Bouygues Bâtiment mise sur les start-up pour connecter ses futurs immeubles

Athemium, Energie IP et Mapwise : ces trois jeunes pousses du secteur de l'IoT ont séduit la société, qui compte sur elles pour rendre ses édifices intelligents.

Les entreprises du bâtiment ne sont pas franchement en avance dans le numérique. Du coup, elles espèrent trouver des bottes de sept lieues parmi les start-up qui tentent de secouer ce secteur engourdi, afin de rattraper leur retard et de connecter leurs buildings rapidement, notamment grâce à l'IoT.

Bouygues Bâtiment Île-de-France est donc partie à la chasse aux jeunes pousses innovantes dans le cadre d'un appel à candidatures pour des spécialistes de la "constuction tech" lancé le 30 août. Athemium, Energie IP, Mapwise et Little Worker sont les quatre start-up sélectionnées par la filiale de Bouygues Construction, qui intégreront à partir du mois d'octobre l'incubateur parisien le Village by CA. Les trois premières sont spécialisées dans l'Internet des objets. De potentielles alliées de choix pour un groupe qui s'aventure en terre inconnue.

 

"Pour rendre un T3 intelligent avec Athemium il ne faut débourser en moyenne que 1 500 euros"

Athemium et Energie IP sont deux start-up tricolores, respectivement créées en 2012 et en 2015. Elles ont développé des systèmes permettant à un appareil lambda - luminaire, système de climatisation ou de chauffage… - de devenir intelligent. Athemium connecte par exemple les lampes grâce à une douille communicante qu'elle ajoute sur le pas de vis de l'ampoule. La start-up est également capable d'ajouter des micro-modules de deux centimètres sur deux au dos des interrupteurs, afin de les commander à distance. Ces équipements coûtent entre 20 et 60 euros. "Pour rendre un T3 intelligent, il ne faut débourser en moyenne que 1 500 euros", promet Frédéric Felten, qui dirige Athemium. Une somme rondelette mais qui reste moins élevée que celle que demandent généralement les entreprises traditionnelles de domotique pour le même travail.

Tous ces objets nouvellement connectés sont reliés à une box domotique conçue par Athemium. Cet appareil peut être commandé par un smartphone à distance. La box est en plus capable de communiquer avec toute une série d'appareils intelligents tiers, comme les ampoules Hue de Philips. "Nous réalisons actuellement des tests avec Apple. Le catalogue de compatibilité de notre box est chaque jour plus fourni", affirme le patron. Basée à Lannion (Côtes-d'Armor), Athemium compte plusieurs dizaines de clients BtoB. Elle commercialise sa box en marque blanche auprès de ces entreprises. Le spécialiste breton de la menuiserie Le Nouy a par exemple lancé un système domotique basée sur la technologie d'Athemium. La pépite a levé 400 000 euros en 2014. Elle vise les 500 000 euros de chiffre d'affaires en 2016 et table sur un million pour 2017.

Energie IP lève en ce moment 500 000 euros

 

Energie IP connecte quant à elle les appareils ordinaires des immeubles de bureaux, des hôtels ou encore des hôpitaux, grâce à de petits boîtiers intelligents et à des câbles spécifiques, développés en interne. Ces derniers apportent à la fois aux équipements l'énergie nécessaire à leur fonctionnement et la connexion internet qui leur permet de faire transiter les données. "Les entreprises du bâtiment qui installent nos filins Ethernets dans leurs bâtisses font des économies importantes en termes de câblage", souligne  Grégory Besson Moreau, dirigeant de la jeune pousse. "Lorsqu'elles veulent réorganiser leurs bureaux par exemple, pas besoin de faire venir un électricien, un fabricant de luminaires intelligents et un spécialiste de la climatisation pour qu'ils reformatent tout le système. Notre intervention est suffisante", promet l'entrepreneur.

La société, qui lève en ce moment 500 000 euros, fabrique l'intégralité de son matériel dans son usine de Cergy Pontoise où sont employées 40 personnes. Elle s'apprête à signer avec Bouygues Construction un contrat pour un bâtiment de 5 000 mètres carrés. Energie IP prévoit de rendre avec son système 200 000 mètres carrés de bâtiments intelligents par an. "Cela équivaudra à un chiffre d'affaires de 8 à 10 millions d'euros. Un objectif qui est à notre portée : chaque année, trois millions de mètres carrés de bureaux sont construits en France. En moyenne nous signons dans le secteur des contrats autour d'1,1 million d'euros", détaille-t-il.

Le Google Maps de l'intérieur des bâtiments Mapwise a déjà cartographié 800 000 mètres carrés

Mapwise a aussi su séduire Bouygues Bâtiment. La jeune pousse, fondée en 2014 et basée à Lille, se présente comme le Google Maps de l'intérieur des bâtiments. Elle a déjà cartographié 800 000 mètres carrés, soit une cinquantaine d'immeubles en France, en Belgique et aux Etats-Unis. Elle permet notamment aux utilisateurs de l'application SNCF Pro d'accéder à un plan détaillé de la gare de Lyon à Paris. La société utilise pour son système de cartographie les plans d'architectes que lui fournissent les entreprises de construction.

Les maquettes numériques de Mapwise sont connectées en temps réel à l'ensemble des objets connectés installés dans un building, grâce à un système d'API sur lequel se branchent les fournisseurs de services IoT. Les capteurs de présence situés dans les salles de réunions remontent par exemple en temps réel les informations collectées sur le terrain. Les pièces disponibles s'affichent en vert sur la carte. Elles deviennent rouges dès qu'un groupe de personnes s'est installé.

"Notre système de cartographie permet également de guider les visiteurs, grâce aux données remontées par des beacons (des balises de géolocalisation indoor, ndlr). Nous aidons aussi les entreprises de services techniques à trouver les équipements à maintenir dans un bâtiment", détaille Médéric Morel, PDG de cette société de dix salariés, qui démarre une levée de fonds d'un million d'euros.

 

 

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