La France accélère sur les smart grids avec trois projets moteurs

Lauréates de l'appel à projets national sur les réseaux électriques intelligents, les initiatives régionales Smile, Flexgrid et You & Grid lancent des chantiers d'envergure.

C'est le coup de pouce qui leur manquait pour passer à la vitesse supérieure. L'Etat investit 50 millions d'euros dans trois dossiers locaux de développement d'actions d'économies d'énergie et de pilotage de la consommation électrique. Les heureux élus sont Flexgrid (Conseil régional de PACA), Smile (Conseil régional de Bretagne et Pays-de-la-Loire) et You & Grid (métropole européenne de Lille et région Hauts-de-France). A cette somme s'ajouteront 80 millions d'euros pour les deux premiers, pour innover dans le transport et la distribution de l'électricité.

Une opportunité inédite que les lauréats veulent rapidement mettre à profit : "Les 17 projets annoncés dans Smile seront quasiment tous lancés avant l'été 2016", annonce Alain Terpant, directeur des filières Numérique, Energie, Mer et Matériaux du pôle de compétitivité Bretagne Développement Innovation, en charge du pilotage du dossier.

"Les 17 projets annoncés dans Smile seront quasiment tous lancés avant l'été 2016"

"La spécificité de Smile, c'est qu'il s'agit d'une approche qui vient directement du terrain. Le projet a été co-construit par les entreprises elles-mêmes. Et l'élan a été spontané : à peine deux semaines après le lancement de l'appel d'offres, une cinquantaine de projets nous avait déjà été soumise. C'était même beaucoup trop et notre travail a été de les réunir en 17 chantiers", poursuit-t-il. Des projets développés autour de cinq thématiques : Smart Métropoles, Sensibilisation des citoyens, Territoires intelligents, Numérique et objets connectés et Mobilité électrique.

En plus des deux premiers démonstrateurs de quartiers smart grid (Solenn à Lorient et Smart Grid Vendée), une centaine d'entreprises, du grand groupe comme Schneider Electric ou General Electric à la start-up du numérique, sont mobilisés pour la mise en œuvre d'outils innovants en Bretagne et dans les Pays-de-la-Loire. Six éoliennes flottantes seront par exemple testées au large de l'île de Groix.

En ligne de mire : 2020, avec d'ici-là 260 millions d'euros d'investissements escomptés, dont 120 millions de financements privés, et 10 000 emplois directs ou indirects créés. Car selon Alain Terpant, la dynamique est bien lancée : "Les territoires sont de plus en plus demandeurs et Smile permettra de faire le lien avec les entreprises qui ont des solutions innovantes."

10 000 compteurs intelligents Linky ont déjà été installés à Lorient. © ERDF

Et pour que l'initiative locale profite à l'avenir à toute la France, l'ensemble des sous-projets menés par les entreprises, qui seront prêts dès 2017, seront déployés sur un ensemble de territoires représentatifs de la situation nationale, c'est-à-dire de la métropole aux zones rurales. C'est là l'objectif recherché par le gouvernement et l'association nationale Think Smartgrids, qui visent à terme l'industrialisation de la filière et l'extension des technologies à tout l'Hexagone.

Du côté de la région PACA, qui porte le projet Flexgrid, l'heure est justement à la dynamisation de la filière industrielle. Le projet affiche des partenaires importants tels qu'EDF, Orange, Alstom, STMicroelectronics, ainsi que des PME et des centres de recherche et d'enseignement, réunis autour de 27 projets territoriaux et de 6 projets transverses pour un budget total estimé à plus de 150 millions d'euros, partagé entre investissements publics et privés.

Là encore, le cadre est bien déterminé. Cinq axes de travail régissent le projet : l'autoproduction et l'autoconsommation de l'énergie photovoltaïque, les synergies entre les énergies renouvelables, la gestion de la recharge des véhicules électriques, les projets territoriaux d'optimisation énergétique avec notamment l'extension d'un projet phare, Nice Grid, et les solutions pour les entreprises consommatrices, qui améliorent leur résilience à la volatilité des prix et aux perturbations tout en augmentant leurs capacités d'effacement de puissance.

