Si on lançait un "Plan Marshall" pour la jeunesse ?

Vie pro/Vie perso, 35h, bonus, retraites … jamais le travail n’aura été aussi présent lors du débat électoral. En 30 ans d’irresponsabilité politique de droite & de gauche, la notion même de travail, hier source de réalisation sociale, est aujourd’hui source d’angoisse et d’incertitude.

Résultat la France est l’un des très rares pays dont l’opinion publique s’oppose au libéralisme et à la mondialisation et où les extrêmes de tous bords aimeraient faire revivre pour les uns un nationalisme protectionniste, pour les autres une idéologie communiste passée à la naphtaline ; il suffit pour en prendre conscience de cumuler les scores de tous les candidats challengers du premier tour…
L’immense littérature dédiée au travail est une longue litanie sur les désordres du monde professionnel, les enquêtes se suivent et se ressemblent sur le thème du mal être au boulot. Bientôt le mot d’ordre généralisé sera « Restons sous la couette, le boulot c’est l’horreur » ! En déclarant qu’être riche commence à 4000€ par mois, nos politiques se rendent-ils compte qu’ils portent le coup de grâce à la valeur Travail ? En stigmatisant « les riches » et en amalgamant tous les patrons, se rendent-ils compte qu’ils attisent une lutte des classes dont le terreau est avant tout l’échec du modèle scolaire à la française ? En refusant la fluidité du monde portée par les réseaux sociaux et l’instantanéité des transactions, se rendent-ils compte que leur arrogance électoraliste va à l’encontre même de la marche de l’humanité ? Là où le travail devrait être porteur de prospective pour structurer le nouveau monde qui nait sous nos yeux, nos idéologues politiques répondent aux maux du futur par des réponses du passé, par définition dépassées.
Ce protectionnisme d’une pensée unique à la française est édifiant si on prolonge le sujet Travail à l’enjeu de la jeunesse : quel avenir par le travail offre-t-on à la jeunesse ? Quelles perspectives lui dessine-t-on ? Le vide, le néant ! La jeunesse est la grande absente du débat. Ses 11% d’électeurs pèsent peu face à la masse des retraités. Et pourtant l’avenir c’est elle ! En trente ans, « le no futur » est devenu la règle, la précarité le système ! Un pays qui ne mise pas tout sur sa jeunesse est un pays condamné qui laisse pousser les germes des révolutions futures ! Effrayant les intentions de votes des 18/25 ans en faveur du Front
National ! Et tous les cols blancs de la politique de s’émouvoir sur l’illustration des inquiétudes de cette jeunesse face à ces lendemains qui pleurent…

La génération Y par elle-même de Myriam Levain et JuliaTissier, bien que trop teinté politiquement, nous offre une grille de lecture de cette jeunesse devenue fataliste face au monde établi et tellement entrepreneuriale par ailleurs. Il y a urgence à lancer un « plan Marshall » de la jeunesse, pour elle-même, pour la France mais aussi pour la valeur Travail. Il y a urgence aussi à s’interroger sur l’exemplarité des leaders, politiques comme grands Patrons, au moment où les 18/25 ans en majorité créer leur boite plutôt que d’être salariés !
Plus qu’une énième crise, celle de 2008 clôt près de 40 ans de crise dont le chômage de masse amorcé en 1975 fut le principal baromètre. 40 années d’échec et d’explosion de la dette publique dédiée en partie à l’art de cultiver l’ignorance et la docilité du peuple. Mais aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le nouveau monde est là, bousculant les règles du jeu et faisant émerger de nouveaux leaders (les fameuses BRIC) hier encore, qualifiés de pays en développement...
A l’heure du 3.0, la jeunesse du monde déborde d’énergie, de créativité et surtout maitrise bien mieux que les leaders, les réseaux sociaux et autres technologies sources de richesses futures. Le fatalisme ambiant veut que celle de France et d’Europe vivra moins bien que ses ainés. Arrêtons cette démagogie négative. Osons mettre la formation et l’insertion des jeunes au premier plan des programmes politiques ; grands patrons osez vous engager sur cet impératif ; interrogez vous sur le miroir que vous renvoyez en terme d’attractivité et d’aspiration- pourquoi 75% des 18/25 ans ne veulent pas vous ressembler ?- La précarité, les petits boulots, la colocation (…) ne sont pas un système d’avenir. L’avenir du travail c’est la jeunesse.
Les lieux communs ne manquent pas, bien sur, pour nourrir les clivages générationnels, c’est évident. A vouloir tout, tout de suite, la génération Y est devenue la génération Zapping par excellence ; c’est un fait. D’enfants rois ils sont devenus les précaires du système.
Pas étonnant qu’ils s’efforcent de faire de leur vision du court terme un atout qui en déstabilise plus d’un. A confondre vitesse et précipitation, à vouloir être propriétaire avant même d’avoir économisé, à revendiquer avant même d’avoir fait ses preuves (…) cette génération se crée aussi ses frustrations d’aujourd’hui et de demain malheureusement.
Pour les dix ans à venir la confiance sera au cœur de tous les défis et imposera à l’entreprise de mettre en œuvre un chantier d’acculturation et d’éducation au travail, un chantier collaboratif et interactif qui finira par aboutir à la nouvelle valeur Travail tant espérée. Ce défi sera aussi celui de l’intergénérationnel. A force d’avoir laissé partir ses « jeunes séniors » l’entreprise s’est privée de sa mémoire, mais aussi d’expertises ; les retraités de demain formeront et intégreront les jeunes, non pas pour être des Tuteurs
newlook mais les garants du savoir. La solidarité intergénérationnelle sera aussi celle du Savoir sous réserve que les Y et Z en aient la patience

Face à la démocratie directe du digital et à la convergence aspirationnelle de la jeunesse universelle, cette nouvelle valeur Travail ne viendra pas d’en haut mais sera transversale ; à l’image du monde nouveau.

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