'assister à une consolidation du secteur. Je fais ce métier depuis 1999 et je n'ai pas vu beaucoup de medtech fusionner. C'est rare dans notre secteur. C'est dommage car c'est la meilleure façon de bâtir de grosses sociétés", conclut Philippe Peltier.