"Les projets qui devraient avancer assez vite concernent l'autoproduction et l'autoconsommation de l'énergie photovoltaïque car il n'y a qu'un seul type d'énergie à gérer et ils s'appuient sur une filière bien développée en PACA. De plus, les citoyens, les entreprises et les territoires expriment une forte appétence pour ces projets", affirme Aurélie Bringer, chef de projet Flexgrid au sein du pôle de compétitivité Capenergies.

Le photovoltaïque, comme ici sur l'île d'Hoëdic, est au coeur des préoccupations. © ERDF

"Il reste encore à caler les modalités organisationnelles et contractuelles, notamment en ce qui concerne le partage de l'électricité photovoltaïque entre plusieurs bénéficiaires et la valorisation financière de l'énergie ainsi que les solutions pour synchroniser, en temps réel, la consommation d'énergie photovoltaïque avec un ensemble de consommations. Toutes les parties prenantes doivent en tirer un bénéfice, qu'il soit financier ou environnemental", poursuit-elle.

Si la route semble encore longue, les premières opérations ont déjà été lancées avec le bailleur social Habitat Marseille Provence dans la citée de Frais Vallon, à Marseille, où 1 480 logements, principalement sociaux, sont concernés. "Nous voulons que les populations au pouvoir d'achat contraint puissent bénéficier de la production photovoltaïque ", précise Aurélie Bringer.

Encore plus ambitieux, des projets de coopération entre centrales photovoltaïques, éoliennes et hydroélectriques pour lisser les intermittences de production et augmenter la disponibilité et donc l'attractivité des productions solaires et éoliennes sont en phase de financement. Avec une mise en œuvre prévue fin 2017 dans la commune d'Artigues-Ollières (Var), le système d'hybridation éolien-photovoltaïque imaginé par Aloe Energy est un de ces projets. Il est entré en phase de financement.

"Les projets qui seront lancés rapidement concernent l'autoproduction et l'autoconsommation de l'énergie photovoltaïque"

Le dossier You & Grid, enfin, est pour l'instant moins détaillé que les autres, mais il présente déjà l'originalité d'intégrer des projets menés par des collectivités locales. Il y en a 11 au total, dont un porté par la Métropole Européenne de Lille (MEL).

Ce projet intitulé "So MEL So Connected" est aussi le plus abouti : "cela ira assez vite car nous implémenterons des technologies smart grids dès la fin de l'année 2016 ou début 2017", avance Marielle Dhainaut, conseillère technique de la Métropole Européenne de Lille.

Outre les expérimentations de solutions d'autoconsommation de l'énergie photovoltaïque et la réflexion sur leur business model, cette initiative lancée en 2016 met l'accent sur le développement de la mobilité électrique.

"Nous travaillons sur le déploiement à grande échelle de bornes de recharge pour véhicules électriques avec le groupe Bolloré. Cela se fera dans un premier temps dans des espaces privés, à côté des stations de métro, ou dans des zones commerciales, par exemple", explique-t-elle.

"Nous ne pouvons pas construire un projet de cette envergure sans intégrer les jeunes pousses"

Un projet qui sera à terme porté par la région avec l'ambition de rendre à l'avenir intelligent le réseau de bornes, avec de nouveaux services qui en découleront.

La capitale des Flandres compte aussi sur les idées des start-up. Et selon Marielle Dhainaut, elles ne manquent pas d'imagination : "Certains entrepreneurs du pôle d'excellence EuraTechnologies développent des applications très intéressantes, notamment sur le smart building. Et il est évident que nous ne pouvons pas construire un projet de cette envergure sans intégrer les jeunes pousses."

 

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