Les humains ont une qualité qui les rend encore supérieurs aux robots

La crainte d'une robotisation massive de l'économie occupe les esprits. Pourtant, l'Homme a encore une longueur d'avance sur les machines.

D'après certains scientifiques, près de la moitié des tâches aujourd'hui réalisées par les humains pourraient être effectuées par des robots dans les 10 prochaines années. Pourtant, une nouvelle étude montre que les humains ont encore un avantage par rapport aux robots : leurs compétences sociales. Cette étude réalisée par David Deming de la Graduate School of Education d'Harvard montre que la maîtrise de compétences sociales est de plus en plus valorisée par les employeurs et que les qualités relationnelles des travailleurs humains endigueront la robotisation.

Selon Deming, les ordinateurs ne peuvent pas comprendre un humain aussi bien qu'un autre humain, ce qui limite leurs capacités au sein de la main d'œuvre. "La capacité des ordinateurs à simuler les interactions humaines est encore très limitée, affirme-t-il. Lire dans l'esprit des autres et réagir à ce qu'on a compris est un processus inconscient. Notre capacité à entretenir des interactions sociales évolue depuis des milliers d'années."

Au cours de son étude, Deming a découvert qu'une grande majorité de la hausse des emplois et des salaires depuis 1980 s'est produite dans des secteurs qui impliquent un grand nombre d'interactions sociales et que les travailleurs dont les compétences sociales étaient les plus développées sont ceux qui gagnent le plus.

Deming a mis au point un modèle qui teste la productivité d'une équipe et grâce auquel, compte tenu des compétences cognitives réelles, il peut mesurer l'impact des compétences sociales d'un travailleur.

Etant donné que chaque travailleur est spécialisé dans une tâche en particulier, il est important de communiquer et de répartir les tâches pour s'assurer que chaque membre de l'équipe réalise celle pour laquelle il est le plus productif. Les travailleurs qui possèdent de très bonnes compétences sociales sont donc les mieux placés pour faciliter ce processus et en réduire le coût.

"Le travail d'équipe n'a d'intérêt que si la coordination est parfaite entre chaque membre, ajoute Deming. Je considère les compétences sociales comme un vecteur de réduction des coûts de coordination. Les travailleurs qui possèdent des compétences sociales développées peuvent "répartir les tâches" pour un coût moindre, permettant un travail d'équipe plus productif."

Deming tire trois conclusions de ce modèle :

  1. A compétences égales (y compris les compétences cognitives), les travailleurs qui disposent des compétences sociales les plus développées gagnent plus : "J'ai découvert que les compétences sociales sont à l'origine d'avantages salariaux même en considérant comme équivalents les compétences cognitives et non cognitives et une grande variété d'autres facteurs déterminants dans l'établissement du salaire."
  2. Les aptitudes cognitives et sociales sont complémentaires pour l'établissement du salaire et ce lien s'est resserré au fil du temps : "J'ai également découvert que les compétences sociales et cognitives entrent en ligne de compte dans le calcul des salaires, et que la complémentarité entre ces deux types de compétences s'est renforcée au fil du temps."
  3. Les travailleurs qui possèdent des compétences sociales développées sont plus susceptibles d'occuper des postes qui requièrent beaucoup d'interactions sociales : "Enfin, j'ai découvert que les travailleurs avec les compétences sociales les plus développées sont plus susceptibles d'occuper des postes intenses en interactions sociales et moins routiniers. Ils gagnent relativement plus à ces postes."

Autre élément intéressant, ce changement n'a pas été le même pour les hommes et pour les femmes. "J'ai démontré que ce mouvement vers des emplois à forte nécessité d'interactions sociales, qui touche l'économie dans son ensemble, a été plus important pour les femmes que pour les hommes, déclare Deming. Cet élément est cohérent avec les nombreux écrits qui montrent la différence de perspicacité et de capacité à collaborer en fonction du sexe."

L'étude de Deming montre que le besoin en compétences sociales est croissant mais d'après un sondage réalisé par la Fed de New York auprès d'un échantillon d'employeurs, ceux-ci ont des difficultés à trouver des employés qui présentent ces qualités.

L'optimisation des compétences sociales est importante, que ce soit pour garder une longueur d'avance sur les robots ou pour obtenir une augmentation.

 

Article de Bob Bryan. Traduction par Manon Franconville, JDN.

Voir l'article original : Humans possess a particular set of skills that make them far superior to robots

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