Les machines deviennent humaines grâce à ces technos imitant les 5 sens

Certains robots sont désormais capables de voir, de toucher, d'entendre, de goûter et de sentir comme l'Homme. Illustration avec cinq start-up repérées par le JDN.

Déterminer si une glace aux cookies est assez sucrée, le cuir d'un sac trop rêche ou l'odeur d'un produit d'entretien agréable : ces tâches peuvent désormais être accomplies par des machines dotées de capteurs qui imitent les cinq sens. Le JDN a débusqué cinq entreprises qui ont respectivement développé un fac-similé de l'odorat, de l'ouïe, de la vue, du toucher et du goût. Ces technologies ont demandé plusieurs années de recherche et développement pour être au plus près de leur modèle humain et répondre au mieux à la demande de grands industriels.

L'odorat, avec Aryballe

La start-up Aryballe, créée en mars 2014 et basée à Grenoble, a levé 2,6 millions d'euros début juin 2016 pour lancer la commercialisation de son capteur olfactif NeOse. Cet appareil a de nombreuses applications BtoB. Il intéresse les géants du luxe car il permet de contrôler la qualité d'un parfum ou d'une crème et de repérer les contrefaçons. Il peut également être utilisé dans l'agroalimentaire pour travailler sur les arômes d'un yaourt par exemple. La version professionnelle de l'appareil, d'ores et déjà disponible sous forme de prototype, sera industrialisée début 2017.

NeOse intéresse le secteur du luxe et de la domotique. © Aryballe

NeOse a également des applications grand public, notamment dans le domaine de la domotique. "Il pourrait être intégré dans des hottes de cuisine pour identifier une odeur désagréable", illustre Tristan Rousselle, PDG d'Aryballe.

50 biocapteurs différents, qui imitent les récepteurs olfactifs humains, sont fixés à l'intérieur de la machine. "Lorsque l'on place NeOse à proximité d'une source d'odeur, ils réagissent avec les molécules de gaz odorantes. Chaque molécule interagit avec une combinaison spécifique de biocapteurs. Cette interaction chimique est transformée en image, grâce à des LED, détaille le patron.

NeOse compare le bouquet analysé avec une base de données de 150 odeurs préenregistrées. Mais la start-up est encore incapable de disséquer une odeur, de savoir s'il y a dans le parfum d'une grande marque de luxe du jasmin, de la rose ou de la bergamote et en quelle quantité.

L'ouïe, avec Voxygen

Voxygen a développé un système de reconnaissance vocale. Il permet à un objet ou à un logiciel de comprendre une commande à distance (comme "ouvre les volets" par exemple), que le groupe de mots ait été prononcé par une personne âgée, un enfant, un Auvergnat ou un Marseillais. L'oreille synthétique, créé par cette spin-off d'Orange fondée en 2011 et basée à Lannion en Bretagne, peut s'avérer précieuse dans quatre champs d'application.

L'oreille synthétique de Voxygen fonctionne à partir d'un réseau neuronal

Elle permet aux entreprises de soigner leurs relations clients avec les utilisateurs de leurs hotlines téléphoniques automatiques (ils n'ont pas besoin de répéter trois fois qu'ils veulent résilier leur abonnement avant qu'on leur passe un opérateur humain). "Notre solution peut aussi être implémentée dans un objet connecté ou une voiture intelligente, qui peuvent être guidés par la voix de leur propriétaire. Elle est également utile pour communiquer dans un univers bruyant, comme un chantier", explique Thierry Moudenc, PDG de Voxygen.

La start-up adapte son logiciel de reconnaissance vocale à chacun de ses clients, comme Orange ou la SNCF. Le système, qui fonctionne grâce à un réseau neuronal, compare un signal acoustique reçu à des dizaines d'autres qu'il a en mémoire avant d'émettre une supposition : il a dit "allume la lumière". La spin-off emmagasine dans son logiciel les termes d'un certain champ lexical, comme celui de la médecine ou du BTP par exemple. Plus il est large, plus l'exercice est difficile.

