Le guide de la révolution Internet

Les nouvelles extensions ont été avalisées par l'ICANN le 20 juin dernier. Un programme susceptible de profondément changer l'Internet tel que nous le connaissons aujourd'hui. Comment ? Pourquoi ? Pour qui ? Suivez le guide !

Après le 20 juin 2011, l'Internet va-t-il changer complètement ? Ce jour là, à Singapour, le régulateur du nommage sur Internet (l'ICANN) a lancé un nouveau programme visant à permettre la création sans limite d'extensions génériques de premier niveau.
 
Bientôt, à côté des .COM et autres .ORG ou .NET, prendront place des extensions issues de projets communautaires, commerciaux ou d'utilité publique. Si ce programme est un succès, dans quelques années notre façon même d'utiliser l'Internet sera peut-être modifiée.
 
De quoi s'agit -il ? 
L'Internet a été construit sur une double arborescence. Les extensions dites génériques (on parle de "gTLD" pour "generic Top Level Domain") étaient les premières et se veulent représentatives d'un type de contenu (par exemple, l'information pour le .INFO, ou la pornographie pour le .XXX).
 
Les extensions nationales (ou "ccTLD" pour "country code Top Level Domain") incarnent le territoire virtuel d'un pays et reprennent leurs codes ISO à deux lettres.
 
Au 1 juin 2011, il y avait 22 gTLDs et plus de 240 ccTLDs. Le programme de l'ICANN va permettre de fortement augmenter le nombre de gTLDs.
 
Un changement pour qui ? 
Créer une extension n'a rien à voir avec l'enregistrement d'un nom de domaine. Ce dernier se dépose en quelques minutes et pour quelques euros par an. Une extension est un projet d'envergure monopolisant, dès sa conception, plusieurs dizaines de personnes pour plusieurs mois, et coûte plusieurs centaines de milliers d'euros.
 
Les particuliers ne sont pas éligibles à la création d'une extension. Les candidats doivent obligatoirement être des entités enregistrées, comme des entreprises ou des associations. La solidité financière d'un candidat sera vérifiée, tout comme les qualités techniques et administratives de son projet.
 
En clair, il ne suffira pas de demander une nouvelle extension pour l'obtenir.
 
Pour quand ? 
Il ne faut pas compter voir des nouvelles extensions apparaître sur Internet avant fin 2012, début 2013. Mais ceux qui envisagent de candidater doivent commencer à travailler dès maintenant. En effet, un appel à candidatures sera lancé le 12 janvier 2012 et restera ouvert jusqu'au 12 avril de la même année. Si, en théorie, l'ordre de réception des dossiers ne déterminera pas celui de leur validation, il vaut mieux être parmi les premiers.
 
Il se peut en effet que les services de l'ICANN soient rapidement débordés. Officiellement, on en attend dans les 500, mais ce chiffre pourrait être largement dépassé si les sociétés du monde entier cherchent à obtenir leur extension. Or l'ICANN a indiqué ne pas pouvoir traiter plus d'un petit millier de candidatures par an, et ne pas vouloir lancer d'autres appels à candidatures avant d'avoir terminé de travailler sur le premier.
 
Ainsi, même si en théorie le nombre de nouvelles extensions ne sera pas limité (un appel à candidatures étant initialement prévu tous les ans), en pratique il pourrait bien se passer de nombreuses années avant la prochaine fenêtre de tir pour les candidats ayant raté celle du 12 janvier prochain.
 
A quel prix ? 
A moins de maîtriser toutes les facettes du métier de gestionnaire d'extension, ce qui devrait être le cas de très peu de candidats, il faudra savoir s'entourer pour réussir son projet. En effet, il ne s'agit pas que de déposer un dossier de candidature, il faut aussi pouvoir gérer l'extension si l'ICANN la valide.
 
Car le candidat s'engage à signer un contrat d'exploitation de 10 ans minimum, et à activer réellement son extension. Il n'est donc pas question d'obtenir un ".mon-activité" ou un ".ma-société" dans le but unique de bloquer le terme.  Il faudra réellement construire une extension fonctionnelle.
 
Pour y parvenir, le candidat peut faire appel à des spécialistes du nommage. Ils l'aideront pour les étapes de planification de l'extension, de construction de l'infrastructure nécessaire à son fonctionnement, et possiblement d'embauche de personnel pour la faire tourner. Pour être autorisé à soumettre son dossier à l'ICANN, le candidat devra en plus l'accompagner d'un chèque de 185 000 dollars.
 
En tout, on peut donc estimer les coûts de développement et de mise en route de l'extension à environ 500 000 euros.
 
Pour quels projets ? 
A quoi faut-il s'attendre en matière de nouvelles extensions ? Certains projets sont connus depuis plusieurs années. D'autres apparaissent à la lumière de la décision du 20 juin dernier. Et beaucoup ne sont pas encore dévoilés du tout (INDOM et sa maison mère Group NBT travaillent actuellement sur une centaine de projets).
 
Les projets déjà connus rentrent dans plusieurs catégories.
 
Les "brand TLDs" ou "extensions corporate" sont les plus secrets. La société japonaise Canon est la seule à s'être vraiment dévoilée jusqu'à présent. Pourtant, lorsque le 12 avril 2012le rideau tombera sur l'appel à candidatures de l'ICANN, il se pourrait bien que les demandes de "brand TLDs" soient très nombreuses...
 
Il y a aussi les "community TLDs" ou "extensions communautaires" visant à être l'emblème d'une communauté. Les projets .GAY, .GREEN ou .ECO (écologie) et .POKER rentrent dans cette catégorie.
 
Les extensions régionales défendent une culture locale, comme le .EUS pour les basques (Euskadi) ou le .GAL pour la Galice (proche de l'Espagne).
 
Les extensions géographiques sont similaires dans le principe et représentent souvent des villes (le .PARIS ou le .NYC pour New York).
 
Enfin, il y a la catégorie des extensions à thème, comme le .FILM, le .SPORT, le .SHOP ou encore le .MUSIC.
 
En tout, un peu moins de 200 projets crédibles ont été dévoilés pour l'instant.
 
Il reste du travail ! 
Maintenant, c'est le vrai travail qui commence. Pour les candidats, bien sûr, mais pour l'ICANN aussi. Car depuis plusieurs années, le régulateur est totalement focalisé sur le fait d'approuver le programme en lui-même. Du coup, il en aurait presque oublié la partie passage à l'acte.
 
Il s'agit maintenant de se préparer à recevoir les candidatures, les traiter, les valider, gérer les éventuels litiges, départager les candidatures multiples, écouter les désidérata éventuels des gouvernements sur les modalités d'application du programme, finaliser les documents juridiques ainsi que les règles auxquelles les candidats seront soumis, et établir des partenariats avec les offices qui traiteront les éventuels litiges.
 
Pour les postulants comme les examinateurs, d'ici au mois de janvier le temps risque de passer très vite.

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