Julia Hartz (Eventbrite) "Eventbrite sera rentable au cours du premier semestre 2017"

Eventbrite n'est plus une simple solution de billetterie. La start-up développe une galerie de services pour devenir une offre complète à destination des organisateurs d'événements.

Où en est Eventbrite de son développement ?

Julia Hartz est la CEO et cofondatrice d'Eventbrite © S. de P. Eventbrite

Depuis 2006, nous avons vendu près de 400 millions de billets pour une valeur de 8 milliards de dollars. Cela représente près de 2 millions de billets vendus chaque semaine. En 2016, notre solution de billetterie a généré près de 150 millions de billets pour 2,5 millions d'événements dans 180 pays. Eventbrite bénéficie d'une présence forte dans les pays anglophone à savoir les US, la Grande Bretagne, le Canada et l'Australie. Outre ces pays, le Brésil, l'Allemagne et les Pays-Bas sont également des marchés importants.

Vous avez récemment fait l'acquisition de Scintilla Technologies, une entreprise canadienne spécialisée dans la fabrication de puces RFID. Dans quel but ?

Eventbrite a déjà réalisé six acquisitions à ce jour (dont la dernière en date est celle de la start-up néerlandaise Ticketscript en janvier 2017, ndlr). Notre critère choix principal est à chaque fois le même : l'équipe. Avec cette acquisition, nous recherchions surtout un nouveau moyen d'apporter de la valeur aux organisateurs d'événements au-delà de notre logiciel de billetterie. Nous avons ainsi créé une nouvelle offre adaptée aux festivals de musique en proposant à leurs organisateurs des bracelets pour remplacer les badges. Ces bracelets, qui utilisent la technologie RFID, permettent d'éviter les longues queues à l'entrée et même de les utiliser pour payer un repas sur place.

"Les organisateurs peuvent activer un bracelet à l'arrivée du participant"

Comment ces bracelets fonctionnent-ils du côté du participant ?

Ce bracelet peut vous être envoyé à votre domicile par l'organisateur avant le début du festival et il vous suffit alors de l'activer très simplement grâce à votre smartphone. Il vous est également possible d'y lier votre carte de crédit. En choisissant cette option, vous n'aurez qu'à scanner votre bracelet chez l'un des commerçants partenaires de l'événement pour acheter une boisson, par exemple. Pour cela, nous avons conclu des partenariats avec deux sociétés spécialisées dans le développement de logiciels back-end dédiés aux points de vente. Le système de paiement est complètement intégré.

Et du côté des organisateurs ?

Lors d'un festival, l'expérience générale du visiteur est très importante et la réputation de l'événement en dépend. Notre solution de bracelets permet de proposer quelque chose de nouveau. Grâce à une application dédiée, les organisateurs peuvent activer un bracelet à l'arrivée du participant. Cette activation peut se faire même sans accès Internet. En effet, il n'est pas rare que la connexion Wifi ne soit pas bonne lors de ces grands rassemblements. Pour éviter d'éventuels problèmes, nous avons créé un portail que nous fournissons à l'organisateur. Celui-ci peut y stocker diverses informations comme la liste des participants, qu'il peut ensuite utiliser sur le lieu de l'événement.

Quel est le business model d'Eventbrite et que représente la part d'événements gratuits ?

Nous prélevons une commission de 2,5% et 0,99 euro sur chaque billet vendu. Il arrive que nous facturions également des frais supplémentaires pour certains services additionnels, comme c'est le cas pour nos bracelets RFID. La plateforme est entièrement gratuite pour les événements non-payants, qui représentent près des deux-tiers de l'inventaire d'Eventbrite.

"Facebook est avant tout un partenaire"

Pour autant, nous avons réalisé qu'un grand nombre de ces événements gratuits étaient aussi créés par des professionnels, à l'image de Coca-Cola ,qui utilise par exemple notre plateforme pour organiser ses sessions de formations. Je pense qu'il existe des opportunités pour créer de la valeur pour ces professionnels en leur proposant de nouveaux services et fonctionnalités premium adaptés à leurs besoins et que nous n'aurions pas développé pour des particuliers. Jusqu'à présent nous n'avions pas engagé de discussions avec cette catégorie d'utilisateurs et je pense que c'est une erreur.