La vue, avec Netatmo

"Le modèle de notre caméra de surveillance Welcome est l'œil humain, qui fonctionne directement en relation avec le cerveau", souligne Florian Deleuil, lead product manager chez Netatmo. Cet appareil, qui doit être installé en intérieur, est capable de reconnaître un visage, d'y associer un nom et de prévenir via une application dédiée ses utilisateurs de l'arrivée de Max ou de Tom dans un espace donné.

La caméra Welcome est capable de reconnaître les visages. © Netatmo

Il est pour l'instant destiné au grand public, même si la jeune pousse boulonnaise, fondée en 2011, réfléchit à développer une version entreprise. Problème : la réglementation qui encadre la vidéosurveillance pour les pros est très contraignante.

La caméra filme en permanence son environnement mais elle n'enregistre les images en local, sur sa carte SD, que lorsque qu'elle repère un mouvement. Elle analyse alors cette vidéo avec son algorithme, basé sur un réseau neuronal, et compare les visages détectés avec ceux qu'elle a en mémoire. C'est à l'utilisateur de décider quelles personnes il veut enregistrer dans l'appareil. Pour reconnaître quelqu'un à tous les coups, Welcome doit avoir rencontré son visage dans une dizaine de situations différentes (de profil, de nuit, avec un chapeau, des lunettes…).

Trois années de recherche et développement ont été nécessaires pour créer ce produit. Netatmo a embauché une dizaine de salariés pour travailler sur son élaboration. "Le plus difficile ? Faire rentrer notre algorithme complexe d'analyse des images directement dans la caméra, en local, car nous ne voulions pas que les images soient envoyées dans le cloud pour des questions de sécurité et de respect de la vie privée de nos clients", explique Florian Deleuil.

Le toucher, avec Syntouch

Lorsqu'un homme tient un chaton dans ses bras, il sent la douceur de sa fourrure, la tiédeur de son corps et est capable de mesurer la force avec laquelle il agrippe l'animal pour ne pas lui briser les os. La start-up Syntouch a créé BioTac, des doigts artificiels capables de reproduire ces facultés du toucher, instinctives chez l'être humain.

Les doigts de BioTac mesurent la moitié de la taille d'un index. © Syntouch

Leur appareil intéresse les entreprises textiles, de luxe ou encore de mobilier. Il leur permet de vérifier si leur matière première est toujours de la même qualité. Ces doigts artificiels peuvent également équiper des robots qui fabriquent des produits à partir de matériaux fragiles et faciliter la vie de personnes dotées de prothèses de bras.

Fondée en 2008 et basée à Los Angeles, Syntouch a travaillé pendant quatre ans sur le développement technique de BioTac. Les doigts mesurent environ la moitié de la taille d'un index d'homme et sont dotés d'une jointure. Ils sont composés d'une structure rigide en résine, qui imite l'os, et recouverts de silicone. Entre les deux circule un liquide. Ce dernier permet, combiné à 16 capteurs situés à l'intérieur de l'os artificiel, de mesurer la vibration d'un objet touché en fonction de la pression exercée. Ces doigts artificiels sont également équipés d'un capteur de température.

Le goût, avec Alpha Mos

Le toulousain Alpha Mos a lancé en 2010 une langue électronique baptisée Astree. Elle est capable d'analyser à quel point un produit est sucré, salé, acide, amer, métallique, piquant, ou encore astringent.

Ce bec fin artificiel permet aux géants de l'agroalimentaire, comme Lactalis, de masquer le goût de certaines substances actives dans leurs produits, ou encore de créer des aliments qui se rapprochent le plus possible du best-seller de l'un de leurs concurrents, explique une porte-parole de la société, fondée en 1993. La langue électronique d'Alpha Mos lui permet de réaliser entre 15 et 20% de son chiffre d'affaires, qui s'élevait en 2015 à 8 millions d'euros.

Concrètement, Astree est une barrette équipée de sept capteurs, qui réagissent chacun à leur manière au contact d'une molécule gustative. Les capteurs peuvent noter sur une échelle de zéro à cinq - par exemple - les différentes composantes du goût d'un aliment (sucré, salé…). Astree n'est par contre pas un outil adapté à la mesure des arômes, qui passent par l'odorat. Pour réaliser ce travail dit de rétro-olfaction, Alpha Mos a développé une gamme de nez électroniques.

 

 

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