Entrepreneurs et épargnants, protégez-vous de la déflation

Se protéger de la déflation Une baisse durable des prix est un fléau auquel il vaut mieux être préparé.

Elle est la pire des maladies économiques, car elle entraîne tous les acteurs dans un cercle vicieux. Elle, c'est la déflation, entendue comme "une baisse générale, structurelle et durable des prix", rappelle Christophe Dehondt, gérant du fonds Focus Inflation de CPR AM.

La déflation est la pire des maladies économiques, car elle entraîne tous les acteurs dans un cercle vicieux

En résumé, les marges des entreprises baissent, le pouvoir d'achat des consommateurs aussi, les deux phénomènes s'alimentant l'un l'autre : les employeurs diminuent leur masse salariale, les salariés retardent leurs achats, par manque de moyens et par attentisme, puisqu'ils "se disent qu'ils ont tout intérêt à patienter jusqu'à une baisse supplémentaire des prix", rappelle Christophe Dehondt. Un attentisme qui alimente à son tour la déflation...

Or, avec une inflation durablement au plus bas (0,3% sur un an en France, son plus bas niveau depuis 5 ans), le risque est aujourd'hui réel de voir débarquer la déflation. Heureusement, pour les particulier et les entrepreneurs, il existe des solutions pour mieux l'encaisser. Le JDN les passe en revue.

Pour les particuliers

Attention à vos finances personnelles et à vos choix d'investissement. La déflation ne pardonne pas.

L'épargne liquide est reine

En période de baisse des prix, mieux vaut conserver une épargne liquide, facilement mobilisable, pour profiter des opportunités. Les livrets réglementés sont des produits sûrs mais faiblement rémunérateurs (voir les taux du Livret A, du LDD du LEP), à plus forte raison en période de déflation. Les superlivrets peuvent être une bonne solution à condition de veiller à prendre le taux d'intérêt le plus élevé et à bien intégrer la fiscalité dans le calcul du rendement.

Les obligations, avec leur rémunération fixe, sont plus rassurantes que les actions qui risquent de voir leur valeur diminuer

En Bourse, diversifier et privilégier les obligations

La finance est le terrain de chasse préféré de la déflation. Le scénario noir serait le suivant : la croissance ne redémarre pas en Europe, s'érode dans les émergents, patine en Amérique et glisse au Japon. Les marges des entreprises tombent et déçoivent les traders. Qui poussent à la vente, alimentant à leur tour un cercle vicieux de baisse de prix des actifs... Pour y faire face, Christophe Dehondt s'inspire des investisseurs japonais pendant les années de déflation de leur pays : "ils ont investi leurs actifs dans des zones et des régions où l'inflation était en progression maîtrisée". Il recommande plus que tout de diversifier l'allocation géographique de ses actifs. Et même de s'intéresser (un peu) à quelques pays émergents. Les actions versant des dividendes élevées ont également ses faveurs. Globalement, les obligations, avec leur rémunération fixe, sont à privilégier alors que les actions risquent de voir leur valeur diminuer.

Immobilier : attention

Après plus de douze ans de flambée, à peine ralentie par une stagnation consécutive à la crise financière de 2008, les prix du mètre carré ont cédé 1,9% en un an. Et ce n'est sans doute pas fini car le nombre de transactions dévisse lui aussi. Avec des taux d'intérêt faibles et des prix qui vont continuer à baisser, l'occasion peut faire le larron pour l'achat d'une résidence principale. En revanche, dans une optique d'investissement, l'opération peut être dangereuse : le bien pourra continuer à se dévaloriser et les loyers diminuer à cause de la baisse du pouvoir d'achat. Dans les deux cas, il faut garder en tête que l'inflation ne viendra plus alléger le poids des mensualités.

Pour les entrepreneurs

Pas de recette miracle pour les chefs d'entreprise : il faut tout faire pour amoindrir l'impact d'une baisse de ses prix de vente.

Faites la chasse aux frais généraux

Lutter contre la déflation nécessite d'éviter que les frais généraux ne gonflent trop au point d'écraser les marges ou ce qu'il en reste. Sus donc aux restaurants étoilés, aux palaces et aux classes affaires. Le contexte impose de débusquer les économies partout et de faire la part belle au low cost.

Le Pricing power reste l'arme absolue en cas de déflation

Vendez de l'innovation

Seules les entreprises les plus innovantes tirent leur épingle du jeu quand, autour d'elles, leurs concurrents n'ont d'autre choix que de sacrifier leurs marges. Le Pricing power, c'est-à-dire la capacité à modifier ses prix (à la hausse) sans ce que cela n'affecte ses ventes, reste l'arme absolue en cas de déflation. Ses munitions demeurent l'aptitude à garantir du rêve, une réelle plus-value et surtout le petit quelque chose en plus qui fera la différence.

Ne vous privez pas de l'intérim

Bien sûr, la rémunération d'un salarié intérimaire impose de lui verser une prime de précarité au terme de son contrat. Mais cette dépense est plus que compensée par la souplesse qu'apportent les CDD et autres contrats de travail temporaires. Outre que cela permet de lisser la masse salariale en fonction du plan de charge de l'entreprise, le recours à l'intérim évite aussi les contentieux liés aux ruptures de contrats de travail dans la douleur.

Renforcez vos positions à l'international

Les entreprises qui exportent le plus sont parmi les plus solides, notamment parce que cela leur permet de trouver de nouveaux relais de croissance quand leur marché domestique tourne au ralenti. Tournez-vous dès aujourd'hui vers des marchés qui ont moins de chance d'être pris dans une spirale déflationniste.  

Négociez l'étalement de vos échéances

Ceux qui ont fait des affaires aux Etats-Unis l'admettent volontiers : l'administration française agit de manière moins tranchée que son homologue anglo-saxonne. Avec l'Urssaf, le Trésor public et autres organismes publics et para-publics, le contrat est clair : les sommes sont exigibles. Mais peuvent être étalées dans le temps, échelonnées sur quelques mois. A condition de faire preuve de bonne foi. Attention tout de même : avec la déflation, le poids des règlements sera de plus en plus lourd.

Crise financière / Low cost