Quel regard portez-vous sur Facebook. Est-ce votre principal concurrent ?

Depuis 2008, Facebook est avant tout un partenaire. Eventbrite bénéficie, avec TicketMaster, d'une intégration unique en son genre puisque les utilisateurs ont la possibilité d'acheter des billets directement depuis leur fil d'actualité. Facebook dispose du plus large écosystème d'événements dont une grande part sont des événements créés par des particuliers. L'intégration avec Eventbrite permet de lui fournir un inventaire plus complet d'événements professionnels. C'est d'ailleurs l'avantage d'être une plateforme distribuée : nous pouvons être là où le consommateur est. 

Vous avez également fait un pas important dans la découverte d'événements en créant une application dédiée appelée 'Rally'. Quel est l'objectif de cette initiative ?

Rally est pour l'instant disponible à San Francisco, Los Angeles, New-York et le sera bientôt à Londres. L'application a pour but de vous faire découvrir des événements en tenant compte de vos centres d'intérêts mais aussi des prévisions de sorties de vos amis. Elle ne se limite d'ailleurs pas aux événements mais à la découverte d'une ville au sens large. Nous avons commencé à proposer aux organisateurs de promouvoir leurs événements sur l'application mais aussi sur un blog et une newsletter. Ces derniers ont ainsi la possibilité de sponsoriser un événement pour que celui-ci apparaisse en haut des résultats de recherche. Rally permet donc aux organisateurs de vendre davantage de billets tout en proposant une expérience utilisateur unique aux consommateurs. Au bout du compte notre mission est toujours la même : vendre le plus de billets possibles.

Eventbrite a levé 50 millions de dollars en 2014. Avez-vous prévu de réaliser une nouvelle levée de fonds ?

L'entreprise sera rentable au cours du premier semestre 2017. Nous n'avons donc pas besoin de nouveaux capitaux même si nous gardons toutes nos options ouvertes.

EventBrite fait partie des entreprises qui ont choisi d'adopter une politique de vacances illimitées pour ses salariés. Pourquoi ce choix ?

"Nos collaborateurs prennent entre 4 et 6 semaines de congés par an"

Cette politique, qui vise à donner davantage d'autonomie aux salariés, est de plus en plus commune dans les entreprises technologiques, notamment dans la Silicon Valley. Aux Etats-Unis, un salarié n'a souvent que quelques jours de vacances par an et celui-ci peut choisir de ne pas les utiliser pour obtenir de l'argent à la place. Même si nous demandons à nos salariés d'être performants, il n'est jamais bon de ne pas faire de pause et chaque salarié devrait s'éloigner pendant un certain temps du bureau. Grâce à notre politique de vacances illimitées, nos collaborateurs peuvent décider du temps qu'il leur faut.

Un salarié peut donc partir en vacances pendant plusieurs mois s'il le souhaite ?

Chaque collaborateur doit préalablement obtenir l'accord de son manager pour valider sa période de congés.  En moyenne, nos collaborateurs prennent entre 4 et 6 semaines de congés par an, contre deux semaines en moyenne dans les entreprises privées américaines. Bien sûr, ce système n'est pas parfait, mais il s'agit avant tout d'offrir de la flexibilité à nos salariés et de leur faire passer le message qu'ils peuvent prendre plus de dix jours de congés par an s'ils en ont besoin. 

Julia Hartz est la CEO et cofondatrice d'Eventbrite, une solution de billetterie en ligne. Elle a débuté sa carrière dans la production télévisuelle (MTV Networks et FX Networks) avant de se lancer au côté de son mari Kevin Hartz dans la création d'entreprise avec Eventbrite. En 2015, Julia est nommée par le magazine Fortune parmi les quarante personnalités Business de moins de quarante ans.

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